| Jean-François Biron et Jean-Théo Picard |

Une publiction interne de l'Ofiice national du film du Canada
10 juillet 1969
Profitant de la réunion des représentants du Québec à North Hatley, André Petrowski et les membres de la Distribution ont organisé une fête en l'honneur de Jean-Théo Picard et Jean-François Biron pour marquer leur 25 ans de service à l'ONF.
Texte et photos : Yolande Rivard
Madeleine Marcoux et Alcide Dupuis ont rendu hommage aux deux combattants de l'ONF: Jean-Théo Picard et Jean Francois Biron.
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonsoir ! Les Bacheliers de la 5e région du Canada au Québec sont dans la joie de vous accueillir ce soir sous le signe de la fraternité et d'une amitié bien sentie pour rendre hommage d'une façon toute particulière à deux vaillants combattants du bataillon O.N.F.
En effet, le 2e guerre mondiale n'était pas sitôt achevée que, sortant des tranchées et des sentiers battus, les nommés brigadiers Jean-Théo Picard et Jean-François Biron joignirent les rangs du régiment de la distribution. Après 25 ans de fier service, nous les avons parmi nous ce soir, tout aussi dynamiques et tout aussi valeureux.
Leurs exploits sont d'un mérite tel que sont venus se joindre à nous pour les fêter des officiers de l'État-Major dans les personnes de M. Antoine Vielfaure, Jean-Jacques Chagnon, Jean-Marc Garand, des compagnons d'armes de la première heure dont M. Valier Savoie, M. Patrick Boudreau, M. Jean-Eudes Martin, M. Roland McKinnon, M. Jacques Beaucage et également de tout un renfort des Quartiers-généraux : Mlle Hortense Roy, Mesdames Jeannine Hopfinger et Yolande Rivard, Messieurs Gilles Boivin, Jean-Paul Vanasse, Paul Courtice, Allan Palmer et Yves Blanchard. Au chapitre des présences privilégiées signalons celle de Mme Jean-Théo Picard et de Lyle Cruickshank.
Théo, nous sommes fiers aujourd'hui de pouvoir te rendre cet hommage sincère pour tant d'années de dévouement lucide, d'initiative fructueuse et d'effort soutenu dans la poursuite d'une carrière bien remplie au sein de l'ONF. Tes compagnons de travail, ou plutôt tes amis, se sentent forts et s'inspirent sans cesse de ton courage, de ton déterminisme et de ton opiniâtreté qui ne se sont jamais démentis. L'équipe du Québec est consciente que tes 25 années dans ses rangs ont contribué largement à assurer un esprit de continuité et un climat de confiance, même aux heures les plus pénibles de son histoire. Nous formulons le voeu que tu continues à être pour nous tous ce guide averti et compréhensif, cet initiateur toujours à l'affût d'une saine évolution, et surtout cet ami indispensable. Nous en sommes d'ailleurs assurés et nous t'en remercions.
Madame Picard : Dans le gerbe de félicitations et de voeux que nous offrons à Théo ce soir, il y a beaucoup de roses à votre intention car s'il a pu se réaliser et si bien servir au sein de l'ONF c'est sûrement pour une large part grâce à votre appui et à votre compréhension. Il y aurait peut-être lieu de mentionner aussi la patience avec laquelle vous avez dû écouter Théo deviser longuement et presque constamment au sujet de l'ONF et cela peut-être même aux douces heures de confidences sur l'oreiller, bien qu'à cet égard, Théo a dû avoir quelques distractions, car vos enfants en sont d'aimables preuves.
C'est donc avec joie Madame Picard que nous vous remercions et vous félicitons mes collègues et moi, en vous souhaitant une longue et toujours heureuse continuation d'aventure matrimoniale et humaine à l'ombre de l'entraînante carrière de Théo.
A cet hommage formulé à l'égard de notre confrère, Jean-Théo Picard, nous sommes particulièrement heureux d'associer Jean-François Biron, coéquipier sympathique et averti, dont la carrière à l'ONF, longue de 23 ans au sein de l'équipe du Québec, se poursuit actuellement aux Quartiers-Généraux. Jean-François, nous tenons à t'assurer de notre estime et de notre amitié. Nous laissons à Jean-Paul Vanasse le soin de continuer l'expression de nos sentiments à ton égard.
Jean-Paul Vanasse a rendu hommage à Jean-François Biron en mettant en relief deux qualités qui marquent la personnalité de ce "jubilaire" la ferveur et la bonne humeur.
D'abord, ferveur par rapport aux objectifs de l'Office et par rapport au travail de distribution. Biron s'est identifié étroitement à l'Office à l'époque où il fallait apporter au travail des qualités de constance, de dévouement qui n'avaient aucun rapport avec le 9 à 5 de la journée des fonctionnaires. Et ce travail, il l'a toujours fait de façon décontractée, souriante si bien que par sa seule présence il faisait croire qu'il avait trouvé la solution aux problèmes qu'on cherchait à résoudre. Ce qui était presque toujours le cas : il trouvait la solution.
En plus de toutes ces qualités, Jean-François est aussi musicien. Après avoir joué le violon et l'alto dans l'orchestre symphonique de Trois-Rivières, il a appris lui-même la guitare qui est maintenant son instrument préféré. Pour les compositeurs, ses préférences vont à Bach, Vivaldi, Teleman et Tarrega.
Au nom de tous les représentants du Québec, Roland Rainville a formulé ses meilleurs voeux et souhaité une bonne continuation aux deux jubilaires. Pat Boudreau s'est dit heureux de retrouver chez les représentants d'aujourd'hui le même esprit de fraternité qu'il y a quinze ans. Il a rappelé le souvenir de ceux qui ont passé par l'ONF et se sont dirigés vers d'autres activités, tels les François Bertrand, Maurice Rusteau, Iréné Bonnier et Luc Forest. "Quelqu'un qui reste à l'ONF mérite des félicitations" a-t-il ajouté, "Jean-Théo, Jean-François, je ne vous souhaiterai pas un autre 25 ans, mais que les années qui vous séparent d'une heureuse retraite vous soient douces et agréables."
Puis de fut au tour de Jean-Jacques Chagnon : "quelque chose chez Théo et François est associé à l'antiquité. Comme je connais mieux Jean-François je vous parlerai de ses vertus qui sont à la fois antiques et modernes. Homme de notre temps, il resplendit de bonté, de joie et d'enthousiasme, et si parfois au cours de sa carrière il était en face d'un problème ou d'une théorie compliquée et tarabiscotée, Jean-François très simplement accomplissait son travail avec beaucoup d'enthousiasme et le sourire. Ces vertus qui pour nous sont si précieuses, Jean-François, nous souhaitons que vous les gardiez toujours, même en vieillissant."
Tony Vielfaure présenta ses meilleurs voeux en son nom personnel et au nom des autres du quartier général. "Les dix mois qui demeurent le plus ancré dans me mémoire sont ceux qui j'ai passés comme directeur régional parce que j'avais une équipe du tonnerre et je suis heureux de voir qu'elle existe toujours. Mon travail était facilité parce que dans l'équipe il y avait des gars comme Jean-François et Théo qui connaissaient beaucoup mieux que moi le travail à accomplir. Je tiens ce soir à leur dire mon estime, ils sont restés eux-mêmes malgré 20 directeurs régionaux différents et des changements de politique de distribution. Ils ont continué leur travail et ont réussi à s'adapter à de nouvelles conditions. Jean-François, Théo, restez ce que vous êtes parce que c'est comme ça qu'on vous aime..."
"Je ne m'attendais pas du tout à une réception comme celle-là" répond Jean-Théo, "la gamme des émotions impressionnantes par laquelle j'ai passé me coupe l'improvisation... si j'ai pu oeuvrer, c'est grâce à ma femme qui en a subi les contre-coups, qui possédait l'art de "savoir attendre" et à mes ex-directeurs et collègues qui m'ont grandement aidé dans mon travail. Je ne me sens pas comme une antiquité car j'ai senti qu'ils m'ont accepté et compris. Malgré les changements, on forme une équipe du tonnerre.."
Jean-François, pour sa part, avoua que c'était la première fois qu'il montait en chaire. "Deux vieux de la vieille, ça se ressemblent pas mal.. j'ai moi aussi été très surpris de cette fête."
Et il poursuit en nous rencontant des souvenirs. En 1947, l'ONF se piquait déjà d'être d'avant-garde. Au cours d'une réunion, un nouveau venu suggère de discuter après la présentation du film. Quelle nouveauté ! On demande donc à l'assistante de discuter. C'est à Saint-Barnabé, au bout de routes sablonneuses... On présente un film important Le lait du matin qui préconise la pasteurisation. Après la représentation, on tente vainement d'obtenir des commentaires ... peine inutile ils sont muets comme des carpes. Il n'y a qu'une chose à faire, dire : "Bonsoir, au mois prochain". Tranquillement l'assistance évacue la salle à l'exception d'un cultivateur qui reste assis au fond de la salle. Se dirigeant vers lui, je l'entend me dire : "dans votre film, le gars après avoir nettoyé son étable, il a répandu de la chaux avant de faire la traite. Demain je vais faire ça." La soirée n'était donc pas entièrement perdue, il avait retiré une leçon du film.
Au cours de la soirée, Théo nous rappela quelques souvenirs de ses vaillants débuts. "En 1944, on parcourait la province en visitant surtout le curés. Le bureau était dans notre valise, dans la voiture. On montrait les films et on couchait au presbytère. On avait alors le temps de connaître les curés et leurs manies ; la collection des calottes de pape ou les radios-amateurs. Avant la projection du film, il y avait tirage pour payer le chauffage de la salle. Quelquefois, on devait plier bagage pour éviter les foudres du curé comme cette fois où, après avoir vu sur l'écran une femme qui nourrissait son bébé au sein, le curé s'est exclamé... "Homme pervers" ... et nous a renvoyés."
Après avoir goûté un délicieux repas et offert les cadeaux d'usage, des disques de guitaristes réputés pour Jean-François et un porte-documents pour Théo, tout le monde s'amusa jusqu'aux petites heures du matin, dansant et chantant sous l'impulsion du dynamique Gilles Boivin.