Que de
patience il aura fallu à la chancelière allemande Angela Merkel pour négocier
avec les 27 membres de l'Union européenne la composition d'une déclaration
commune! Jusqu'à la dernière minute, des dirigeants ont mégoté leur appui au
texte devant marquer les 50 ans de l'UE. Heureusement, l'essentiel est sauf:
«L'Europe est notre avenir commun.»
Entre Berlin
et les capitales européennes, les tractations afférentes au contenu du texte
présenté en grande pompe par Merkel ont été ardues jusqu'à la toute fin.
Certains pays ont chipoté plus que d'autres la mention des réalisations de l'UE
ainsi que la proposition de traité européen à l'horizon 2009. Cette dernière,
c'est à souligner, est le fait de Mme Merkel qui, en tant qu'actuelle
présidente de l'Union, tenait logiquement à laisser une trace.
Revenons aux réalisations. La Grande-Bretagne en tête, certaines nations ne
voulaient absolument pas que l'exposé de Mme Merkel mentionne la création de la
monnaie commune, l'euro. Celles-ci souhaitaient éviter tout rappel de fait
pouvant mettre en lumière la préséance qu'elles accordent aux intérêts
nationaux, notamment les plus économiques d'entre eux.
Passons maintenant au projet avancé par la chancelière. Tout d'abord, on
devrait s'écrier: «La Constitution est morte, vive la Constitution!» En effet,
ce que propose Merkel sous le label «traité européen» s'avère au fond une
constitution qui ne dit pas son nom. Ce changement, pour l'instant sémantique,
a pour origine le double non des Français et des Néerlandais à la Constitution
présentée aux Européens il y a deux ans de cela.
Toujours est-il que la Pologne et la République tchèque ont d'ores et déjà
indiqué leur scepticisme. Plus exactement, pour les dirigeants de ces pays, la
suggestion faite que cette loi fondamentale soit adoptée en 2009 est jugée
irréaliste. Ces nations, et d'autres avec elles, craignent qu'un traité
européen ne se solde par d'autres abandons de la souveraineté nationale au profit
de Bruxelles.
À ce propos, peut-être y aurait-il lieu de méditer les propos formulés dans un
entretien avec le journal Le Monde par Jacques Delors. Pour cet ex-président de
la Commission européenne, le désenchantement qui frappe actuellement l'Europe
remonte à l'élargissement de l'UE de 15 à 25 membres, en 2004. Selon ce fin
connaisseur des arcanes européens, cet élargissement «a été mal conçu, mal
expliqué et sans doute mal conduit».
La mauvaise gestion qui a caractérisé cet exercice a eu l'aliénation pour
conséquence. Laquelle? Des millions et des millions d'Européens ont alors eu le
sentiment que leur destin était entre les mains de hauts fonctionnaires
inconnus, de mandarins invisibles. Dès qu'ils en ont eu l'occasion, ils ont
manifesté leur rejet de plus d'Europe. L'occasion? Les référendums dont la
Constitution était justement le sujet.
Pour fermer la parenthèse qui mine l'évolution politique du Vieux Continent,
les autorités allemandes veulent donc s'atteler ou, plus exactement, injecter
une bonne dose d'énergie à une classe d'élus frappée de léthargie. Il faut
faire bouger les choses, amorcer un brassage d'idées afin, on s'en doute, que
l'UE poursuive son évolution.
Certains estiment déjà que l'angle d'attaque qu'il faut adopter pour mener la
nouvelle aventure devrait être, grosso modo, le suivant: faire comprendre à
tous les Européens que tout relâchement politique de l'Union a pour conséquence
naturelle la déprime économique. Les grands épisodes dans l'histoire de l'UE
ont toujours été ces actes politiques conçus pour que l'activité économique
s'épanouisse sans que les pays membres usent du dumping social ou de l'arme
fiscale, comme ce fut trop souvent le cas au cours des dernières années.
Cela étant, la volonté manifestée par Angela Merkel d'inviter tous les États à
reprendre la route qui a fait le succès de l'Union doit être saluée deux fois
plutôt qu'une.
Août 2007