Jean-Paul Desbiens, ombre et lumière.

 

 

Il est toujours très difficile, parfois inutile, de lutter contre les tendances lourdes d’une société libre, fussent-elles, ces tendances, des plus regrettables.

 

Jean-Paul Desbiens devait le savoir. Trois domaines majeurs : la langue, la religion et la culture retenaient particulièrement son attention et pour l’amélioration desquels il aura engagé un combat qui devait durer jusqu’à sa mort. Il aura perdu son combat contre les deux premiers et connu un succès mitigé au troisième.

 

Je souscris totalement aux observations de  Jean-Marc Léger sur l’état actuel de la langue française au Québec. Un combat de plusieurs décennies pour redonner à la langue française chez nous un statut de langue correcte pouvant être utilisée un peu partout dans le monde aura-t-il été inutile? Jean-Paul Desbiens aurait sans doute été porté à répondre oui à cette question, comme le sont, aujourd’hui plusieurs personnalités attentives à la cause linguistique. Parlé ou écrit, le français d’aujourd’hui est tout à fait comparable à celui que Desbiens dénonçait il y a quarante-cinq ans. À l’écrit ou au parlé, les fautes d’orthographe et de syntaxe fusent, lesquelles s’ajoutant à la pauvreté du vocabulaire chez la grande majorité des nôtres, font du français-québécois d’aujourd’hui une langue abâtardit à l’égale de sa  pauvreté articulatoire. Je comprends mal qu’encore aujourd’hui devant la détérioration de la qualité de la langue, l’on approuve ou même encense des artistes et des auteurs qui utilisent régulièrement le « joual ». Et qui,  de ce fait, volontairement ou pas en font la promotion.

 

Jean-Paul Desbiens ne souscrivait pas à la bondieuserie religieuse de son époque. Ce qui ne l’a pas empêché de demeurer un fervent croyant. Si sa vocation avait été fragile, et sachant les contraintes auxquelles il fut soumis par sa Communauté, il aurait eu cent raisons de retourner à la vie civile comme beaucoup de religieux l’ont fait dans les années soixante.  C’est donc comme croyant convaincu qu’il a assisté à la fulgurante déchristianisation du Québec.. Ce n’est certes pas ce qu’il cherchait en dénonçant le cléricalisme outrancier de l’époque. Il aura donc raté son objectif par excès et non par insuffisance. Il en a assurément souffert.

 

Sur le plan de la culture, il se réjouissait de la démocratisation de l’expression artiste sous toutes ses formes. Il devait sans doute applaudir à la création du ministère de la Culture et aux efforts consentis dans le milieu scolaire qui ouvrait ses portes à l’enseignement du théâtre, des arts de la scène et de la musique, etc. Mais ce qui naissait dans les écoles et autres milieux pédagogiques devait connaître une croissance équivoque et parfois désordonnée, pour finalement se retourner contre son objectif prioritaire, l’amélioration de langue. Devant la pauvreté du langage de plusieurs de nos artistes et de presque tous nos humoristes, Jean-Paul Desbiens devait être extrêmement perplexe, sinon déçu de ce qu’il voyait et entendait.. Il devait sûrement penser que si la liberté ouvre la porte aux choses les plus sublimes,  elle permet aussi l’entrée des plus scabreuses.

 

Pendant quelques années, Jean-Paul Desbiens a dû applaudir à l’avancée effervescente de la Révolution tranquille. Mais, il aura plus tard déchanté de la tournure que prenait cette grande mobilisation sociale constituant selon plusieurs, l’acte de naissance du Québec moderne. 

 

J’ai rencontré Jean-Paul Desbiens il y a environ deux ans. Nous n’avons conversé que peu de temps, mais suffisamment pour me rendre compte qu’il était déçu des trop nombreux dérapages et avatars de la Révolution tranquille.

Il aurait tellement souhaité qu’elle chemina autrement…

 

Claude Lalande 

 28 juillet 2006

 

 

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