OPINION PUBLIQUE, ENJEU PÉTROLIER ET ÉLECTION

 

 

L’éditorial « Réveil des pacifistes » de Julie Lemieux est rafraîchissant. Idéalisme, réalisme et prudence se côtoient. Et effet, s’il reste encore une force qui puisse faire achopper l’attaque américaine sur l’Irak, c’est bien celle de l’opinion publique, particulièrement aux USA. Le réveil des pacifistes chez nos voisins du Sud redonne à ce pays une respectabilité qu’il était en train de perdre  au rythme accéléré de la préparation militaire ordonnée par le président Bush.

 

Malheureusement la guerre aura lieu quand même. Ainsi le veut l’enjeu pétrolier.  Quelques semaines après l’attentat du WTC, l’armée américaine partait en guerre contre l’Afghanistan et surtout contre l’inqualifiable ben Laden que le président Bush s’était juré de trouver et de punir, coûte que coûte. L’Afghanistan est maintenant sous contrôle américain et ben Laden court toujours.  Pourtant, les troupes américaines n’avancent plus. Elles occupent tout simplement le pays des talibans. Trouver et punir ben Laden est devenu secondaire. Sa recherche fait maintenant et simplement l’objet d’une « enquête policière » comme le suggérait avec beaucoup de justesse le professeur Albert Legault (UL), peu de temps après l’attentat.

 

On peut alors se demander si l’enjeu premier de l’attaque sur l’Afghanistan était bien la capture de ben Laden ou le contrôle du pays afghan. Gageons que la réponse est plutôt du côté de la seconde hypothèse. Pourquoi ? Un enjeu important pèse sur l’acheminement du pétrole et du gaz des républiques de l’ex-URSS vers la mer d’Oman 1. Le pipe line passera-t-il par l’Iran imprévisible ou l’Afghanistan ? L’enjeu est maintenant clos.  La filière afghane a gagné.

 

Que se passe-t-il maintenant du côté de l’Irak ? Alors que les USA temporisent et se montrent bon prince avec la Corée du Nord, une puissance militaire qui poursuit ouvertement le développement de son programme nucléaire militaire, ils sont intraitables avec l’Irak. Pourtant ce pays accepte la présence des inspecteurs de l’ONU sur son territoire et, d’évidence raisonnable, est démuni d’armes de destruction massive. Devant de tels faits, il faut se demander si l’objectif du gouvernement Bush est bien d’assurer la sécurité mondiale, que le pays de Saddam Hussein archi-surveillé menace nettement moins que la Corée du Nord, ou de prendre  le contrôle des réserves de pétrole de l’Irak.

 

Pour le gouvernement américain, l’enjeu pétrolier est incontournable. La guerre aura donc lieu en dépit des manifestations pacifistes,  du tassement de la popularité du président américain et même des recommandations du Conseil de sécurité de l’ONU. Une fois la guerre terminée et remportée sans équivoque par l’armée américaine, Saddam Hussein capturé, réduit à l’impuissance ou mort et la main mise sur le pétrole de l’Irak assurée, qui osera critiquer le comportement de l’administration Bush avec un espoir raisonnable d’être écouté ? 

 

Bush, le conquérant du pétrole irakien et d’une nouvelle route pour le pétrole et le gaz des républiques de l’ex-URSS l’a compris. Il gagne. Il sera alors réélu avec une majorité écrasante aux prochaines élections présidentielles, faisant du même coup oublier  sa demi-victoire de novembre 1999.

 

Quant aux autres pays industrialisés, dont l’économie est liée à celle des USA, ils reviendront rapidement à leur discrétion habituelle et accepteront, au nom de relations politiques fructueuses, de plier l’échine devant la Rome impériale des temps modernes.  

 

Claude Lalande

Économiste et conseiller en affaires internationales

 

 

 

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