Une démarche gagnante

 

 Le récent jugement de la Cour suprême sur la sécession unilatérale du Québec pourrait bien aider la cause des tenants de l’indépendance. En reconnaissant la légitimité de la cause souverainiste et en forçant les parties à négocier devant un résultat clairement favorable à la souveraineté, le jugement accrédite la cause indépendantiste et lève l’hypothèque de l’inconnu au lendemain du référendum.

 Faut-il voir dans cet avis juridique un incitatif suffisant pour amener une majorité de Québécois et de Québécoises à se prononcer en faveur de la souveraineté lors d’un prochain référendum ? Certainement pas.

 Un acteur de plus en plus incontournable dans le processus de l’accession de Québec à l’indépendance, compte tenu de la situation politique actuelle au Canada, est la communauté internationale. Il faudra à un gouvernement souverainiste en possession d’une victoire référendaire convaincre autant de pays que possible, particulièrement les plus influents, de sa bonne foi et du bien-fondé de sa cause, si les négociations devaient achopper. Le gouvernement fédéral, soutenu par le reste du Canada, ne fera pas de cadeau au Québec. La déclaration unilatérale d’indépendance pourrait bien devenir nécessaire. Le Canada, connu et respecté sur le plan international, utilisera alors tout son influence pour convaincre les pays étrangers que le Québec ne peut agir unilatéralement. Le Québec doit pouvoir faire face à cette éventualité.

 Un moyen sûr pour le Québec de s'attirer la sympathie internationale, est d’offrir une dernière chance au fédéralisme canadien. Une façon d'y arriver est de faire en sorte que le prochain référendum porte sur les exigences du Québec pour demeurer dans la fédération canadienne. Les conclusions de la Commission Bélanger-Campeau ou du Rapport Allaire constituent une base valable pour établir ces exigences. Mario Dumont a raison de se monter favorable à cette démarche. Je soupçonne Pierre Drouilly, et sans doute d'autres politicologues, de ne pas être réfractaire à cette idée.

 Un tel référendum a toutes les chances d’être remporté par les forces du Oui. Si le fédéral et le reste du Canada demeurent insensibles aux demandes du Québec, alors un autre sur la souveraineté, peu de temps après, pourrait très bien se solder par une victoire claire des tenants du oui à la souveraineté.  En suivant cette démarche, le Québec à de bonnes chances de sortir gagnant. Ou il obtient le statut qui lui convient dans la fédération, ou il devient indépendant.

 Un prochain référendum sur l'indépendance, conditions gagnantes réunies comme nous le propose monsieur Bouchard, pourrait se solder à l'avantage des indépendantistes. Mais la victoire serait si mince qu'elle serait paralysante et même nuisible pour le Québec. Imaginons pour l'instant des négociations avec 50 % plus un. Pour le moins ardues. En cas d'impasse, pouvons-nous croire que la communauté internationale se commettra en faveur du Québec, donc contre le Canada ?

 Mais d'abord, le P.Q. doit sortir gagnant des prochaines élections. Ce qui est bien possible. Il devra aussi convaincre les purs et durs du parti de la justesse de sa démarche et réussir à faire admettre à ceux que l'on qualifie encore de "caribous" qu'à trop demander, on risque de tout perdre.

 Quant à moi, aux prochaines élections générales, j'appuierai en priorité le parti qui proposera un référendum sur un statut particulier significatif pour le Québec, pour peu que ce parti soit doté d'une équipe de candidat et d'un programme valables. Je suis favorable à l'indépendance parce que j'estime qu'elle est le meilleur outil pour servir les intérêts du Québec. Mais je suis fatigué de la valse hésitation de la population qui ne parvient pas à se brancher. J'ai hâte que le débat sur cette question prenne fin, mais en même temps je ne veux pas risquer de tout perdre. Un prochain référendum sur l'indépendance, c'est risquer de tout perdre. Un nouveau happening Bouchard comme en 1995 est à écarter. C'est le genre de chose qui se répète à peu près jamais. Jouons gagnant en allant chercher au moins un statut spécial pour le Québec dans la fédération canadienne. Je ne crois pas me tromper en affirmant que c'est ce que souhaite la majorité de nos Québécois et Québécoises.

 Claude Lalande

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