QUÉBEC D'ABORD
D'ABORD RECHERCHER LES
INTÉRÊTS SUPÉRIEURS DU QUÉBEC
Le succès d’une démarche référendaire dépend de
l'attention que le gouvernement porte aux préoccupations et aux désirs du
peuple québécois.
Un référendum sur la souveraineté maintenant est
voué à l'échec. Il doit porter sur autre chose.
- Malheureusement, le résultat mitigé des
élections québécoises et l'évolution de la conjoncture en général sont là
pour le prouver. Le contenu et la stratégie référendaires doivent
s'ajuster.
- Une défaite référendaire, en plus de porter un
coup dur, peut-être fatal, à l'option souverainiste, rendrait impossible,
à tout le moins improbable, et pour longtemps, tout transfert de pouvoirs
du gouvernement fédéral en faveur du gouvernement québécois.
- Pourtant, plus que jamais, la souveraineté du
Québec apparaît comme nécessaire au mieux être socio-économique tant du
Québec que du Canada. La vérité éclate. Le coût excessif de maintien de la
fédération dans sa forme actuelle mène le Canada à la faillite. Cependant,
trop de personnes au Québec ne voient que les coûts de la souveraineté,
sans s'interroger sérieusement sur ceux du fédéralisme. Ils hésitent à
dire oui à la souveraineté.
- Beaucoup de Québécois n'éprouvent pas
suffisamment de réserve à l'endroit du Canada pour vouloir s'en détacher
avec l'unique raison que ce pays est incapable d'assurer leur
développement socioéconomique. Ils sont loin d'être convaincus que dans un
Québec souverain leurs conditions de vie seront meilleures et que leur
survie culturelle sera assurée. Pour plusieurs des nôtres, le Canada
symbolise la sécurité, tout simplement parce qu'ils y sont nés et que ce
pays leur a permis de vivre, somme toute, pas si mal. Il sera toujours
difficile de convaincre une personne (a fortiori un peuple), qui estime
peut-être perdre au change, de choisir une nouvelle voie, même si cette
dernière est de nature à lui faire espérer un meilleur avenir.
- Le gouvernement ne doit pas risquer de
compromettre l'avenir du peuple québécois. L'éthique de responsabilité et
de devoir doit parfois primer sur la conviction personnelle, fut-elle des
plus sincères. La souveraineté doit se faire avec prudence et sans risque
excessif, en osmose avec le désir consenti de la population.
- Les stratèges souverainistes ne doivent pas
s'enfermer dans la logique d'un référendum sur la souveraineté à tout
prix. Il leur faut considérer d'abord les intérêts supérieurs du Québec et
tenter de le doter du maximum possible de pouvoirs.
Par contre, un référendum sur un ensemble de
pouvoirs significatifs pour le Québec, qui pourrait lui conférer un statut
particulier, aurait de très bonnes chances d'être remporté de façon décisive
par les forces du OUI.
- Il existe peu de corps constitués, de groupes ou
d'organismes québécois qui s'opposeraient à un statut constitutionnel
particulier pour le Québec, qui lui garantirait la sécurité culturelle,
sociale et économique, ainsi qu'une plus grande liberté politique. Les
plus ardents opposants au statut particulier seraient probablement ceux et
celles qui défendent la souveraineté avec le plus d'acharnement. Mais il
faut faire la gageure qu'ils seraient capables de patience ou de compromis
face à la quasi-certitude d'un échec référendaire sur la souveraineté.
- Le contenu du statut particulier s'articulerait
autour d'un certain nombre d'éléments significatifs. Entre autres :
- pouvoir exclusif en matière de langue, de
culture, d'éducation et de formation, de santé, et d'affaires sociales et
d'immigration;
- pouvoir quasi exclusif pour le Québec en
matière de taxation et d'imposition. Les Québécois ne verseraient leurs
impôts et leurs taxes qu'au gouvernement québécois qui verrait à payer le
gouvernement fédéral pour les services reçus.
- reconnaissance officielle de la nation ou du
peuple québécois;
- rôle officiel accrû du Québec sur la scène
internationale.
(Aussi, de nombreuses recommandations des commissions Bélanger-Campeau
et Allaire pourraient très bien enrichir un éventuel statut particulier pour le
Québec)
- Un bon nombre de Québécois et de Québécoises
souhaitent qu'une dernière chance soit donnée au fédéralisme. Pour eux un
référendum sur un statut particulier clarifierait la situation et les
amènerait fort probablement, dans un deuxième temps, à choisir la souveraineté
en cas de refus du reste du Canada de respecter la volonté du Québec
clairement exprimée.
Si le reste du Canada dit "oui" aux
demandes du Québec
- Advenant qu'Ottawa et les provinces acceptent de
respecter le résultat du référendum sur un statut particulier remporté par
les tenants du "oui", le peuple québécois se verrait doté des
outils nécessaires à la préservation et au développement de sa spécificité
sur les plans linguistique, culturel, social, économique et, dans une
certaine mesure, politique.
- Mais, il faudra au gouvernement du Québec, en
contrepartie, jouer franc jeux et accepter de remiser l'objectif de la
souveraineté, sans arrière pensée, dans une perspective de règlement final
de la crise constitutionnelle canadienne.
Si le reste du Canada dit "non" aux
demandes du Québec
- Meech, Bélanger-Campeau, la loi 150 et
Charlottetown sont déjà loin pour un grand nombre de Québécois. Des faits
trop rapidement oubliés. L'ambiance nationaliste n'y est plus. La foi
souverainiste baisse. Les sondages et de nombreux commentaires le
démontrent régulièrement.
- Il faut que le momentum d'après Meech ou
Bélanger-Campeau soit recréé pour assurer la victoire du "oui" à
un référendum sur la souveraineté. Présentement, ce n'est guère possible.
Mais, le rejet par le reste du Canada d'un statut particulier voulu
clairement par une majorité de Québécois, les ferait réagir avec vigueur.
La ferveur souverainiste devrait réapparaître…. comme au lendemain
de Meech ? Peut-être aussi bien. Peut-être mieux.
- Les derniers doutes sur l'impossibilité de
renouveler le fédéralisme ayant été dissipés, de nombreux adversaires
pourraient, demain, devenir des alliés. D'autres se sentiront mal à l'aise
de continuer de défendre le fédéralisme.
Conclusion
Le Québec
doit donner une "autre" dernière chance au fédéralisme de répondre à
ses besoins. Le prochain référendum pourrait bien être celui de la dernière
chance. Il ne faut jamais désespérer, mais avec le temps qui passe, un taux de
natalité déficient, une immigration qui trop souvent joue contre la majorité
francophone et un gouvernement fédéral toujours aussi centralisateur, les
chances du peuple québécois de conserver son identité propre s'amenuisent
rapidement. Dans quelques années, la souveraineté ne sera plus à sa portée.
Claude
Lalande
Sainte-Foy (Québec)
Janvier 1995
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