GRANDE NOIRCEUR ET
RÉVOLUTION TRANQUILLE
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Introduction
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Les historiens et la Révolution tranquille
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La Grande noirceur : un regard révisionniste
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Conclusion
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Bibliographie
RÉSUMÉ
Dans l'imaginaire québécois, le nom de Maurice Duplessis réveille de forts
souvenirs. Bien qu'il soit l'incarnation la plus pure du traditionalisme pour
certains, l'avis n'est pas unanime. Les « révisionnistes » tentent de rappeler
le Québec contemporain à l'ordre : il est dangereux, disent-ils, d'associer
aveuglément le nom Duplessis à l'appellation Grande noirceur.
Ayant dans un premier temps posé les
balises du débat, nous avons ensuite entrepris d'analyser les années
duplessistes sous l'angle «révisionniste». Nous en sommes venus à la conclusion
qu'il fallait, avant de décider qu'elle pouvait être l'influence de Duplessis
sur le développement du Québec, s'arrêter au concept de modernité. En établir
les critères est une tâche bien difficile, mais nécessaire, car on ne peut
réduire son avènement à la mort d'un seul homme. Loin de vouloir délaisser le
débat, nous souhaitons ardemment sa suite; l'histoire est faite de ces
questions où il semble impossible de trancher…
INTRODUCTION
La seule évocation du nom de Maurice Duplessis appelle invariablement au
vocable «Grande noirceur». L'imaginaire Québécois est encore fortement imprégné
par cette association et ce, malgré les presque quarante ans qui nous séparent
de la fin du régime duplessiste. Cela tient sans doute au fait que, beaucoup
plus qu'un simple homme politique, Duplessis soit devenu une véritable
métaphore du Québec traditionaliste et oppressant d'avant la Révolution
Tranquille. La recherche d'un jalon annonçant la fin de cette ère, une rupture
nette, 1960, devait ensuite devenir un des archétypes du Québec contemporain.
Dans la mémoire de tous les Québécois, la Révolution tranquille allait
désormais correspondre au moment de notre éveil collectif à la modernité. Et
voilà la métaphore lancée! Traduire l'histoire du Québec contemporain se réduit
maintenant à opposer terme pour terme, Grande noirceur et Révolution
tranquille. Pour pratique, cet effet de repoussoir mérite cependant d'être
nuancé. L'année 1960 et le terme de Révolution pour la caractériser, sont
entrés à ce point dans les usages qu'ils sont devenus le moyen exclusif de
séparer le Québec ancien du Québec moderne, autant sur le plan politique,
social que culturel. Le but de ce texte est de revoir certaines idées reçues
afin de montrer que 1960 n'est peut-être pas la catharsis grecque que toute une
génération s'est plus à y voir. Le Québec moderne est déjà en germe sous
Duplessis, alors que le Québec traditionnel ne succombe que progressivement
après l'arrivée de «l'Équipe du tonnerre»…
Il nous apparaît qu'au niveau économique,
social, au niveau culturel même, le rôle de la rupture de 1960 doit être
nuancé. Nous proposons que la rupture n'est, au sens stricte, qu'une rupture de
niveau politique. On peut ainsi proposer que le Québec d'avant 1960 constitue
une société en ébullition, traversée par des tendances modernes, mais où le
pouvoir politique est à la remorque du reste de la société et tente,
dérisoirement, de soutenir un système de valeur désuet. De la même manière, le
Québec d'après 1960 poursuit l'évolution antérieure à cette différence que le
parti au pouvoir joue désormais un rôle de leader venant structurer le trains
de mesures qui pourront désormais rendre compte de l'état de la société.
Ce texte, véritable work in progress, vise toutefois à davantage poser des
questions qu'à y porter réponses. Ce travail se divise ainsi en deux parties.
Nous analyserons d'abord le débat entre historiens à propos du rôle de la
Révolution tranquille. Dans une seconde partie nous chercherons dans le Québec de
l'après-guerre les signes avant-coureurs de la modernité et ainsi contribuerons
modestement à «revisiter» certaines idées reçues à propos de la rupture de
1960.
1. LES HISTORIENS ET LA RÉVOLUTION TRANQUILLE
Dès la mort du «Chef» et la ruine de son parti, prompts ont été les historiens,
politologues et les journalistes à tirer un trait sur le passé et à célébrer, à
l'instar de la propagande du parti libéral, le renouveau qu'annonçait l'équipe
de Jean Lesage. Ces hommes et ces femmes allaient enfin permettre au Québec de
faire ses premiers pas vers la modernité et de combler un retard, en
particulier sur le plan social et culturel. Toutes les forces de ce nouveau
peuple québécois allaient maintenant converger, sous la gouverne d'un État
providence, vers la recherche d'une identité nouvelle et moderne.
Même en 1998, il est délicat de s'attaquer au mythe de la Révolution tranquille
tant cet instant est devenu une constituante de l'identité québécoise. En 1960,
Duplessis, incarnation du traditionalisme de la société canadienne-française
catholique, n'était plus et s'amenait au pouvoir une équipe qui avait pour
mission avouée de nous rendre «maître chez nous». Enfin, nous avions nous
aussi, une histoire; nous n'étions plus orphelin d'un passé flottant hors du
temps, suspendu au-dessus de l'idéal de conservation depuis exactement deux
siècles (la thèse de la Conquête de 1760 de Maurice Séguin). Nous tenions là le
tremplin qui allait permettre à ce peuple-enfant de donner son plein potentiel.
1960 effaçait disait-on, deux cent ans plus tard, 1760. Les Américains avaient
eu 1776, les Français 1789; nous aurions 1960. L'ensemble de l'identité moderne
des Québécois repose sur ce pacte social entre un peuple et son élite
politique. Remettre en question la Révolution tranquille semblepratiquement
«anti-national», sacrilège.
Cela va sans dire, le régime duplessiste
n'était pas blanc comme neige et l'épithète «Grande noirceur» lui demeure
associée. Mais était-il aussi noir que l'a prétendu l'historiographie des
années 1965 à 1975? La version la plus connue, celle des classiques, nous
montre une rupture très forte entre la Grande noirceur et la Révolution
tranquille. À en croîre les nombreuses Mémoires et monographies contemporaines
de 1960, Duplessis possèdait un pouvoir aussi étouffant qu'une chape de plomb;
autorité d'autant plus imposante quand la religion s'en mêle. «Il était
ahurissant d'entendre les curés l'appeler Dieu le Père, en pleine Chaire.». Dès
lors, sa mort marque la rupture entre deux époques, le «désormais» de Paul
Sauvé offrant l'instant cinétique propice généralement retenu par les
historiens. Comme dans un roman bien fiselé, s'agence ensuite, logiquement, la
nomenclature des mesures avant-gardistes autour du credo keynésien :
l'assurance-hospitalisation en 1961, la nationalisation des compagnies
hydroélectriques du Québec en 1963, Ministère de l'Éducation du Québec en
1964...
Lancée à la fin des années soixante–dix par P.A. Linteau, R. Durocher et J-C.
Robert, la thèse d'une révolution déjà commencée, bien avant le tournant
soi-disant décisif de 1960, proposait un virage à l'historiographie. Sans
chercher à réhabiliter le régime politique de Maurice Duplessis, c'est plutôt
par le biais de l'évolution économique et sociale que les auteurs constate
qu'il faut nuancer l'impression d'un Québec immobile avant 1960. Des phénomènes
profonds comme l'essor du secteur tertiaire, le travail féminin, le
syndicalisme de masse, la diversité culturelle, etc. étaient des phénomènes
déjà bien présents avant 1960. Progressivement, on oppose désormais les
«classiques», partisans de la rupture profonde en 1960, et les
«révisionnistes», favorable à un point de vue plus évolutionniste, plus
attentifs à la lente évolution économique et sociale. Le débat se poursuit avec
la publication en 1994 de La société Libérale duplessiste. G. Bourque, J.
Duchatel et J. Beauchemin qui tenteront de réaliser pour la sociographie ce que
Linteau, Durocher et Robert avaient fait pour l'historiographie québécoise.
L'exercice est complexe, mais dénote très clairement une volonté de procéder à
une réinterprétation de larupture de1960.
Les termes du débat était posés, avec une
clarté sans précédent, par un historien de l'Université Concordia. Dans La
quête d'une société normale : critique de la réinterprétation de l'histoire du
Québec, Ronald Rudin y dénonce ouvertement ceux qu'ils appelle les
«révisionnistes» qui découvrent, selon lui, trop facilement et trop vite, dans
la vie socioculturelle du Québec d'après guerre, les premiers éléments de ce
que les «classiques» avaient surnommé la Révolution tranquille. Il dénonce du
même souffle «l'obsession» de certains historiens à vouloir absolument faire du
Québec une «société normale» qui évolue au même rythme et qui est traversée par
les mêmes courants que toute l'Amérique du Nord.
Tout à fait à l'opposé de Rudin, Jocelyn
Létourneau reconnaît toutefois le rôle crucial que joue la Révolution
tranquille dans notre stratégie identitaire. Le courant «classique» s'explique
en fait par le niveau d'implication personnelle où étaient plongés les
commentateurs des années 1960 et le climat d'intensité qui les entourait. C'est
fort justifiable puisque pour Létourneau, dans toute société, la «réalité ne
coïncide jamais avec la représentation qu'en donnent les analystes a fortiori
quand ces analystes, au départ, cherchent à fonder l'identitaire d'une nouvelle
société en même temps qu'ils écrivent l'histoire de l'ancienne en la citant à
son procès.» Même s'il adhère aux arguments des «révisionnistes», Létourneau,
considère que les métaphores Grande noirceur et Révolution tranquille sont à ce
point imprégnées dans l'identitaire québécois que tout effort de remise en
question est peut-être a priori voué à l'échec. «Il s'agit de catégories
identitaires grâce auxquelles les Québécois francophones se situent par rapport
à eux-mêmes dans leur trajectoire historique et se situent aussi par rapport
aux Autres dans la trajectoire universelle.» Comment en effet conserver notre
représentation du Québec contemporain si l'on sape les bases sur lesquelles il
a été édifié depuis plus de trente ans ? Il est facile de voir comment le débat
prend désormais une saveur toute nouvelle, car il ne s'agit plus d'une simple
discussion à caractère scientifique, mais bel et bien d'une incursion dans les
eaux troubles de la mémoire collective.
3. Duplessis: un regard «révisionniste»
Toutes ces réformes effectuées par les libéraux ne ce sont cependant pas
décidées d'un seul coup. Des forces agissaient déjà au sein de la société
québécoise avant la mort de Duplessis. On a seulement institutionnalisé la
volonté de changement à compter. Parmi d'autres, Guy Lamarche, reprend la
métaphore de la marmite sur le feu :«J'ai donc connu, chanceux, le grand
brassage de nouveautés qui allaient donner les ingrédients de la Révolution
tranquille. Le tout bouillait sous le couvercle de la marmite de la Grande
noirceur, mais se frayait un chemin vers l'extérieur». Nombreuses sont les
forces qui agissent au sein de la société dont certaines depuis la guerre. Tout
le temps que Duplessis fut au pouvoir, il s'efforça de les réprimer à l'aide de
politiques traditionnelles et conservatrices telles que la soumission à la
religion et à l'ordre établi. «C'est bien ça :ils ont peur, les pouvoirs (…)
Toutes griffes dehors, à la moindre alerte. Au pays de Québec, on explique tout
par la peur : l'ahurissement des petits; la crispation des grands.» Le
processus de modernisation du Québec, amorcé durant la guerre, fut ralenti par
Duplessis, mais le Québec, subissant l'influence du reste du Canada et des
États-Unis, et désirant suivre le mouvement d'industrialisation, subit de
fortes transformations. «Des forces socio-économiques sont à l'œuvre qui
cherchent à faire éclater les cadres de la société traditionnelle qui ne se
maintiennent plus désormais que par l'omniprésence d'un régime politique
confortablement installé au pouvoir».
Depuis la Seconde Guerre mondiale, la
diffusion des idées d'une certain élite progressiste vers le reste de la
population se fait aussi sentir. Ainsi, P.-E. Trudeau, revenant de son voyage
autour du monde, René Lévesque, ayant travaillé comme correspondant de guerre,
et bien d'autres que le conflit avait fait sorti de leur patelin, reviennent
d'Europe avec une vision différente du rôle de l'État moderne, la liberté d'expression,
le féminisme.
En1950, Pierre Elliott Trudeau et Gérard
Pelletier fondent Cité libre, revue qui est un canal d'expression et un centre
de rassemblement du nouveau libéralisme. Elle marque son époque par sa fonction
critique qui s'attaque d'abord aux vieux thèmes du nationalisme
traditionaliste. Le Québec de 1950 serait une société bloquée et rétrograde à
laquelle il faudrait insuffler un nouvel esprit, susceptible de l'introduire de
plain-pied dans le monde moderne.
Sur le plan de la culture d'élite, on ne
peut guère parler de Grande noirceur. Le Québec au contraire produit des œuvres
de qualité; Montréal et un peu Québec sont en quelque sorte les points de mires
de la peinture moderne. Nous ne sommes pas fermés aux influences extérieures.
Ainsi, en 1948, deux manifestes, s'inscrivant sous la bannière des
«automatistes», voient le jour : Prisme d'yeux en février, comptant Alfred
Pellan et quelques autres artistes, prônant surtout la liberté d'expression
dans la peinture et refusant toutes contraintes; le Refus global en août, dans
lequel Borduas, Riopelle, Ferron, Mousseau, … «dénonce le passéisme,
l'obscurantisme et le conformisme artistique et moral de la société québécoise,
attaque le clergé et le système d'enseignement et plaide en faveur de la
libération totale de l'individu. Chacun a le droit de vivre libre, sans
contrainte idéologique ni morale, et d'exprimer cette liberté.» Ils rejettent
également l'académisme. Il y a donc au niveau culturel beaucoup d'effervescence.
Jean Lemoyne, en 1951, et Ernest Gagnon, en 1952, dénoncent le piétinement de
la culture qui s'empêtrerait dans le conservatisme et le cléricalisme.
Pourtant, il y une amélioration certaine. Les oeuvres de Gabrielle Roy,
Germaine Guèvremont, Félix Leclerc, Marcel Dubé, Yves Thériault, Jacques
Ferron, Jacques Languirand, sont largement diffusées. On crée pour eux les
Éditions de l'Hexagone (1953) et les éditions de l'Homme (1958), le Théâtre du
Rideau Vert (1948), le théâtre du Nouveau Monde (1951) et un premier théâtre
d'été en 1955 à Sun Valley. Les débuts de la télévision sont autrement
remarquable et jouent un rôle encore plus profond sur les mentalités. Ainsi, si
seulement 3% des foyers québécois possèdent un téléviseur en 1951, le
pourcentage en est passé à 86% dès 1957. On regarde alors des téléromans,
véritables miroirs déformants d'un Québec en mutation.
Sur le plan des luttes ouvrières, la
vision des choses et les comportements changent brutalement entre 1945 et 1960.
De nombreuses grèves éclatent ; la plus connue est la grève de l'amiante qui se
déroule à Asbestos en 1949. Pensons aussi à la grève des employés des magasins
Dupuis Frères ou celle des tisserands à Louiseville (1952), des mineurs de
Murdochville (1957) et, de 1958 à 1959, celle des réalisateurs de Radio-Canada.
Ces conflits de travail expriment clairement un changement de mentalité au sein
du peuple. «Asbestos marque un tournant dans l'histoire du Québec. Un classe
sociale revendique avec fougue sa place au soleil et, par le fait même,
démontre qu'il y a quelque chose à changer au pays de Maria Chapdelaine».
Du côté des institutions, on retrouve la
même évolution rapide depuis la fin de la guerre. Les 20 000 universitaires en
1945 sont aux environs de 60 000 vers 1960. Dans les collèges, ils sont passé
de moins de 100 000 à plus d'un million. L'enseignement se laïcise de plus en
plus par la force des choses, le clergé n'ayant point les ressources pour
établir des infrastructures pour tout ce monde. Il s'ensuit une perte de
contrôle et de cohésion du pouvoir religieux. L'urbanisation et le déracinement
rural, phénomènes intenses tout au long de la période, entraînent, entre
autres, une progression de l'indifférence religieuse. Plusieurs ont espéré avec
le concile Vatican II des innovations importantes au sein de l'Église, mais la
lenteur de leur application amena de nombreuses déceptions et une certaine
baisse de considération. On ne peut là non plus directement attribuer à la
Révolution tranquille le déclin du pouvoir de l'Église au Québec. Les causes
s'en trouve dans la lente évolution de la société et des mentalités, qu'on
retrouve à l'échelle occidentale, où partout les églises chrétiennes se
révèlent inadaptées aux réalités de sociétés post-industrielles.
Au sein même du clergé une évolution se fait dans les rapports avec le
politique, en particulier lors de la Grève de l'amiante où l'épiscopat prend
parti pour les grévistes. Les évêques ne laisseront pas «s'accréditer la
légende que l'Église cède à l'ascendant du capital jusqu'à sacrifier les
travailleurs». Mgr Charbonneau fut un des ardents défenseurs des travailleurs
durant ce conflit. L'évolution se fait également sentir avec la publication de
Le chrétien et les élections des Abbés Dion et O'neill qui contestent la
manière dont se déroule les élections de 1956 : la publicité mensongère, la
manière dont la religion est utilisé et le trafic des votes. Le Clergé «agit
comme groupe de pression pour amener le gouvernement à créer les
infrastructures rendues nécessaires par l'industrialisation».
Sur le plan de l'éducation, avec
l'augmentation de la population étudiante, nombreuses sont les nouvelles écoles
et facultés qui se créent. À Sherbrooke, une université est ouverte en 1954 ;
on établie également une école forestière, une école vétérinaire, l'Institut
d'histoire et de géographie, en 1946 à l'Université Laval et en 1947 à
l'Université de Montréal.
Sous la direction du Père Lévesque, la
faculté de sciences sociales [de l'Université Laval] est devenue un foyer où
germent les idées libérales. On y forme des gens à l'esprit large qui
deviendront l'élite de demain. Ces étudiants pourront obtenir les postes
stratégiques dans la presse, à la télévision et dans la politique. Occupant une
place insigne dans ce mouvement de renaissance intellectuelle, le Dominicain
devient pour Duplessis un adversaire redoutable.Désirant continuer à jouir des
délices du pouvoir, le chef de l'Union nationale ne peut que s'acharner à
réduire, sinon à anéantir, l'influence de cette tumulte.
Duplessis lui-même, accessoirement il est
vrai, participe au mouvement. Il faut ici souligner l'importance du programme
d'électrification rurale qui permettra seul au Québec entier de participer aux
progrès ultérieurs, de même que le développement de la Côte-Nord qui complète la
structuration de l'espace québécois en propulsant le «Nouveau Québec» dans la
modernité. Du point de vue économique, c'est tout de même sa gestion économe du
budget qui a permis toutes les nouvelles infrastructures et nouvelles réformes
qui suivront. «Duplessis c'était un homme admirable dans son temps, mais ce
temps là est fini.
CONCLUSION
Au terme de ce rapide survol, toute conclusion serait prématurée. Certaines
questions sont toutefois résolument posées. La Révolution tranquille
invente-t-elle la modernité québécoise où fait-elle que l'exprimer par des
voies plus officielles ? La Révolution tranquille n'est-elle en fin de compte
qu'une rupture de nature strictement politique qui n'a fait qu'encader et
institutionnaliser des tendances déjà présentes dans la société ? Même si nous
sommes tentés de répondre oui à ces deux questions, il appartiendra
probablement à ma génération d'y apporter des réponses définitives. Le recul
nécessaire à l'historien nous semble désormais atteint. Les historiens de l'an 2000
pourront mieux se pencher sur ce fait important, certes, mais qu'on pourra
désormais analyser, dépouillé de ses slogans sulfureux et finalement inventés
par le parti libéral du Québec lors d'une simple joute électorale.
Geneviève
Massicote
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