Les Américains en Afghanistan : une analyse

 

 

Les activités militaires des USA sur l’Afghanistan entre dans la quatrième semaine. Les critiques relatives aux résultats obtenus à ce jour sont encore peu visibles dans la population américaine, encore que le questionnement se faite de plus en plus insistant chez l’élite intellectuelle du pays.

 

Revenons brièvement sur quelques événements marquants survenus depuis le début des frappes. Nous comprendrons ainsi mieux le sentiment naissant de frustration chez bien des Occidentaux qui acceptent mal le piétinement des forces militaires de la plus grande puissance mondiale face à un ennemi presque dépourvu dans un pays ruiné : 1) la destruction d’un entrepôt de la Croix Rouge à Kaboul par des missiles de l’aviation USA ; 2) l’incapacité des forces de l’Alliance du Nord d’entrée dans Kaboul en dépit de l’appui massif de l’aviation américaine ; 3) l’arrestation et l’exécution de l’ancien général moujahidin, Abdul Haq, que les forces américaines s’étaient données pour mission de protéger ; 4) plusieurs bavures dans le camp USA ayant causé la mort de centaines d’innocents.

 

Le piétinement des forces américaines en Afghanistan s’explique de plusieurs façons. 1) Le nombre restreint de cibles talibannes atteignables par la voie des airs. Il n’y a plus grand chose à détruire dans l’Afghanistan des Talibans. À en croire les reportages et les images de la télévision, l’aviation américaine serait réduite à bombarder des rochers, des tas de pierres et des entrées de cavernes espérant déloger, tuer ou piéger les Talibans qui s’y trouveraient ; 2) La coalition des pays antiterroristes est certes encore très solide. Mais celle visant la destruction de ben Laden et de son groupe commence à s’effriter. Le sentiment d’appartenance entre Musulmans reprend ses droits ; 3) Les Américains ne peuvent pas utiliser le Pakistan pour établir des bases d’attaque sur l’Afghanistan. Le gouvernement du Pakistan, qui vit actuellement une situation tragiquement inconfortable, serait bien mal venu de permettre aux Américains d’utiliser son sol. Il risquerait alors l’effondrement au bénéfice d’un successeur pro-taliban ; 4) Les objectifs immédiats des frappes américaines en Afghanistan semblent imprécis. Au début, ben Laden et al-Qaida étaient les principaux visés. Aujourd’hui, devant les difficultés d’atteindre ben Laden et son groupe, l’objectif devient la capture de Talibans dans l’espoir d’obtenir des informations sur la cache de ben Laden. Objectif probablement voué à l’échec. Hormis un groupe très restreint de fidèles inconditionnels, personne ne sait, ou même doute où se cache ben Laden.

 

Plusieurs facteurs de la conjoncture cependant, sont de nature à aider, pendant encore un certain temps, la cause américaine : 1) L’appui populaire aux USA en faveur de l’action militaire demeure fort. Très peu de personnes chez nos voisins américains n’ont jusqu’à ce jour, dénoncer ouvertement l’utilité restreinte des frappes. Les médias particulièrement ; 2) Les cas, même peu nombreux, de personnes contaminées au bacille de l’anthrax contribuent à maintenir le sentiment chez les Américains que leur pays est encore sous attaque terroriste. ; 3) L’armée pakistanaise semble demeurer loyale au président Pervez Musharraff. Donc peu de choses à craindre pour l’instant sur ce front. Mais gare à l’opinion populaire ! Il est dans l’intérêt du Pakistan que les frappes en Afghanistan se terminent le plus vite possible, sans quoi, l’opinion populaire pourrait bien avoir raison du gouvernement. Ce dernier ferait donc tout en son pouvoir pour informer les Américains sur les caches possibles de ben Laden et d’al-Qaida.

 

Il apparaît de plus en plus évident que la guerre contre les Talibans ne sera gagnée que par l’envoi de troupes au sol, avec tout le danger que cela comporte pour les Américains. Les attaques aériennes ne suffiront pas. Et le temps presse. D’abord le Ramadan, puis l’hiver. Le spectre d’une nouvelle « guerre du Vietnam » se précise.

 

Claude Lalande

Octobre 2001

 

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