Pour éviter la catastrophe - Faire de l'éducation une obsession collective

Arnold Beaudin
Économiste


Le récent dévoilement des plus récentes données concernant les taux d'obtention du diplôme au secondaire et de réussite ont fait les manchettes et avec raison. Même si la situation particulièrement des garçons a surtout attiré l'attention, la situation globale est, elle aussi, alarmante.


Que seulement 57,5 % des élèves qui sont entrés au secondaire en 1998 aient obtenu un diplôme cinq ans plus tard et que cette proportion soit en baisse par rapport aux années précédentes, cela est fort inquiétant, même troublant. Non seulement se profilent derrière ces chiffres des parcours individuels difficiles, voire dramatiques dans certains cas, mais aussi la disposition future du Québec à être plus prospère et compétitif sur la scène internationale. C'est en grande partie l'avenir du Québec que l'on peut entrevoir à partir de ces statistiques. De cette prospérité future dépendent notre bien-être général et notre capacité en tant que collectivité à s'offrir au cours des prochaines décennies des services publics en quantité et qualité optimales.

Ce n'est pas parce que les véritables conséquences collectives découlant de cette situation ne se matérialiseront pleinement que dans quelques années qu'il faille attendre pour agir. Ou pire, prétendre que ce n'est pas aussi dramatique que cela. Même si c'est un cliché de l'affirmer, l'avenir se prépare dans le présent. Il y a urgence à agir et à se mobiliser.

Un rattrapage amorcé, mais insuffisant

Lorsque nous analysons les données récentes compilées par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), nous constatons que parmi les 25 agglomérations des États-Unis et du Canada considérées, soit celles de plus de deux millions de population, Montréal est celle qui a la plus faible proportion de sa population âgée de 25 ans ou plus qui détient un diplôme universitaire.

À l'autre bout du spectre, pour la proportion de la population âgée de 25 ans ou plus, qui détient un niveau de scolarité inférieure à la neuvième année, Montréal obtient le pourcentage le plus élevé. À un certain degré, ces données reflètent le handicap historique du Québec en matière d'éducation.

 

Toutefois, en observant les mêmes données pour la seule cohorte des 25-34 ans, nous pouvons constater que les efforts et les investissements consentis dans le passé nous ont permis d'effectuer un certain rattrapage, voire d'améliorer notre positionnement : 29,3 % d'entre eux ont un diplôme universitaire, contre 19,9 % chez les plus de 25 ans. Montréal se classe ainsi au 16e rang pour la proportion de cette cohorte qui détient un tel diplôme, au 13e rang lorsque l'on considère seulement le diplôme de niveau baccalauréat.

Mais même s'il y a eu des progrès significatifs au cours des dernières années, Montréal se classe au dernier rang pour ce qui est de la proportion de la population détenant une maîtrise ou un doctorat chez les 25 ans ou plus. Chez les 25-34 ans, c'est quasiment la même situation, seule Vancouver ayant une performance moindre que celle de Montréal.

Lorsque nous étudions l'évolution de notre situation, nous pouvons conclure à une nette amélioration par rapport au passé, qui reste néanmoins insuffisante pour affronter l'avenir et permettre à Montréal de briller parmi les meilleurs en ce début du XXIe siècle.

Éducation, croissance et prospérité

La transition de l'économie industrielle vers l'économie du savoir rend encore plus impératif le rehaussement du niveau de scolarité général des Québécois.

Récemment, de nombreux travaux sont venus illustrer la complémentarité entre l'éducation et le progrès technique. Dans un rapport titré : Éducation et croissance produit pour le premier ministre de France, les auteurs font le point sur les nouvelles théories de la croissance, dont deux éléments-clés méritent d'être soulignés. Premièrement, l'innovation et l'adaptation technologiques sont les moteurs de la croissance de la productivité et, conséquemment, de la croissance à long terme d'un pays ou d'un secteur de l'économie. De plus, le stock de capital humain conditionne l'aptitude d'un pays à innover ou à rattraper les pays plus développés.

Les travaux empiriques menés pour ce rapport «confirment également que plus un pays se rapproche de la frontière technologique [ce qui est le cas de l'économie montréalaise], plus l'importance de l'enseignement supérieur croît par rapport à celle de l'enseignement secondaire».

Dans un autre rapport concernant un agenda pour une Union européenne plus prospère, remis celui-là au président de la Commission européenne, un groupe d'experts internationaux souligne toute l'importance que prend la formation universitaire, surtout aux cycles supérieurs. Ce rapport insiste lui aussi sur la nécessité et l'urgence, pour les pays de l'Union, d'accroître notamment les investissements à ce niveau d'éducation, compte tenu des retards accumulés, eu égard à ce qui se fait aux États-Unis.

Plusieurs études récentes ont clairement démontré que le Québec se situe, en terme de richesse moyenne per capita, dans les derniers rangs en Amérique du Nord. L'agglomération métropolitaine de Montréal, quant à elle, se situe au dernier rang parmi les 25 plus grandes agglomérations des États-Unis et du Canada. Il est facile de constater que l'une des causes de cette situation, que tous déplorent, est directement reliée à la scolarité : les agglomérations métropolitaines qui dominent ce classement sont généralement celles qui se positionnent le mieux en termes de scolarité universitaire.

Si nous voulons que s'accélère la croissance et que s'accroisse notre prospérité en cette ère de l'économie du savoir, un grand effort collectif -- un véritable chantier collectif -- s'impose, à l'instar de ce qui s'est fait au début de la Révolution tranquille. Nous devons pousser encore plus haut nos ambitions d'éducation et de formation. Il nous faut insuffler un nouvel élan, une nouvelle dynamique.

Pour amener le maximum d'étudiants aux universités, cela commande des efforts particuliers à toutes les étapes, notamment pour diminuer les décrochages, tant au secondaire qu'au collégial, et constituer les passerelles nécessaires entre les divers niveaux de scolarité. Même si le secteur de la santé constitue une priorité indéniable, cette problématique ne doit pas reléguer à un degré inférieur cette autre grande priorité que constitue l'éducation. La santé économique et sociale de notre société en dépend.

Si nous voulons que Montréal et le Québec brillent parmi les meilleurs, nous n'avons plus le choix. L'éducation doit devenir une obsession collective.

 

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