LE QUÉBEC EST UN PAYS
À toi qui me demandes si un jour le
Québec va devenir un pays, je réponds Oui. En réalité, le Québec est déjà un
pays. Il l’est par définition, car un pays est un territoire habité par une
nation. Et, de ce point de vue, le Québec est davantage un pays que le Canada,
puisque les Québécois forment davantage une nation que les Canadiens.
Le peuple québécois est fortement
caractérisé. Vieux de bientôt 500 ans, il s’est en partie métissé avec les
Algonquins et les Hurons. Ses racines françaises sont profondes; un million des
siens descendent des Filles du roi, et il a gardé ses valeurs de la vieille
France. Il est aussi le produit d’un rare mélange de la culture française et de
la culture anglo-saxonne, un mélange unique au monde. Cet apport britannique
s’exprime ici aussi d’une façon différente de partout ailleurs où la
Grande-Bretagne a conquis des territoires. Ici, les Québécois ont fait de leurs
conquérants une minorité. Du jamais vu. Mais si notre peuple a refusé de se
laisser assimiler, ça n’a pas été sans grandes difficultés. La domination
britannique, puis britanno-canadienne et maintenant canadienne nous a appauvris
et continue de le faire. Pourtant, comme envers de la médaille, cet appauvrissement
nous a apporté l’une de nos principales richesses, le coopératisme, qui est
aussi la base du modèle québécois, ce modèle qui s’est construit dans plusieurs
secteurs primordiaux de notre société comme l’agriculture, la consommation, le
logement, les pêches, la forêt et d’autres encore. En matière de coopératisme,
le Québec est un modèle dans plusieurs pays. Le meilleur exemple de cette
réussite est le Mouvement Desjardins, un établissement financier qui a été
reconnu comme la deuxième institution financière la plus solide au monde en
2014.
Le Québec jouit de tous les éléments
constituants d’un véritable pays : un gouvernement expérimenté de stature
internationale distinct de tout autre État provincial au Canada, d’ores et déjà
des relations et des délégations à l’étranger, des consulats sur notre sol, des
Régiments, des bases et un collège militaires, un secteur industriel développé,
des institutions publiques prospères, un modèle qui nous est propre, une
population scolarisée, des richesses naturelles, une énergie publique
abordable, abondante et rentable, une voie maritime fluviale et un port
intérieur parmi les premiers au monde, une immigration précieuse quand elle est
bien intégrée, des rentrées fiscales potentielles de 140 milliards de dollars
par année en droits, taxes et impôts et 400 milliards de PIB.
Nous sommes plus de huit millions. Nous
entretenons des affaires autonomes avec l'important BosWash, la région de
Boston, New York, Washington; nous nous sommes fait une réputation à
l’international en matière de grands chantiers comme celui de LG2, d’aviation,
d’imagerie 3D, de spectacles de lumières, de festivals d’été, de congrès
internationaux, ainsi que dans une foule d'autres activités économiques,
sociales et culturelles.
Le Québec a un territoire beaucoup plus
grand que la majorité des pays, un territoire qui a accès à deux océans, une
immense quantité d'eau potable et de ressources naturelles. Le Québec est un
État qui a une culture distincte très riche ainsi que l'un des rares ministères
de la Culture en Amérique pour la protéger et la promouvoir. Mais au-delà de
tous ces aspects, le Québec est déjà un pays libre étant donné qu’il n’a pas
signé la Constitution du Canada. Oui, j’en suis persuadée, le Québec deviendra
un réel pays qui aura sa voix à l’ONU un jour.
Un jour, mais peut-être pas tout de
suite, pour plusieurs raisons. Premièrement, en ce moment, les gens des pays
riches, dont les Québécois, sont plutôt individualistes. En général, ils
profitent autant qu’ils le peuvent de leur confort et ils sont peu engagés dans
les grandes causes. Deuxièmement, ils sont majoritairement séduits par la
culture américaine et le désir de conquérir le monde grâce à l’anglais, alors
pour un grand nombre de Québécois, toute autre langue que l’anglais, même la
leur, le français, est une langue de seconde zone qu'ils n'ont pas
particulièrement envie de défendre, même si elle est prestigieuse.
Troisièmement, les gens sont
actuellement complètement déboussolés. Ils confondent tout : le vrai et le
faux, le bien et le mal, la gauche et la droite, le beau et le laid. Ce n’est
pas un moment propice de l’Histoire pour les grands projets de société. La
seule chose rassembleuse, en ces années 2010, c’est une haine spécifique
qu’éprouve un groupe envers un autre : les musulmans, les chrétiens, les
hommes, les femmes, les nationalistes, les gens de la gauche, ceux de la
droite, les communistes, les fédéralistes, les uns et les autres. Non, ce n’est
pas le moment de construction de grands projets.
Pourtant, ce jour viendra. Ça ne peut
pas être autrement. Le Québécois moyen ne sait pas encore à quel point cela lui
coûte cher que son peuple soit dominé par un autre peuple, mais il l’apprendra
avec le temps. Il ne sait pas non plus à quel point il a un immense trésor à tout
point de vue entre les mains et combien le Québec grandira quand il sera
indépendant, mais ça aussi il le comprendra peu à peu. On commence seulement à
réellement en parler. En quelques décennies, nous sommes passés d’une fierté
folklorique à un discours d’économistes. Combien de gens peuvent expliquer de
façon appuyée les avantages réels que le Québec aura à être pays? Pas beaucoup.
Mais ces explications sont répétées chaque jour, chaque jour et, chaque jour,
des gens comprennent ce qu’on nous a caché depuis toujours. Quand la majorité
verra que nous sommes très riches, mais que cette richesse nous est prise, que
se passera-t-il? Crois-tu que, sachant et comprenant qu’il est tenu dans une
pauvreté artificielle, le peuple voudra continuer d’être dépendant? Non. Le
jour où la situation sera comprise par la majorité, cette majorité voudra avoir
son indépendance. Mais ce n’est pas encore le jour. Ce moment arrivera
peut-être à la suite d’une crise quelconque : économique, ou humanitaire, ou
environnementale ou toutes ces crises ensemble. Cela se produira peut-être
pendant notre génération, peut-être dans vingt ans, peut-être dans cent ans, on
ne sait pas quand, mais cela se produira. Et ce qui en résultera, ce sera un
retour à la normalité comme aux petits peuples homogènes sans intentions
xénophobes, mais par envie de retrouver son essence.
Le Québec suivra alors le mouvement et
deviendra lui aussi tout naturellement un pays. La seule raison pour laquelle
l’indépendance ne s’est pas encore faite, c’est que les Québécois ne savaient
pas encore à quel point ils seraient gagnants à la faire.
Pour le moment, il faut informer les
gens et garder notre flamme vive. Il faut appuyer ceux qui se battent pour
notre peuple, notre avenir, notre protection et notre richesse, parce que,
quand le Québec sera un pays, il sera enfin aussi riche qu'il devrait l'être et
encore davantage puisqu'il pourra enfin conserver et faire fructifier sa
richesse; et que, quand le Québec sera un pays, il sera l'un des plus beaux de
la Terre, car ce sera celui d'un peuple ouvert, inventif, respectueux,
environnementaliste, fort, résistant, heureux et courageux.
Trouvez un État de huit millions
d’habitants, avec un PIB de 400 milliards de dollars , ayant accès à deux
océans et ayant, selon plusieurs, le plus grand port intérieur au monde, un
État qui a un secteur industriel développé, qui fait affaires à 85 % avec les
États-Unis, qui possède une grande quantité de mines et une immense réserve
d’eau potable, qui bénéficie d’une énergie verte abondante et payante, un pays
dont l'économie ne dépend pas du pétrole, dont les produits agroalimentaires,
technologiques et culturels se démarquent à l'international, un État qui
démontre des valeurs uniques grâce à ses relations historiques avec les Amérindiens,
à ses politiques familiales et à ses politiques environnementales, un État
parfaitement autonome, dont le peuple est un grand fondateur des Amériques, un
peuple aujourd'hui parmi les plus heureux, les plus pacifiques et les plus
progressistes, un peuple dont les familles ont un pouvoir d’achat supérieur à
celles de l’Ontario (Le Devoir, 15 septembre 2017) et des États-Unis
(L’Actualité, 3 septembre 2012), un État qui fait partie des plus riches et des
plus grands… mais qui dirait de lui-même qu’il n’est pas un pays.
Le Québec est un pays !
Malheureusement, l’auteur m’est
inconnu. (Si
vous savez son nom, il faut me le faire savoir !)