Droit, justice et équité

 

L'équité est un ajustement de la légalité.

Ne pas croire qu'on a des droits. C'est-à-dire, non pas obscurcir ou déformer la justice, mais ne pas croire qu'on puisse légitimement s'attendre à ce que les choses se passent d'une manière conforme à la justice; et d'autant plus qu'il s'en faut de beaucoup que soi-même on soit juste.
Simone WEIL, Cahiers II, Plon, 1972.

 

Le juste et l'équitable sont une même chose, et quoique tous deux soient désirables, l'équitable est meilleur. Ce qui fait difficulté c'est que l'équitable est juste, mais non pas juste selon la loi; il est plutôt un ajustement de ce qui est légal. La raison en est que toute loi est universelle et que, sur des cas particuliers, l'universalité ne permet pas de se prononcer avec justesse. Donc dans les affaires où il est nécessaire de prendre des dispositions générales, alors qu'il n'est pas possible de le faire avec justesse, la loi concerne la majorité des cas, sans méconnaître son erreur. Mais la rectitude de la loi n'est pas en cause; car l'erreur ne lui est pas imputable, ni imputable au législateur, mais résulte de la nature même de la chose : car telle est la matière des actions. Donc, lorsque la loi énonce une règle générale, et que des cas exceptionnels se présentent, il est normal de remédier à l'omission ou à l'erreur du législateur qui s'est exprimé en termes généraux. Le législateur lui-même agirait ainsi s'il était présent et il aurait précisé la loi s'il avait eu connaissance du cas particulier. Voilà pourquoi l'équitable est juste, et même supérieur à une certaine forme de justice, non pas à la justice en soi, mais à la justice erronée en' raison de sa généralité. Telle est précisément la nature de l'équité: elle est un ajustement de la loi, dans la mesure où celle-ci est négligente en raison de sa généralité. En effet si tout n'est pas compris dans la loi, la raison en est qu'il est impossible, dans certains cas, d'établir une loi; de sorte qu'il faut un décret de l'assemblée du peuple. Car, de ce qui est indéterminé, la règle aussi est indéterminée, comme la règle de plomb des architectes qui ne reste pas rigide, mais épouse les formes de la pierre. [...] On voit par là ce qu'est l'homme équitable, celui dont les décisions et les actions sont équitables : non pas l'homme d'une justice tatillonne et portée au pire, mais celui qui sait minimiser sa cause, bien qu'il ait la loi pour lui.
ARISTOTE, 384-322 av. J.-C., Éthique de Nicomaque, Livre V, chap
. X.

 

 

 

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La Justice au Québec

 

 

Accéder à la justice, quand on appartient à la classe moyenne, est parfois dramatiquement coûteux. Peut-être même financièrement impossible, à moins de s’endetter lourdement et, en bien des cas, se résoudre à priver la famille de besoins de base et d’activités essentielles à son évolution normale. Mieux vaut parfois éviter la Cour et accepter l’injustice. En effet, que faire devant un procureur de la Couronne aux ressources illimitées ou devant une entreprise nantie quand on n’a pas les moyens financiers de s’opposer.  Ce mal existe depuis longtemps et rien de sérieux ne s’est jamais fait pour corriger la situation. Il serait pourtant facile de graduer l’aide à accorder aux personnes limitées financièrement, jusqu’à un soutien complet pour les plus pauvres, sans égards aux catégories de personnes qui le réclame.

 

Comment aussi ne pas s’insurger contre cette pratique des nantis de recourir de façon abusive aux tribunaux jusqu’à l’épuisement financier de l’autre partie qui se voit forcé de reculer. Il faut voir dans ces cas de véritables dénis de justice… au bénéfice du plus fort. Qui a parlé un jour de la justice du plus fort ?  Elle existe bel et bien au Québec. Malheureusement ! 

 

Le préjugé dit <favorable>, pour corriger des erreurs du passé, n'a véritablement pas sa raison d’être au sein de l’appareil judiciaire. Le préjugé et la discrimination, qu’ils soient favorables ou positifs, et bien s’ils ne le sont pas, sont toujours néfastes à un sain exercice de la justice. Il est fortement injuste de faire payer à la génération présente les erreurs de celles du passé.  Toute législation rétroactive en ce sens est à éviter, sauf en des cas bien particuliers. Ce qui n’exclut pas, bien au contraire, qu’il faille au législateur se pencher sur les injustices du passé et agir de manière à ce qu’elles ne se répètent pas. Mais, c’est principalement à l’appareil éducationnel et informatif qu’il appartient de sensibiliser la population au sort dont certaines personnes ou groupes de personnes ont été victimes dans le passé.  Il n’y a que l’éducation et l’information qui puissent combattre efficacement le préjugé et l’acceptation de l’injustice.

 

Il y a aussi cette manie d'avoir recours régulièrement aux tribunaux, quand même la conciliation est possible. Il est temps de développer un véritable sentiment de confiance et d’appartenance entre gens du Québec, qui ne verraient plus alors le besoin de recourir régulièrement à la Cour pour faire valoir leurs droits.

 

L’Affirmation nationale, qui préfère l’équité à la légalité, donc l’état de justice à l’état de droit, est favorable à la conciliation entre les parties. Et quand le recours à l’appareil judiciaire n’est pas absolument nécessaire, elle prévoira l’usage de mécanismes appropriés à la résolution hors cour des différends entre parties, dans toute la mesure du possible.

 

C. Lalande

2008

 

 

 

 

 

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