Être francophone et francophobe
Au risque de paraître
suspect, j'aime Denise Bombardier qui aime la France ! Que de justesse dans ses
propos ! Mais il y a plus. Il y a cette xénophobie anti-française dont
nous nous nourrissons trop facilement chaque jour. Particulièrement, celle qui
naît trop souvent de ce que nous devons courageusement appeler « notre médiocrité linguistique ».
Inconsciemment nous nous sentons petits devant ces français qui possèdent tout
le vocabulaire nécessaire pour exprimer clairement leur pensée. Plusieurs des nôtres
les trouvent parfois peu sympathiques et même <snobs> parce qu'ils
maîtrisent bien leur langue, souvent mieux que nous, et la parlent avec une fluidité remarquable.
Incapable de cette performance, notre élite cherche encore à valoriser notre
jargon (joual) populaire, caractérisé par la pauvreté du vocabulaire et la
mollesse de l’articulation. Il est bien compréhensible que nos cousins français
refusent de s'émouvoir devant notre baratin mal articulé. Face aux autres
ethnies, la relation est plus facile parce qu'elles ne nous renvoient pas
régulièrement l'image de notre pauvreté linguistique.
L'architecte
Tallibert, qui refuse de devenir le bouc émissaire de l'échec financier des
jeux olympiques de 1976, a peut-être raison de dire que nous sommes des
francophones francophobes et américanophiles.
La famille et l'école, nos premières éducatrices, sont les grands responsables de la détérioration de notre français. Depuis le début de la Révolution tranquille, on nous promet un bon enseignement du français, celui qui devait nous apprendre à parler une langue de niveau international. On nous a livré un produit médiocre. Et il se trouve des esprits assez tordus pour s’en montrer satisfaits et même fiers de rire grassement devant les sacres et la décadence linguistique de beaucoup de nôtres, les humoristes plus particulièrement.
On ne peut
demander à l'industrie, qui souvent paie le prix de notre incapacité à
communiquer convenablement, de se faire professeur de français. Comme il doit
être frustrant pour une personne, collet bleu ou collet blanc, d'avoir des
idées plein la tête et d'être incapable de les communiquer convenablement par
l'écrit ou la parole, faute de vocabulaire.
Si je parle
du français québécois de façon aussi dure, brutale même, c’est qu’au fond,
j’aime profondément les gens du Québec et que je suis terriblement déçu de la
dégradation de notre langue. Nous devons commencer par prendre conscience de
cette réalité, si nous voulons parvenir un jour à parler un français
international et enfin nous débarrasser de notre ambiguïté linguistique face à
ceux qui le maîtrisent convenablement.
Puisse le
cri de détresse (parce qu’il s’agit bien d’un cri de détresse) que je lance
actuellement être entendu par le plus grand nombre de personnes possible.
C.L.