Le Parti québécois est
réduit à un appui populaire plus faible qu’en 1970. Un dernier sondage vient de
la confirmer. Qui aurait cru, il y a seulement quelques mois, que ce
parti serait relégué au troisième rang, loin derrière les deux autres,
dont un nouveau venu, à l’organisation déficiente, et à qui le parti gouvernemental
ne réservait, trop souvent, qu’un sourire condescendant.
Pourtant, la
performance du gouvernement est loin
d’être mauvaise. Sur le plan économique, c’est même remarquable. Les récents et
nombreux investissements au Québec dans plusieurs secteurs de l’économie,
notamment ceux de pointe, la création d’emplois souvent plus importante au
Québec qu’ailleurs au Canada la réduction constante du chômage par rapport à
celui du reste du pays, etc. le démontre assez bien.
Sur le plan de l’allocation
des fonds budgétaires, le Québec se « décarcasse » littéralement pour
offrir à sa population les meilleurs services possibles, notamment dans le
domaine de la santé. La gestion des fonds publics au gouvernement du Québec est
probablement une des plus saines en Occident. Pourtant, les gens d’ici sont
toujours insatisfaits et semblent indiquer son intention de le chasser du
pouvoir.
Qu’est-ce qui arrive au PQ
pour connaître une telle chute de popularité ? Au-delà du désir spontané,
souvent emballant, parfois un peu irréfléchi, de changement en faveur d’une
équipe dirigeante nouvelle, ou encore de celui de bien faire sentir au
gouvernement que l’électorat aura toujours le dernier mot, il y a plusieurs
autres raisons. En voici quelques-unes unes, que mes conversations avec des
gens de tous les milieux, dans plusieurs régions du Québec, me suggèrent
d’analyser, bien rapidement, il faut l’avouer.
1 – Le manque de charisme du
chef péquiste actuel, son apparente froideur, son langage universitaire,
influent sur la popularité du PQ. Or dans nos sociétés occidentales, l’image du
chef est primordiale, déterminante même, pour la popularité du parti. C’est la
principale raison du succès de Mario Dumont. Petit effort imaginatif :
imaginons un instant le PQ dirigé par Claude Charron. Le parti de René Lévesque serait-il aussi bas dans les
sondages ?
2 - Chez les souverainistes les plus
convaincu(e)s, donc probablement chez les plus actifs, la confiance dans le PQ
comme instrument de réalisation de la souveraineté, est à la baisse. Pour eux, le discours péquiste est devenu
ambigu et l’option, mise en veilleuse à toute fin pratique. Ils réduisent ou
cessent donc leur implication dans la vie de ce parti, pour eux, devenu vieux
et trop semblable aux autres.
3 - D’autres sympathisants, très nombreux, estiment que le
dogmatisme du PQ en faveur de la souveraineté constitue un boulet au pied du
parti. Ils constatent que les Québécois, sans être opposés à l’indépendance,
n’accepteront de la réaliser que si elle devient nécessaire. <L’indépendance
si nécessaire, mais pas nécessairement l’indépendance> disait l’ancien Premier ministre Daniel Johnson
(Égalité ou indépendance, 1965). Une option qui plaît davantage aux
souverainistes hésitants et aux nationalistes. Résultat : on assiste à un
transfert d’une bonne partie du vote souverainiste et nationaliste vers
l’ADQ, parti plus nuancé sur la
question de l’indépendance, sans y être hostile.
De plus, en raison de la chute de popularité de l’option
souverainiste, on assiste à une baisse de la polarisation entre souverainistes
et fédéralistes, donc entre péquistes et libéraux. L’ADQ en tire profit.
4 - Le PQ nous donne
l’impression que, pour lui, la qualité du progrès d’une société se mesure à la
profondeur des changements apportés, parfois imposés. Cela peut être vrai, mais
pas toujours. Il faut être prudent. Parfois, l’avant-gardisme et le désir
effréné de changements se confondent avec le mépris du présent et le rejet du
passé. Les Québécois, particulièrement les aînés, au nombre et en nombre
croissant, sont mal à l’aise devant
l’avant-gardisme péquiste, souvent négateur des réalisations du passé.
Le PQ ne consulte pas assez les Québécois du
troisième âge. Pour cela, même s’il s’efforce de les bien traiter, beaucoup de personnes âgées lui tournent le
dos.
5 – De très nombreux
Québécois ne se reconnaissent plus dans ce parti d’intellectuels et
d’universitaires devenu trop sûr de lui, parfois arrogant. Ce n’est pas tant le
temps passé au pouvoir (usure) qui nuit le plus au PQ, que le comportement
souvent hautain de ses dirigeants. L’usure du pouvoir n’est pas une raison
valable pour expliquer la chute de popularité du PQ. À ce compte, le parti de
Jean Chrétien aurait connu la même descente aux enfers à la fin de son deuxième
mandat. Ce n’est pas le cas, en dépit de l’orgie de scandales qui secoue son
parti.
6 - Le PQ accorde une
sympathie exagérée à tout ce qui gravite autour de l’homosexualité, de
l’homoparentalité et du féminisme. Le gouvernement se commet avec une telle
ferveur en faveur de l’un et l’autre, qu’on serait en droit de se demander s’il
n’est pas atteint du « syndrome de la culpabilisation mâle » pour le
sort réservé aux femmes et aux homosexuels des générations passées. D’emblée,
tous reconnaissent les tords que ces personnes ont subi autrefois. Mais même
pour corriger une injustice, la population québécoise n’aime pas les excès.
Surtout si cet excès conduit à d’autres injustices, fussent-elles inversées par
rapport à celles du passé.
7 - Le gouvernement du Parti
québécois se veut antiraciste, pro-étranger et pro-autochtone. C’est tout à son
honneur et il faut l’en féliciter. Là où les choses se gâtent, c’est dans
l’application de ce généreux principe. Il y a démesure. Le gouvernement met
tant de cœur à le faire valoir que les Québécois de souche
<canadienne-française> en sont mal à l’aise. Ils se sentent presque
citoyens de seconde zone dans ce Québec qu’ils ont bâti depuis des générations,
souvent dans des conditions difficiles, voire misérables. Et si parfois, ils demandent
un peu plus d’estime et de considération, pour leurs traditions, pour ce qu’ils
sont, on les traite rapidement de « frileux » et de xénophobes.
L’affaire Michaud synthétise cette démesure.
9 - Et puis, il y a tout ce
cafouillage dans le domaine de la santé dont la gestion est déficiente au-delà
de la simple problématique, malgré l’effort du gouvernement pour la rendre plus
efficace. Et dans celui de l’éducation qui ne parvient même plus à apprendre à
nos jeunes à parler et à écrire correctement, etc.
En fait ce qui nuit le plus
au gouvernement du PQ, outre le manque de charisme de son chef, ce sont les
nombreux irritants et les excès qui accompagnent souvent ses décisions. Le PQ
est presque d’un autre âge. Il s’est coupé d’une partie importante de la
population et donne l’impression de n’accorder que bien peu de valeur aux idées
des moins instruits, donc des plus âgés
et des moins en mesure de s’exprimer.
On le croirait nostalgique
et incapable de se défaire de l’esprit de la Révolution tranquille, terminée
depuis trois décennies. Si en 1960, la révolution sociale de gauche était
nécessaire, elle ne l’est plus aujourd’hui. Il faut se contenter de consolider
les acquis de la Révolution tranquille tout en s’appliquant à en corriger les
effets non désirés. À moins de s’actualiser rapidement, le PQ pourrait bien
disparaître au profit d’un nouveau parti plus près de la réalité d’aujourd’hui.
Le Parti québécois s’est toujours posé en
moralisateur politique et en guide de la nation. Avec René Lévesque, ce droit
lui revenait d’emblée. Le parti avait pour lui l’innocence et l’ardeur de la
jeunesse alliées à la sagesse de l’universitaire accompli.
Depuis, le PQ a perdu sa
candeur. Il est devenu trop sûr de lui. Il a mal vieilli. Pour cela, une bonne
partie de la population a cessé de l’aimer, mais lui a toutefois conservé sa
confiance. Cette confiance que l’on accorde spontanément aux plus instruits et aux mieux formés que
soi.
Mais attention, ce
<mieux-que-soi> devenu orgueilleux et arrogant, n’a plus droit à
l’erreur, surtout si elle est à l’encontre de sa propre morale. Au premier faux
pas, ses supporteurs, plus respectueux qu’affectueux, lui tournent le dos sans
hésitation. Et c’est souvent sans retour. Le PQ, parti disparate, formé de
militants de gauche et de droite d’une autre époque, que seul le ciment
souverainiste préservait de l’éclatement, pourrait bien connaître le sort de
l’Union nationale qu’il a tant critiquée. Comme elle, aurait-il fait son temps ?
Ce serait dommage !
Claude Lalande
25 août 2002