Une nouvelle « guerre du  Vietnam » se confirme

 

Il y a une quinzaine de jours je faisais connaître dans ces mêmes colonnes, mon inquiétude de voir la riposte armée des Américains en Afghanistan dégénérée en nouvelle guerre du Vietnam. Nous y sommes. Le « processus » est bien engagé. Le bourbier est là, prêt à enrayer le fonctionnement de « Liberté immuable ». Les dirigeants américains, en admettant clairement pour la première fois que la lutte au terrorisme pourrait être longue et difficile, viennent d’admettre implicitement qu’ils s’attendent à vivre une nouvelle période semblable à celle de la guerre du Vietnam. Pour bien comprendre la situation, il faut faire certains rapprochements entre les deux événements. En voici quelques uns.

 

Comme au Vietnam, le confit actuel trouve son explication dans la lutte à finir à deux méga-dangers mettant en péril la civilisation occidentale : le communisme des années cinquante (démonisé par le maccartisme et perçu en Amérique comme une véritable calamité) et le terrorisme islamique d’aujourd’hui.

 

Comme le Vietnam, l’Afghanistan est composé de territoires difficiles d’accès optimisant le succès de la guérilla et de la guerre d’embuscades au cours desquelles les armes légères sont les plus efficaces. Les Talibans, qui s’avèrent beaucoup plus coriaces qu’on l’avait pensé au début, en possèdent, nombreuses, comme le Vietcong dans les années soixante

 

 Il y a eu division et guerre civile entre Vietnamiens du Nord et du Sud, comme présentement entre Afghans du Nord et du Sud.

 

Les populations occidentales se sont montrées sympathiques aux Américains au début de la guerre du Vietnam, malgré quelques réserves. Mais la sympathie est devenue profonde réprobation devant la mort de nombreux GIs ou de leur comportement abusif envers les populations locales. On connaît la suite. Aujourd’hui, devant l’efficacité douteuse des frappes et la mort de trop nombreux innocents, l’approbation des Occidentaux du comportement américain est en baisse.

 

Les USA, aujourd’hui comme il y a quarante ans,  prennent partie en faveur de ce qu’il reste du gouvernement local qu’ils espèrent contrôler. Mais pour l’instant, ce gouvernement corrompu et violent, est réduit à la quasi-impuissance par les forces révolutionnaires du pays. Comme au temps du général Thieu !

 

Le Vietnam du Nord était appuyé, plus ou moins clairement par la Chine au début des affrontements,  mais presque ouvertement à la fin. Maintenant voyons ce qui se passe au Pakistan. Le gouvernement y est violemment pris à partie par une population qui lui reproche d’avoir dit oui aux frappes américaines et permis aux avions américains de survoler son territoire.  Plusieurs membres de cette population désirent aujourd’hui se rendre en Afghanistan, combattre auprès des Talibans, sans que le gouvernement Musharaff puisse les en empêcher. Et enfin, il n’est pas exclu que le Pakistan, puissance nucléaire, se donne un jour un gouvernement pro-Taliban. De quoi faire réfléchir !

 

Il reste que cette fois-ci, l’Amérique a été frappée sur son territoire, dans les villes symboles de sa puissance politique, économique et militaire. De nombreux innocents ont péri. Toutes les raisons se trouvaient réunies pour légitimer une réaction de prévention, de défenses, voire de représailles.  Mais le spectacle que nous offre le militarisme USA actuellement est aussi triste que ridicule. Triste parce que des innocents vont mourir et ridicule par l’ampleur du déploiement militaire qui n’a à peu près rien de compatible avec la recherche d’un homme ou d’un groupe muni de simples armes légères, dans un pays dévasté. La mort de nouveaux innocents ne ramènera pas à la vie ceux du 11 septembre.

 

Bref, de toute évidence, la lutte au terrorisme est aussi mal engagée qu’elle est devenue nécessaire et incontournable. Le problème terroriste est d’abord politique. C’est d’emblée par cette voie qu’il sera résolu. L’action militaire doit être considérée comme un dernier recours et déployée de façon réfléchie et judicieuse. Dans le calme. Tout le contraire de l’improvisation et de la fébrilité des bombardements américains sur l’Afghanistan.

 

15 octobre 2001

 

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