VIVE LA NATION
QUEBECOISE !
Louis O’Neill
Le débat sur l’existence de la nation
québécoise ne manque pas de pittoresque. Dans le fond, c’est une affaire
sérieuse. Derrière les querelles de vocabulaire se profilent des enjeux
cruciaux. Les indépendantistes le savent bien, les fédéralistes aussi. Ceux-ci
insistent pour dire que la résolution Harper qui reconnaît la nation québécoise
n’a qu’une valeur symbolique. Mais ils savent aussi que des symboles cachent
parfois de la dynamite sociale. La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789,
était un acte symbolique. On connaît la suite.
Dans le cas du Québec, le terme nation
véhicule une dimension historique et culturelle. Il englobe une langue officielle,
des institutions, un territoire, un vouloir-vivre collectif où les minorités
trouvent leur place. Cet ensemble d’éléments devrait déboucher logiquement, tôt
ou tard, sur la souveraineté politique.
Il arrive que des obstacles divers freinent
l’accès à la souveraineté d’entités nationales importantes. C’était la
situation vécue par plusieurs nations au temps de l’Empire soviétique. C’est,
par exemple, de nos jours celle du Kurdistan.
Il est des cas où, vue de l’extérieur, la
revendication nationale apparaît ambigüe et ne pas sembler amorcer une quête de
souveraineté politique complète. Pensons aux Gallois, aux Ecossais, aux
Catalans. Mais peut-être que la tendance dominante ira de plus en plus dans le
sens d’une telle forme de souveraineté. L’avenir le dira.
Au Québec la donne est relativement simple. La
volonté collective aura l’occasion de s’affirmer démocratiquement lors d’une
prochaine consultation populaire où chaque partie devra, cette fois-ci,
respecter les règles en vigueur. Plus de référendum volé, comme en 1995.
La souveraineté politique n’est pas qu’une
plaisante vanité dont on se gratifie. Elle fournit une assise précieuse pour le
développement d’un peuple. Qui plus est, l’accroissement du nombre
d’Etats-nations de tradition démocratique est susceptible de réduire les
tensions entre les peuples et donc de favoriser la paix. Devenue souveraine, la
nation québécoise sera plus en mesure de fournir une contribution originale et
fructueuse à l’instauration de rapports de solidarité entre les peuples.
Décembre 2006