Le rapport Gomery et la justice: le fond et la vérité doivent transcender la forme et l’accessoire

 

Je ne connais pas très bien les raisons profondes qui ont amené le juge de la Cour fédérale à demander que les écrits sur Jean Chrétien et Jean Pelletier soient retirés du Rapport Gomery . Cependant, selon ce que je peux en lire ou entendre dans les médias, il m'apparaît assez clairement que l'on a accordé davantage d'importance à ce qui a entouré  le déroulement de l'enquête qu'aux éléments constitutifs de sa conclusion. En d'autres termes la forme et l'accessoire ont prévalu sur le fond et les aboutissants de l'enquête. Le juge Teiltelbaum à demandé de retirer du rapport final  ce qui est reproché aux deux poursuivants sans, selon toute apparence, se soucier de savoir si les faits qui leur sont reprochés soient véridiques ou non. La partisanerie attribuée arbitrairement au commissaire Gomery aurait suffi au juge de la Cour fédérale pour conclure à son impartialité.

 

Il faut mal connaître le juge Gomery pour tirer une pareille conclusion. Cet homme tout au cours de sa carrière a fait preuve sans conteste, en tout temps,  de compétence et d'impartialité. Il fut d'ailleurs nommé à la tête de la commission en raison de ces grandes qualités. Les aurait-t-il subitement perdues parce qu'il a accordé quelques entrevues pendant le déroulement de l'enquête ou que les conclusions fussent différentes de celles que l'on attendait chez les libéraux de Jean Chrétien ?

 

Ce juge à la retraite, sans objectifs de carrière et au passé impeccable a, par sa transparence dans la conduite de la difficile enquête qui porte son nom, contribué sans équivoque, à mettre en relief le panier de crabes et les vicissitudes  dans lesquels  trop souvent nos élus se complaisent. Comme probablement personne ne l’avait fait avant lui, il a permis que soient dévoilés les agissement scabreux, choquants et même indécents de beaucoup de nos membres de la classe politique.

 

Le gouvernement canadien doit aller en appel du jugement de la Cour fédérale afin que le rapport Gomery demeure intact.

 

Cet épisode de nos annales politiques ne peut que nous inciter à réfléchir sur l’exercice de la justice au Québec et au Canada. L’application du code de procédures et une forme de mise en scène prétorienne sur le parquet et de tractations à l’extérieur du tribunal, lors du déroulement d’un procès, dament trop facilement le pion à la recherche de la vérité. Combien d’innocents sont chaque année condamnés pour le simple non respect de la procédure, et combien d’autres échappent à la justice pour la même raison ? Des erreurs judiciaires graves causant l’emprisonnement d’innocents pendants des années et laissant des coupables en liberté résultent trop souvent de cette superficialité judiciaire.  Combien de fois n’ai-je pas entendu un procureur déclaré que la culpabilité ou l’innocence du client importait peu dans la bonne marche d’un procès.

 

Je veux bien croire que l’état de droit est un fondement à l’exercice de la justice. Mais l’histoire nous enseigne-t-elle pas aussi  que le premier peut nier le second et que l’état de droit n’est pas forcément l’état de justice. Sans parler du difficile accès à la justice pour celui qui n’a pas la capacité de se  payer un avocat…

 

Claude Lalande

Juillet 2008

 

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