En ce lendemain d’élection...

 

Robert De Blois

 

 

Est-ce la fin du projet de souveraineté ? C'est fort possible et c'est sûrement inquiétant, car ce serait un enterrement de première classe d'une certaine idéologie social-démocrate et d'une façon de se gouverner bien particulière aux Québécois...

 

Les propos sur la façon dont la Révolution tranquille a été accomplie et sur ses effets pervers à long terme, comme sur la démographie par exemple, je conviens parfaitement avec M. Landry que cette fameuse révolution, à laquelle on a toujours tendance à se référer comme le point de départ d'un Québec nouveau et moderne, s'est effectuée un peu trop vite pour un peuple qui avait depuis trop longtemps vécu sous le joug combiné de l'Église catholique et de la finance anglo-saxonne, relayé par des gouvernements trop conservateurs et sans vision qui l'avaient maintenu artificiellement dans l'ignorance jusqu'alors.

 

En somme, cette société québécoise, un peu archaïque, fort ignorante, et plutôt soumise facilement aux diktats qui lui étaient jusqu'à un certain point extérieurs, a tout d'un coup chaviré à 180 degrés et a tout balancé par-dessus bord, les bonnes comme les mauvaises valeurs, y compris celles qui avaient assuré sa propre survie. On pourrait dire en somme que cette révolution, supposément tranquille en apparence mais plutôt violente sur le plan psychosocial, comportait en elle-même les germes de notre propre destruction (ou disparition) en tant que société distincte et autonome sur le continent nord-américain. Les résultats d'aujourd'hui en sont la triste preuve : en effet, incapable d'assurer un taux de natalité décent, cette même société est aussi incapable d'assurer une immigration suffisante qui, en partageant ses propres valeurs, viendrait en quelque sorte compenser ce déficit démographique inquiétant.

 

Plutôt du côté des pessimistes, je crains fort qu'au cours des prochains 50 ans, on assiste à une érosion lente mais profonde de cette spécificité qui caractérise la société québécoise francophone et au développement d'une nouvelle société multiculturelle, dont le bilinguisme et, dans bien des cas, l'apprentissage prépondérant dès le bas âge de la langue anglaise deviendront par la force des choses une caractéristique de plus en plus dominante, sans parler des valeurs américaines qui s'imposent de plus en plus dans le domaine culturel, sans réelle contrepartie pour y faire contrepoids. C'est dans ce contexte que l'on pourra alors dire que l'implantation et la survie d'une microsociété francophone issue majoritairement de la France du XVIIe siècle dans une Amérique anglophone à presque 99 % n'auront été qu'un épiphénomène dans le cours de l'histoire des peuples.

 

Retour à la page d’accueil