On ne peut que
s’incliner devant le réalisme politique de Claude Morin. « En finir avec les
conditions perdantes » représente une feuille de route et un plan
d’action quasi-incontournables pour
l’avenir du Parti Québécois, éventuellement utiles pour tout gouvernement du
Québec de quelque allégeance qu’il soit et éminemment salutaires pour le maintien des compétences constitutionnelles du
Québec.
Il
faut se réjouir de la contribution actuelle de Claude Morin à l’avancement de
la réflexion sur l’avenir et le devenir
du Québec, compte tenu de la place plus restreinte occupée par l’option
souverainiste depuis quelques années. Il ne fait pas de doute que la
proposition de Claude Morin est de nature à inquiéter le gouvernement fédéral
qui sait fort bien que le "oui" l’emporterait assez facilement dans
un référendum sur un « statut particulier » pour le Québec.
À la
fin de1994, peu avant le début de la campagne référendaire, j’émettais
moi-même, dans les colonnes d’un quotidien québécois, une opinion se
rapprochant de celle de Claude Morin. Le texte peut être lu sur Internet
à : http://cf.geocities.com/opinions_sociopolitiques/Idees_et_opinions/interets_qc.htm).
D’autres personnalités avant lui avaient aussi émis des opinions semblables : Pierre Drouilly, Louis Balthazar, Denis Monière, Guy Bouthillier pour ne nommer que ceux-là. Aucun cependant n’a défini et articulé si bien cette option, avec autant de précision et de réalisme que l’auteur de « En finir avec les conditions perdantes ». Claude Morin a visé juste, au cœur de la problématique politique québécoise actuelle. En identifiant les tendances lourdes qui conditionnent les choix politiques des gens du Québec, l’évolution à la baisse de l’option souverainiste et l’effritement du pouvoir québécois des dernières années, Claude Morin nous ramène énergiquement à la réalité. Même au prix du rêve souverainiste qui tardera encore plus à se réaliser, si tant est qu’un jour il doive y parvenir. La position de Claude Morin est cependant de nature à provoquer une scission au sein du parti québécois. De cela, il faut être conscient. Mais, mieux vaut une scission avec l’espoir de revenir plus uni et plus fort dans quelques années que de simplement disparaître par entêtement, pour n’avoir pas su s’adapter à la réalité du jour.
Avec l’arrivée au pouvoir à Québec du Parti libéral et l’affaiblissement de l’option souverainiste, il faut s’attendre au cours des prochaines années, à l’accroissement du nombre et de l’importance des tentatives d’occupations de champs de juridiction québécois par le gouvernement fédéral. Si l’administration libérale au Québec est plus ouverte à coopérer avec le fédéral en ce sens, c’est surtout la perte de popularité de l’option souverainiste qui encouragera le fédéral à occuper et à agir plus ouvertement dans les domaines de compétence du Québec. Cependant, devant un désir exagéré du gouvernement canadien d’envahir des champs de juridiction québécois, au-delà de ce que même un gouvernement québécois fédéraliste est prêt à tolérer, il se pourrait qu’un tel gouvernement soit tenter de recourir à un moyen de pression du type suggéré par Claude Morin pour freiner les ardeurs de l’administration fédérale.
Depuis près de
quarante ans le mouvement indépendantiste au Québec, plus particulièrement le
Parti Québécois, s’active courageusement à faire avancer le wagon de la
souveraineté. La gare est encore loin et le train souverainiste pourrait bien
ne jamais l’atteindre, si le chemin emprunté demeure le même. Il faut changer de voie et le plus vite sera
le mieux. Morin nous y invite. Entre-temps, appliquons-nous à sauvegarder les
acquis des dernières décennies.
Claude Lalande, 2003-09-21