De Duplessis à
Harper ou quand le passé rattrape le présent !
Bien sûr, les deux hommes sont différents sous plusieurs aspects de
leur personnalité. Toutefois, leurs différences relèvent plus de l’image et des
manières de faire que de la substance intellectuelle et des valeurs morales qui
les animent. Le premier extériorisait
sa pensée avec facilité. Il était homme de parole qu’il maniait avec
intelligence, vigueur et mordant au besoin. Humour et calembour, parfois
jusqu’à la vulgarité le caractérisaient. Bref,
Duplessis s’amusait avec les mots, ce qui en faisait un débatteur d’une
exceptionnelle efficacité. Ceux qui ont tenté de lui tenir tête dans une
discussion ont compris rapidement que le maniement de la dialectique n’avait
pas de secret pour Maurice Duplessis. « L’Art d’avoir raison » de
Schopenhauer devait être bien connu de l’ancien Premier ministre qui fut un fin
renard, au « pif » politique exceptionnel.
Stephen Harper projette l’image d’une personne profondément
différente ce celle de Maurice Duplessis. Il est réservé, timide même, parfois
un peu gauche, ce qui pourrait nous faire douter de son flaire et de sa
perspicacité politiques. Bref, sa timidité est de nature à nous faire croire
qu’il est en déficit d’idées et de leadership. Et, cela devient encore plus
apparent pour beaucoup de Québécois francophones qui ne peuvent faire la
distinction entre ce qui relève d’un manque de sens politique et de
perspicacité de l’homme et ce qui provient de la difficulté du nouveau Premier
ministre à s’exprimer en français. Si on devait s’en tenir à l’image publique
des deux hommes, on ne pourrait blâmer qui que ce soit de les estimer
profondément différents.
Pourtant
les deux hommes se ressemblent – (on me pardonnera de parler ici de Duplessis
au présent). Ils sont de remarquables perspicaces dotés d’un sens du leadership
incontestable. Ils savent au besoin imposer leurs idées même aux plus forts
membres de leur cabinet, requérir et obtenir d’eux, sans détour et avec
autorité, le silence… quoiqu’il faille constater que la manière de le faire, à
près d’un demi-siècle de distance, diffère. Autre époque, autres mœurs ! On pourrait comparer les deux hommes à deux
arbres dont l’écorce et le feuillage sont différents, mais possédant tous deux
un cœur semblable, orienté vers les mêmes valeurs conservatrices chrétiennes et
familiales avec un sens de l’équité qui repose plus sur l’absolu que sur le
relatif. Bien sûr l’époque module la manifestation de ces valeurs, mais elle
n’en altére point l’essence. Les deux sont
croyant et pratiquant. Ils sont d’irréductibles défendeurs de la famille
nucléaire. Père, mère, enfants en constitue le fondement. Ce type de famille,
pour eux, n’est rien de moins que le pivot central de la société. Sur le plan
de l’éducation au sens large du terme, ils adhèrent aux même valeurs. La
liberté bien sûr, mais attention de ne pas verser dans la permissivité qui
accompagne trop souvent le relativisme des valeurs. Si les droits individuels
sont incontournables, les devoirs qui les accompagnent le sont tout autant.
Sur le
plan politique, touchant la place du Québec dans la fédération, le mot
autonomie si souvent utiliser par Duplessis pour la défense des droits
constitutionnels du Québec réapparaît de plus en plus fréquemment dans le
vocabulaire de nos politiciens, dont Stephen Harper. Le concept d’autonomie provincial redevient donc valable pour
assurer le bon fonctionnement de la fédération. Duplessis y croyait. Harper aussi.
L’intérêt
de revenir en arrière afin de comparer les valeurs d’un homme du passé à celles
d’un autre du présent, n’est pas négligeable. L’arrivée au pouvoir du Parti
Conservateur avec à sa tête un Premier ministre aux valeurs approchant
celle d’un ancien Premier ministre,
qu’on identifie trop facilement à la grande noirceur, est indicatrice que le passé est en train de rejoindre le
présent. Beaucoup de ce que la Révolution tranquille a mis de côté a peut-être
encore sa place dans notre société à la famille souffrante, aux mœurs
décadents, aux valeurs dissolues et aux libertés dépassant les exigences d’une
saine démocratie.
Claude
Lalande
Juillet
2006
Retour à la
page d’accueil
Articles
pertinents :
Duplessis
et son temps