La civilisation
mondiale ne saurait être autre chose que la coalition, à l’échelle mondiale, de
cultures préservant chacune son originalité. Toute création véritable implique
une certaine surdité à l'appel d'autres valeurs et peut aller jusqu'à leur
refus.
Claude
Levi-Strauss
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On
pourrait dire que, jusqu'au milieu du XXe siècle, le nationalisme québécois a
été marqué par le paradigme de la survivance, c'est-à-dire : la conscience
d'un péril et d'une fragilité collective, un sentiment d'angoisse et
d'humiliation source de ressentiment, des réactions d'impuissance prenant la
forme tantôt de stratégies défensives, tantôt d'utopies un peu échevelées (la
construction du Nord, le messianisme continental ...), un état permanent
d'alerte constitutionnelle ponctué de défaites, la conviction de devoir assurer
la survie culturelle au détriment du développement économique et social. Il ne
s'agit pas vraiment de condamner cet ancien paradigme et toutes les perceptions
ou représentations collectives qui lui furent associées. Il suffit de constater
qu'il avait ses racines, ses raisons, qu'il a rempli une fonction historique
importante en préservant à sa façon l'avenir de la francophonie québécoise, en
la constituant comme héritage. Il faut aussitôt ajouter qu'il n'a plus sa
place, qu'un autre l'a remplacé : le paradigme de l'émergence. Grâce aux
institutions qui ont été mises en place ou consolidées depuis la Révolution
tranquille, à cause aussi d'une volonté collective qui ne s'est jamais démentie
depuis plus de deux siècles, il semble bien qu'à moyen terme la survie
culturelle du Québec soit relativement assurée. Cette collectivité peut se penser
désormais autrement que comme une marginalité, ou comme un accident de
l'histoire ; elle a du reste commencé à se poser comme acteur d'une
histoire, très modeste bien sûr, mais acteur tout de même.
Le
paradigme de la survivance, dont le dernier grand représentant fut le chanoine
Groulx (Notre maître le passé), ne peut pas fournir les définitions et les
orientations appropriées aux situations et aux enjeux des temps présents.
D'abord parce qu'il ne peut fonder qu'un nationalisme ethnique alors que la
société québécoise a besoin d'une vision qui interpelle tous ses membres.
Ensuite, parce que l'ancien nationalisme enfermait le Québec dans une relation
bilatérale, trop étroite et sans issue, de revendication et de guérilla avec le
gouvernement canadien ; or le destin des États contemporains se joue sur
plusieurs axes, à l'échelle internationale. Une dernière raison tient aux transformations
qu'a connues le nationalisme. Celui qui s'implante au Québec depuis quelques
décennies n'est plus motivé par le ressentiment, par une volonté de repli ou
par quelque nostalgie, non plus que par une exaltation de l'ethnicité ; il
est commandé par l'ambition de créer une patrie qui apporte sa contribution
originale à l'œuvre de civilisation et par l'utilité d'aménager des formes
politiques qui correspondent aux nouvelles réalités sociales et culturelles.
Gérard
Bouchard
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Et c’est
maintenant au tour de nos chansonniers de prendre le chemin de l’oubli. Les
Leclerc, Vigneault, Gauthier, Ferland, Julien, Calvé, etc., ces merveilleux
artistes qui ont su si bien chanter le Québec, qui lui communiquaient en
quelque sorte une partie de son âme, échappent de plus en plus à l'attention de
la jeunesse montante. On ne les entend plus qu’en quelques occasions, à la
Saint-Jean, par exemple. Les voix de nos chansonniers sont mises de côté au
profit des celles d’anglophones, canadiens, britanniques ou
américains, et souvent au milieu d’une orgie de décibels. Nous nous
étions donné une personnalité attachante par la chanson. Nous sommes en train
de la perdre.
Dès
les années 1930, le septième art faisait sa marque au Québec. Plusieurs longs
métrages et de nombreux documentaires, notamment sur l’agriculture ont été
produits avant le début de la Révolution tranquille. Certes, il ne pouvait
bénéficier de la technologie raffinée d’aujourd’hui, mais ce que l’on
produisait était plus que respectable et souvent comparable aux productions
étrangères. Le langage utilisé à cette
époque était pédagogique d’un français bien parlé. Nul besoin n’était de
recourir à la vulgarité et aux jurons pour intéresser le public cinéphile. Les
réalisateurs travaillaient dans un climat de liberté surprenant, plus qu’aux
Etats-Unis ravagés par le maccarthisme ou même qu’en Europe occidentale et
centrale où plusieurs pays vivaient en régime fascisme ou quasi-fascisme.
Le
cinéma québécois actuel a cependant un côté sombre. La pauvreté du langage
et du dialogue affecte trop de productions.
Est-il vraiment nécessaire au nom du réalisme que l’on veut donner au
film de parler en voyou en y ajoutant souvent jurons et sacres ? Si cette
réalité à donner au scénario commande parfois un langage vernaculaire pourquoi
ne pas le faire avec modération. Le cinéma n’est pas qu’un véhicule de
divertissement, il doit aussi en être un d’éducation (comme la télévision par
ailleurs) aussi bien par les images qu’il projette que par les mots qu’il fait
entendre.
Pourquoi,
me diriez-vous, ce retour vers la culture d’un passé récent pour lancer un
nouveau mouvement culturel proprement québécois. La raison est simple. Il faut
que notre culture reprenne appui sur une
période où elle était moins contaminée par des cultures étrangères
envahissantes. À cette époque, nos créations culturelles étaient proprement
québécoises. Elles étaient sainement imprégnées de notre personnalité, de notre
identité comme le suggère Claude Levi-Strauss, et intégraient de façon
raisonnable l’apport étranger. Il y
avait sans doute chez nos artistes cette conscience de la fragilité de notre culture québécoise qui comme un
système en quête de pérennité sait qu’il ne peut ouvrir trop grandes ses
frontières sans risquer l’envahissement d’abord, puis l’éclatement. Les confrontations culturo-religieuses que
le Québec connaît en ce début du 21e siècle démontrent que nous
sommes en train de dépasser les limites. Notre faible 2% de francophones en
Amérique du Nord commande la prudence.
Et
puis, il y a cette culture plus classique de la musique, de la littérature et
du théâtre, qu’il est juste de qualifier d’universelle en raison de sa qualité
et de sa durabilité, originant des époques les plus lointaines. Il faut faire
plus pour faire connaître la musique et la littérature classique. Qui peut
remplacer Bach, Mozart, Vivaldi, Beethoven, Schubert, Chopin, Verdi, Puccini,
Bizet, Berlioz, Wagner, Strauss, Ravel, Debussy, Tchaïkovski, etc. ( Merci déjà
à Radio classique de Montréal et de Québec, aux activités du Domaine Forget
(Charlevoix), du Festival de Lanaudière…
Soulignons aussi le travail de grande qualité accompli par Alain
Lefebvre pour faire connaître ce répertoire musical irremplaçable). Dans le
domaine littéraire, comment pourrions nous nous passer des Hugo, Zola, Balzac,
Daudet, Gautier, Lamartine, Molière, Boileau, etc sans risquer
l’appauvrissement de notre langue ?
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