Les Anciens souvenirs
Tournage du 1 et 2 avril 1981

Participants : Jacques Beaucage, Jean-Fran�ois Biron, Jean-Th�o Picard et Antonio Vielfaure ; Pierre Ducharme et Jean Glinn
R�alisateur : Gilles Blais
cam�raman : Roger Rochat
preneur de son : Claude Pelletier
Num�ro de production : 85-305
assemblage d'extraits ( nov.-d�c 2000) : Guy Maguire


Jacques Beaucage, Rolland McKinnon, Fernand Brisson, Pat Boudreau
Jean-Fran�ois Biron, Pierre de Bellefeuille, Jean-Th�o Picard et Ir�n�e Bonnier, au printemps 1984
cette photo provient des archives personnelles de Fernand Brisson

Les d�buts de la Distribution de l�ONF au Qu�bec

Gilles Blais Comment �a a commenc� ?

Th�o Picard J'arrive � Qu�bec et Jos Morin me dit : Il para�t que tu sais faire fonctionner un projecteur ? Je r�ponds : Oui. Bein en v'l� un, et un programme de films, tu commences ce soir � St-Anaclet, comt� de Rimouski, � 8 heures.

Gilles Blais Qui c'�tait Jos Morin ?

Th�o C'�tait le directeur de Cin�-Photographie provincial qui �tait en m�me temps le repr�sentant de l'Office national du film pour le Qu�bec. Il avait deux r�les, pour le provincial et le f�d�ral en m�me temps.

Il m'a dit : le cur� va te dire quoi faire. Lui, il avait d�j� fait des circuits pour Cin�-Photo dans 1e temps des unit�s sanitaires.

�a passait de cur� en cur�. � St-Anaclet, le cur� me disait : demain soir, tu iras � telle paroisse. Et l'autre cur� me disait demain soir tu iras � telle paroisse. C'est tout ce qu'on avait � faire. On avait toute la journ�e pour pr�parer la soir�e. Le cur� l'annon�ait au pr�ne et on se faisait des p'tits feuillets. On marquait cin�ma gratuit ce soir et on donnait �a au postier en disant tu mettras �a dans toutes les bo�tes � lettres.

Tony Vielfaure Il ne chargeait rien pour �a ?

Th�o Non, il �tait oblig�, parce qu'on disait : on est du f�d�ral nous autres ! Lui, il �tait postier, il �tait oblig� de faire �a. Et quand on a eu des affiches, on obligeait les ma�tres de poste � les placer dans le bureau de poste. Il y en a qui ont dit : ici, on n'a pas le droit. On r�pondait : on est du f�d�ral nous autres, c'est pour l'effort de guerre et t'es oblig�. Ah l�, il disait : c'est correct. Parce qu'on aurait pu lui faire un rapport !

Pierre Ducharme D�s le premier jour � Saint-Anaclet tu as commenc� � tenir des dossiers !

Th�o Je me suis dit comme j'sais pas pour qui je travaille, l'Office national du film, �a ne nous disait rien, je me suis dit je vais prendre des notes. (Lisant dans son carnet) �St-Anaclet, Rimouski, 26 juin 44, le pr�sident �tait monsieur l'abb� L�opold Dion, cur�. Repr�sentation � la salle paroissiale � 8 heures. Assistance : 300 personnes. Auditoire silencieuse et tr�s attentive. On a sembl� apprendre quelque chose de nouveau dans Celui qui verse son sang�. �a a �t� mon premier rapport. Apr�s �a, le 27, St-Donat de Rimouski, St-Germain, St-�leut�re, tous des endroits o� j'avais jamais �t� de ma vie ! D'une fois � l'autre, le cur� me disait tu prends telle route, c'est la paroisse suivante, c'est pas tellement loin.

Quand on arrivait un peu d�pass� Rimouski, il y avait des soldats qui arr�taient toutes les automobiles. Ils prenaient du goudron et cachaient la moiti� des phares. Pour ne pas que nos lumi�res d�auto permettent aux sous-marins allemands de rep�rer nos navires.

Pierre, les rapports �a c'est venu avec Mondor parce qu'avec Jos Morin, il n'a jamais �t� question de �a. Il savait qu'on allait dans telle paroisse, telle paroisse, telle paroisse. Les cur�s lui faisaient rapport. Il �tait en communication avec eux. Si on avait voulu le jouer, le cur� aurait dit : je l'ai jamais vu le gars des vues, il n'est pas venu le mois dernier. Tout de suite, il l'aurait su.

Tony Vielfaure Qui payait vos d�penses ?

Th�o J'savais pas. Jos Morin m'avait dit : au bout de la semaine, tu reviendras au bureau � Qu�bec. L� il me disait : qu'est-ce que tu as fait comme millage ? Mais lui il le savait combien �a faisait de millage.

Je suppose qu'il envoyait le compte de d�penses � Ottawa. � un moment donn�, j'ai re�u un ch�que de salaire. Je recevais le programme de films, mon ch�que de salaire et mon ch�que de d�penses. Pas de directives. Je ne savais pas si c'�tait bien ou si c'�tait mal. Je suis rentr� � l'ONF au mois de juin et rendu au mois de novembre, j'ai �crit une lettre � Ottawa, � qui de droit, pour demander quel sorte d'organisme que c'est, y as-tu de l'avenir l� dedans ? Est-ce qu'ils sont contents de mon travail, oui ou non ? Deux, trois semaines apr�s, je re�ois un t�l�phone d'un monsieur Paul Th�riault, qui �tait un des grands boss � Ottawa.

Gilles Blais Commissaire adjoint

Th�o Ouais, commissaire adjoint. Tu viendras me rencontrer � tel h�tel. Tr�s bien. Alors, il me dit : C'est toi �a, Th�o Picard qui a �crit ? J'ai dit oui. Vous �tes d'Ottawa, de l'Office national du film ? Pensez- vous que �a va bien ? Il me r�pond "�a va bien, bien s�r" et me demande : as-tu des parents dans la politique ? J'ai dit non. Il pensait que j'�tais rentr� l� par la politique parce qu'apparemment, �a se faisait dans le temps. J'ai dit : Est-ce qu'il y a de l'avenir l�-dedans ? Il m'a r�pondu : Si tu continues � faire ton travail comme �a, il va toujours y avoir de l'ouvrage. Correct, j'aime �a puis je suis bien pay� !

Et mes p'tites notes en arri�re de mes rapports. � St-Fran�ois-Xavier des Hauteurs : �peut �tre re�u par le cur� quand il est l�. Vues donn�es par le cur� depuis 2 ans. Installation permanente. Projecteur Victor avec 2 hauts-parleurs. Programme de France Film et de G�n�ral Film. Capacit� de la salle 400� On avait de l'opposition ! les cur�s �taient tout �quip�s dans l' bas du fleuve. Ils faisaient de l'argent avec �a. Ils communiquaient entre eux, ils avaient � peu pr�s tous des radios amateurs. Alors ils pouvaient s'appeler : le gars des vues est ici. Demain soir il va �tre chez-vous.

Dans le bas de Qu�bec, c��tait assez sp�cial parce que les cur�s faisaient du commercial, ils faisaient de l'argent et nous on donnait �a gratuitement. Alors moi j'organisais des soir�es d'amateur apr�s, pour donner une chance au cur� de faire une couple de tirages pour payer le chauffage de sa salle. Il passait le chapeau apr�s et il ne perdait pas toute sa soir�e de commercial.

Dans ce temps-l�, on avait des coupons pour avoir la gazoline, des coupons pour avoir des pneus, parce que �'�tait rare. On avait une carte d'identit� et on allait � la Gendarmerie royale et ils nous donnait tout ce qu'il faut. Mais les pneus n'�taient pas tellement bons. Une fois, j'�tais parti de Qu�bec, je m'en revenais � St-Jacques et de Qu�bec � Grondines, � peu pr�s 30 milles, j'ai fait 11 flats.


Jean-Th�o Picard et sa Chevrolet 1934
cette photo dat�e d'ao�t 1944 provient des archives personnelles de Jean-Th�o Picard

En sortant de Qu�bec, j'avais embarqu� un qu�teux. Le bonhomme me raconte : je me suis gel� les pieds et je voulais pas perdre mes orteils. J'ait fait un voeu d'aller � Ste-Anne-de-Beaupr� � pied. L�, il s'en revenait. Je lui ai dit : Embarquez l'p�re. Tu comprends bien que rendu � Grondines, onze flats, il �tait tard le soir. Le bonhomme me dit : Savez-vous monsieur, c'est pas bein bein plus vite qu'� pied !

Fran�ois, raconte-nous tes premiers voyages !

Jean-Fran�ois Biron La premi�re semaine, Francon, qui �tait directeur adjoint de Mondor, me dit tu vas � Shawinigan faire une projection pour la FTQ. Des gars de la FTQ de Trois-Rivi�res m'ont demand� pour embarquer. J'ai dit certainement.

Mais moi c'�tait la premi�re fois que je conduisais une voiture au Canada. J'en avais conduit en Europe dans l�arm�e. Les gars n'ont rien dit en allant � Shawinigan. Apr�s la soir�e, au moment de revenir, il y en a un, je me rappellerai toujours de lui, un nomm� Bergeron, me dit : �Voulez-vous m'attendre, je veux prendre deux bouteilles de bi�re avant de partir, parce que je veux pas voir le chemin en revenant.� Il avait eu peur, parce que moi j'avais conduit � gauche, comme en Angleterre. C'est en revenant que les gars m'ont fait voir que je conduisais du mauvais c�t� de la route.

Jacques Beaucage Passais-tu des films de guerre Th�o ? J'me souviens que je pr�sentais un film o� il s'agissait de bannir les armes atomiques et, dans le film, on voyait un bateau qui �tait coul�. Apr�s coup, j'anime la discussion et il y a une dame qui se l�ve et qui dit : Moi monsieur, remportez-nous en des films comme �a, moi des bateaux qui coulent j'aime donc �a voir �a !

Th�o Moi, j'ai eu d'autres r�actions. � un moment donn�, quand on a eu pass� plusieurs fois, il y en a qui disaient : C'te maudite bombe-l�, c'est toujours la m�me, avez-vous fini de faire tomber �'te bombe-l�, on aimerait bein voir d'autres choses. Parce qu'une bombe en Normandie ou ailleurs, comprends-tu, pour eux, c'�tait toujours la m�me bombe !

Jacques Beaucage As-tu vendu des bons de la victoire ?

Th�o Non, non.

Jacques Beaucage T'en mettais pas dans tes poches ? (rires)

Th�o Non, non, j'en vendais pas. J'ai travaill� avec trois gars : il y avait un anglais d'Angleterre, un nomm� Larry, un Am�ricain, Thompson, et un Canadien-fran�ais, Lamoureux. L'Anglais apportait ses sandwichs, s'assoyait au bureau au deuxi�me �tage � l'h�tel de ville et travaillait au t�l�phone toute la journ�e. L'Am�ricain, lui, il traversait de l'autre c�t� prendre un coup � l'h�tel et le canadien-fran�ais contait des histoires de cul !

Gilles Blais En as-tu d�j� coup� des bouts de film, toi Th�o ?

Th�o Ah oui ! Quand on voyait des choses comme un accouchement, et on savait que �a ne se rait pas accept� dans les paroisses, on coupait le bout de film tout simplement. Alors on �tait certain que quand on arriverait dans ces salles-l� que personne ne nous garocherait des tomates. Il y avait des repr�sentants comme Luc Forest, quand il recevait son programme il s'en allait dans le fumoir de monseigneur l'�vesque et il passait le programme. Monseigneur regardait �a et disait: Tr�s bien Luc, tu as ma b�n�diction, tu peux aller le passer. Et l� il partait et faisait le tour du dioc�se. On faisait �a avant de partir.

On regardait le programme avant de partir et quand c'�tait pas assez bon on se disait ah les gens n�aimeront pas �a! Alors Fernand (Brisson) allait louer des cartoons... Et il les payait de sa poche !

Pierre Ducharme : Comment �tiez-vous per�us les repr�sentants de l�ONF ?

Jacques Beaucage Si le gars �tait d�j� du milieu, on lui donnait le statut qu'il a toujours eu. Mais le type qui �tait parachut� dans une r�gion, on voulait qu'il se rattache quelque part. Au Qu�bec, il fallait �tre soit dans l'Action catholique ou le Richelieu ou quelque chose du genre. Si on n'�tait ni un ni l'autre, on �tait un dr�le de personnage. On pouvait employer le mot communiste � notre sujet.

Th�o C'est pour cette raison que moi quand je suis arriv� dans le territoire de St-Jean j'ai fait du scoutisme, de l'action catholique, les caisses populaires, j'�tais dans toutes sortes de groupements. Quand j'allais � des congr�s, avec tous les abb�s, tous les dirigeants du dioc�se, je me pr�sentais. Et ce que beaucoup ne savaient pas, c'est que je faisais partie de l'ordre de Jacques Cartier. La soci�t� secr�te des Jacques Cartier nous permettait d'ouvrir les portes � beaucoup d'endroits.

Hors Qu�bec


Tony Vielfaure, devant Fernand Brisson
septembre 1968

Tony Vielfaure Les films qu'on pouvait utiliser c'�tait surtout en milieu scolaire et m�me �a �a pr�sentait des probl�mes parce que l'enseignement du fran�ais �tait d�fendu par la loi au Manitoba, donc �a se faisait en cachette.

� force d'y aller moi-m�me, finalement ils ont vu que �a pouvait leur aider aussi pour la survivance.

Quand je suis entr� � l'ONF, les gens n'ont pas demand� � m'avoir. C'est parce qu'� un moment donn� quelqu'un a d�cid� qu'ils avaient besoin de repr�sentants francophones. Le premier mois, je faisais le tour et je me pr�sentais : repr�sentant de l'Office national du film. Les gens me demandaient : Qu'est-ce que tu veux ?

Jean Glinn �tais-tu le seul repr�sentant francophone en dehors du Qu�bec ?

Tony Vielfaure Non, il y en avait un en Alberta, Damasse Bouvier. Je vais vous dire franchement que c'�tait du travail de pionnier. On n'avait pas juste le fran�ais non plus, on avait les films anglais.

Les gens savaient pas ce que c'�tait l'Office national du film, qu'est-ce que �a pouvait leur apporter. �a m'a pris � peu pr�s 3 ans avec la Soci�t� franco-manitobaine, � ce moment-l� c'�tait l'Association d'�ducation, � leur faire comprendre que ce que je leur offrais c'�tait un outil qui pouvaient les aider � perp�tuer le fran�ais et le d�velopper, m�me au niveau scolaire, et dans leurs associations. Au d�part, les gens ne le voyaient pas parce que le film c'�tait un moyen de divertissement, ce n'�tait pas un outil pour faire de l'�ducation.

L��poque de Duplessis

Gilles Blais Pourquoi les films �taient interdits dans les �coles du Qu�bec ?

Jean-Fran�ois Biron C'est parce que Duplessis avait fait une d�claration disant qu'il y avait des communistes � l'ONF. � ce moment l�, Fran�ois Zalonie, qui �tait journaliste au Devoir, est all� trouver Duplessis et a dit : Nommez les ! Il n'a jamais �t� capable de les nommer. Mais Zalonie lui a dit : Savez-vous monsieur Duplessis que vous distribuez des films de l'ONF ? Il y a des films au service de Cin�-photographie et c'est vous qui les distribuez. L�, tout de suite, il les a bloqu�s.

La lettre de Duplessis avait �t� adress�e au pr�sident de la Commission Scolaire de St-Louis de France, en l'occurence le pr�sident c'�tait moi. Alors le secr�taire lit la lettre : il est formellement d�fendu de se servir des films de l'Office national du film dans les �coles de la province de Qu�bec. Alors � ce moment-l� j'ai laiss� mon si�ge et je suis all� dans la salle pour �tre capable de r�pondre � la lettre. J'ai dit : Comme par hasard, c'est moi le repr�sentant de l'Office national du film dans la r�gion. Tout le monde le savait. J'ai dit c'est une directive mais vous �tes compl�tement libres de la prendre ou de pas la prendre.

Jacques Beaucage Tu pr�conisais la d�sob�issance civile !

Jean-Fran�ois Biron Je leur ai toujours dit que nos films n'�tait pas des films didactiques pour les cours mais que c'�taient des films de culture populaire, des films d'information que tous les canadiens jeunes et vieux se devaient de conna�tre !

Gilles Blais C'�tait sign� par qui cette lettre l� ?

Th�o Picard Par Jules-Omer Desaulniers, c'�tait un ancien professeur de Trois-Rivi�res.

Gilles Blais � quel titre il signait la lettre ?

Th�o Picard � titre de surintendant de l'Instruction publique du Qu�bec parce qu'� ce moment l� il n'y avait pas de minist�re. C'�tait le bureau de l'Instruction publique et lui �tait le surintendant. C'est Maurice Duplessis qui �tait venu le chercher � Trois-Rivi�res et il l'avait bombard� surintendant. Il avait envoy� une lettre � tous les directeurs d'�cole, les commissaires, les pr�sidents de commissions scolaires m�me aux maires des municipalit�s indiquant que les films de l'ONF ne devaient plus passer dans la province.

Je me souviens, j�arrivais dans des couvents pour changer de programme et la soeur sup�rieure disait : Monsieur Picard, je regrette, regardez �a, une lettre du surintendant, c'est de valeur, on ne pourra plus continuer. Ah j'ai dit : Tr�s bien ma soeur. Puis elle me dit : Avant de partir, voudriez-vous rencontrer soeur Boutet. J'ai dit oui. Je suis all� voir la s�ur Boutet et elle m�a dit : vous viendrez me les porter � moi les films, moi je ne l'ai pas re�ue la lettre. On passait par la porte d'en arri�re !

Le repr�sentant et l�animation


Jean-Fran�ois Biron

Jean-Fran�ois Biron Quand on a d�cid� � l'Office du film de faire l'entra�nement des repr�sentants � l'animation avec Guy Beaugrand-Champagne, il a commenc� par le territoire de Trois-Rivi�res.

J'avais pr�par� une soir�e � la paroisse Ste-Catherine de Sienne avec les dames fermi�res. Le film c'�tait �tes-vous en s�ret� chez vous ? Il devait y avoir une soixantaine de dames, tout le monde �tait enthousiaste. Alors je pr�sente le film, et je dis, comme Guy Beaugrand m'avait dit, on va �tablir la discussion en 20 minutes et puis au bout de 20 minutes, que le monde parle ou parle pas, on arr�tera et on analysera ce qui s'est pass�.

Vous l'avez vu �tes-vous en s�ret� chez vous ? il y a un couple qui meurt dans l'appartement. Apr�s le film, les lumi�res s'allument et il y a une dame qui dit : Voulez-vous m'excuser, il faudrait que je m'en retourne � la maison, je regrette. La femme part. Moi je me promenais : Qu'est-ce que vous en pensez ? Et l�, il y a une autre femme qui dit : il faudrait que je m'en aille moi aussi. Personne parlait. Dans l'espace de 10 minutes, il y a � peu pr�s une trentaine de personnes qui sont parties. Alors, on s'est dit : il y a quelque chose qui va pas, qu'est-ce que tout l'monde a � partir ? Alors une dame a dit : �Bein j'vais vous dire, ma voisine de tout � l'heure est partie, elle �tait bein nerveuse, elle a dit qu'elle avait peur, parce que, vous savez, on n'a pas de pompiers ici, s'il fallait que le feu prenne�� C'�tait l'hiver, les femmes ont eu peur, elles sont toutes parties.

On s'est repris le lendemain. C'est l� que j'ai appris que quand on voulait faire une exp�rience avec un groupe, il fallait �tre bien minutieux dans le choix du sujet qu'on voulait traiter !

Jacques Beaucage S'il y avait un gars directif, c'�tait bien moi, d�form� par les J�suites. Quand on distribuait nos films, et que je voyais que les gens apr�s la s�ance voulaient �changer, si j'avais le malheur de parler, les gens s'en allaient ! Si je me taisais, les gens parlaient entre eux, et ce qui se disait, si je le refl�tais au groupe, les gens restaient. J'ai dit : Beaucage, premi�re chose, faut que t'apprennes � te taire. Comme vous voyez, je l'ai pas trop appris !

Et puis, au moment o� les gens parlaient, s'il y en avait un qui faisait comme moi, qui parlait trop, les gens s'en allaient. Fallait que j'apprenne � faire taire les verbo-moteurs et faire parler les silencieux. Et l� j'ai vu que les gens venaient et trouvaient �a l'fun. C'�tait valorisant pour un gars qui a jamais parl� de voir que quelqu'un dans le groupe relance ce qu'il a dit, quand �a a du bon sens, Les gens voyaient que mon oncle Jos, qui avait �t� vaccin� par l'aiguille de gramophone, ne pouvait plus parler comme il voulait.

L�abandon des d�p�ts de films

Pierre Ducharme La d�cision d'abandonner les d�p�ts, est-ce que �a a �t� une bonne d�cision ?

Th�o Picard Pour moi c'est une bonne d�cision mais c'est de la fa�on dont �a s'est fait qui a �t� frustrante.

Apr�s avoir travaill� pendant 10-15 ans pour engager les b�n�voles � se prendre en main, l� en retirant les films des d�p�ts on leur enlevait presque toutes leurs armes pour travailler. Et au lieu de les encourager par d'autres moyens � continuer � se d�velopper, on leur enlev� leur raison d'�tre.

J'ai �t� conseiller technique de la f�d�ration des cin�math�ques pendant les 11 ans et je peux citer des cas de gens que j'appelais des fous de d�vouement. � St-Lambert, Robert Delisle �tait g�rant du personnel � la banque Canadien National . Il �tait tellement pris par la distribution du film, il avait le d�p�t dans sa maison, qu'il envoyait sa famille en vacances l'�t� mais lui il restait � la maison pour ne pas d�cevoir les gens qui avaient besoin de films. Quand je suis all� lui enlever les films dans sa maison, je lui ai dit : �coute Robert, tu n'as pas le droit de faire souffrir ta famille comme �a, pour la ville de St-Lambert.

Quand sont arriv�s � l'ONF les experts en audio-visuel qui avaient �tudi� � St-Cloud ou � Bloomington (rires), moi quand on m'a dit : �c'est d�cisif Th�o, la F�d�ration des cin�math�ques penses-y plus, faut que �a meure�, c'�tait � Qu�bec, � l'occasion d'une r�union (note du webmestre : probablement en1966). Laurent Blais m'appelle et me dit : Viens d�ner avec moi c'midi � tel restaurant. Il me paye un bon gin double, parce qu'il avait peur de ma r�action, il se disait y'va se f�cher, bein s�r. J'ai dit : OK c'est votre d�cision, c'est pas dr�le, mais on va l'annoncer.

Faut dire que les gens qui faisaient partie du Conseil du film �taient autant des gens du scolaire et du communautaire. Ils ne parlaient plus le m�me langage. Le professeur voulait un film pour son usage didactique en classe et les autres c'�tait pour un usage dans les groupements. Ils ne voulaient pas avoir les m�mes films. C'est � ce moment-l� qu'on a dissous la f�d�ration. On a dit : Formez donc deux f�d�rations, une pour le scolaire et une pour le communautaire. �tant donn� que l'ONF retirait ses films, il ne restait plus de moyens au milieu communautaire pour former une autre f�d�ration.

Dans le milieu scolaire, il restait des forces parce que des gars �taient all�s �tudier � St-Cloud ou � Bloomington, mais la chicane a pris entre les deux groupes. Il y avaient des experts de la quincaillerie et des experts de la p�dagogie.

Je me rappelle quelqu'un avait envoy� un Fran�ais, Andr� Maillet, dans mon territoire pour montrer comment utiliser un film en classe. Je l'avais amen� � l'Ecole Normale de LaPrairie, il y avait 3-400 normaliens et les Fr�res de l'Instruction Chr�tienne. J'avais organis� l'affaire, je m'assis tranquille dans la salle, �a a dur� toute la journ�e, � r�utiliser plusieurs films. Quand �a a �t� termin�, le directeur de l'�cole se l�ve et dit : Messieurs, je vous demanderais d'oublier tout ce que monsieur Mailhet vient de vous dire, c'est absolument anti-p�dagogique. Tu comprends qu'il a attrapp� l'air b�te mon pauvre Maillet. Moi j'avais fait rapport � notre directeur Vallier Savoie. Ils ont arr�t� le programme !

Tony Vielfaure Les mordus, comme tu disais Th�o, j'en ai connus moi aussi pour qui c'�tait plus important d'�tre pr�sident du Conseil du film que d'�tre maire de la municipalit�. Ils vivaient pour �a. Maintenant ils se sont trouv�s une autre vocation.

Moi je ne pense pas que c'est une trag�die, on y serait arriv� de toute fa�on, parce que le milieu �volue. En regardant les statistiques on s'est rendu compte que les conseils du film �a fonctionnait surtout dans les centres ruraux. Le b�n�volat, en ville, il y en avait de moins en moins. C'est bien beau un Conseil du film sur l'�le de Montr�al mais �a n'a pas le m�me impact qu'un Conseil du film � Chicoutimi ou � Rimouski.

En 1967 � l'Office on a eu des promesses, vous allez avoir deux trois cent milles piastres pour ouvrir des cin�math�ques, sauf qu'est arriv� l'aust�rit� en 69 et l'argent n'est pas arriv�.

Les fermetures, �a s'est fait rapidement. Je l'ai v�cu � Trois-Rivi�res et � Sherbrooke. Des gens qui avaient collabor� avec l'ONF depuis quinze ans, vingt ans. Je me suis fait dire : C'est quoi ton nom toi ? Antonio Villefaure ? Tu es le 14e ou 15e directeur r�gional qui arrive avec une autre histoire, les 15 qui t'ont pr�c�d� avaient chacun une histoire. Qu'est-ce que �a va �tre le prochain ? C'est quoi votre politique ? Ils �taient en maudit contre l'Office et ils ont dit : ��coutez, on est tann�s de faire votre job. Tiens, les v'l� vos films et v'nez pus nous achaler.�

Si �a avait �t� fait sur une p�riode de temps, on aurait pu faire une transition pour que les films aillent, par exemple, dans une biblioth�que centrale de pr�ts ou dans une biblioth�que scolaire.

J'veux pas donner de noms, mais des gars de la haute direction qui venaient d'ailleurs au Canada, qui ne connaissaient pas les besoins du Qu�bec, n'�taient pas au courant du travail qui avait �t� fait. Tu ne tiens pas compte des humains, tu ne tiens pas compte de 15 ans de pratique.

� ce moment-l�, on donnait tout gratuitement, on ne pouvait pas continuer. Les commissions scolaires avaient des budgets per capita pour acheter des films, mais elles n'en achetaient pas beaucoup. Ils nous disaient vous avez pas d'affaire dans les �coles mais ils venaient chercher les films en maudit par exemple.

Je pense que ce n'est pas une trag�die, si t'oublie tout l'aspect humain, �videmment, c'est peut-�tre dur � faire pour ceux qui l'ont v�cu. Mais si tu regardes sur le plan du rendement, par rapport aux ressources qu'on a, et ce que �a nous rapporte en termes de personnes que tu rejoins, le nombre de visionnements, le nombre de films qui circulent, tu ne peux pas dire que c'�tait une trag�die. �a a fait mal � du monde � cause de la fa�on dont �a a �t� fait.

L��ge d�or de l�ONF


Jacques Beaucage
Jacques Beaucage J'aimerais vous signaler un ensemble de facteurs qui nous am�nent au d�but des ann�es 60, � ce que je dirais �tre l'�ge d'or de l'ONF.

Ont pr�c�d�, une dizaine d'ann�es de formation du personnel de distribution sur la d�couverte du milieu, comment recruter du leadership, comment utiliser du film. On avait un personnel stable, rendu � l'�ge o� il pouvait donner le meilleur rendement � cause de l'exp�rience. C'est un des facteurs. Le deuxi�me c'est que l'�quipe de production �tait mieux rod�e. Rappelons-nous les noms de Carle, Brault et des films percutants. Et le troisi�me �l�ment, qui faisait le lien, c'est l'animation.

Dans chacun des milieux, il y avait la possibilit� qu'un repr�sentant de l'ONF regroupe le leadership du milieu pendant toute une fin de semaine et on pouvait, avec ces gens-l�, les faire r�fl�chir sur leurs probl�mes et faire le lien entre les probl�mes qu'ils avaient et les films que nous avions. On leur projetait le film, il y avait une discussion qui suivait, qui pouvait durer de 20 minutes � une heure, selon le cas, et l� les gens saisissaient tout l'impact de l'utilisation en profondeur d'un film par rapport � du v�cu dans leur milieu. �a collait � leur r�alit�.

Les retomb�es imperceptibles pouvaient �tre par exemple de l'ordre de l'�veil du leadership r�gional. On l'a constat� apr�s. � ce moment-l�, il y avait encore des conseils du film, qui pouvaient rapidement rassembler tous ces gens-l� et quand on leur demandait apr�s qu'ils aient v�cu l'exp�rience, est-ce que vous aimeriez, dans votre milieu, avoir des gens qui puissent, comme on l'a fait tout � l'heure, animer une discussion de film et aller en profondeur avec les instruments que vous avez, la r�ponse c'�tait � 80% oui. Et � partir de ce moment-l�, on pouvait commencer la formation d'animateurs b�n�voles pour les principaux organismes de ce milieu-l�.

Je dirais qu'� ce moment-l� l'ONF avait plus d'influence au niveau de la transformation des mentalit�s au Qu�bec que les syndicats, Cit�-libre et Radio-Canada qui s'opposaient au duplessisme du temps.

L� on les a laiss�s pour compte, on les a abandonn�es, pour des raisons qui seraient peut-�tre assez difficiles � analyser, mais je trouve vraiment malheureux qu'on n'ait pas donn� suite � ce travail.

L�arriv�e de la t�l�vision

Gilles Blais : Vous n'avez pas l'impression que le jour o� la t�l�vision est arriv�e la distribution communautaire c'�tait finie, on n'en avait plus besoin ?

Th�o Picard Moi je travaillais � St-Jean � ce moment l�. Monsieur Aur�le S�guin, qui �tait un des grands responsables de la t�l�vision de Radio-Canada me disait : T'es donc chanceux toi Th�o de travailler avec le film et avec des gens. Nous autres, � Radio-Canada, on met une �mission en ondes et on ne sait pas s'il y a des gens qui l'�coutent. Au moins toi tu peux avoir du feed-back et tu sais si ton produit donne quelque chose.

Jean-Fran�ois Biron � ce moment-l�, chez nous, j'avais une tr�s grosse distribution avec les cin�-clubs familiaux. Du jour au lendemain, au mois de novembre, ma distribution a tomb�. Les cin�-clubs ont disparu, ces m�mes gens qui �taient vendus � l'utilisation du film, disaient : on n'est pas pour s'embarrasser de transporter un projecteur et un �cran et des films. � la t�l�vision on n'a pas seulement des films du Canada, on a des films du monde entier. Charlie Marshall n'acceptait pas que �a soit la t�l�vision qui soit la cause de la baisse de mes clubs. C'est l� qu'il avait dit : Fran�ois �tait un mauvais repr�sentant.

Pierre Ducharme Mais avec le programme Soci�t� Nouvelle, le film devenait un outil pour changer la soci�t� ?

Tony Vielfaure Mais tu as de la difficult� � vendre �a aux magnats � Ottawa qui te fournissent l'argent. Ils te disent : tu atteins une poign�e de personnes ! Oui, mais on les atteint en profondeur, on change des choses, c'est de la qualit�. Mais �a se mesure difficilement. Quand t'arrive avec un BBM qui dit 1 million et demi, l� j'te dis que t'as eu du succ�s, mon vieux. La qualit�, �a a toujours �t� le probl�me qu'on a eu � la distribution, vendre notre affaire. On dit ce qu'on fait, c'est de la qualit�. �a se mesure difficilement la qualit�.

Les relations directeurs - repr�sentants

Pierre Ducharme J'ai l'impression qu'il n'y avait pas beaucoup de communication entre la direction et les repr�sentants. Comment les directives �taient re�ues et comment vous les ex�cutiez ?

Th�o Picard Parce que les directeurs changeaient souvent, j'ai toujours �t� prudent � accepter une directive trop pr�cise. Quand le directeur arrivait et que dans les premiers jours il disait vous avez �a, �a et �a � faire, j'�tais prudent, je me disais il arrive, il n'est pas tellement au courant de tout ce qui s'est pass�, j'vais attendre un peu et on va voir, il va peut-�tre modifier sa perception des choses et �a va �tre plus nuanc�.

Ce que je d�plore, c'est qu'� travers les directeurs qui sont pass�s il a manqu� n�cessairement de suite dans les programmes � long terme. Et puis, c'est pas n�cessairement d� au directeur lui-m�me, parce que lui aussi recevait les directives nationales et il essayait de les appliquer. Des fois, �a ne collait pas toujours � la r�alit�. Quand on parlait nous autres, on parlait au nom de l'ONF, alors une fois qu'on s'�tait prononc� dans un sens, on ne pouvait pas arriver et dire aux autorit�s on a chang� d'id�e cette ann�e, parce que le nouveau directeur a d�cid� autre chose.

Jacques Beaucage Moi je me demandais : est-ce que je suis un repr�sentant de l'Office du film aupr�s des gens ou je suis le repr�sentant des gens aupr�s de l'Office ? Quand le directeur m'arrivait avec une directive, j'me disais est-ce que �a viens de lui ou si �a vient de plus haut. Il y en avaient qui nous disaient carr�ment �a vient des quartiers g�n�raux, c'est une directive.

Le r�le du repr�sentant, encore essentiel ?

Gilles Blais Est-ce que le r�le du repr�sentant est aussi essentiel aujourd'hui qu'il l'�tait il y a 40 ans ?

Tony Vielfaure Il y a 20 ans, t'aurais fait dispara�tre le repr�sentant, c'�tait la fin de l'Office. Je pense qu'aujourd'hui le r�le du repr�sentant est en �volution et il va falloir qu'il change encore beaucoup.

Pour les bons films, le r�le du repr�sentant devient de moins en moins essentiel. O� on passe beaucoup de temps, c'est sur des films qui sont difficiles � distribuer � cause du contenu, � cause du format, � cause d'un manque de discipline sur le plan de la production.

Pour faire de l'animation, tu peux utiliser la t�l�vision. On n'est plus les seuls dans ce domaine-l�.. On a 65 repr�sentants au Canada pour une population de 20, 22 millions, on a une certaine pr�sence, on atteint un certain nombre de personnes. Mais en Europe, pour sept pays francophones, tu as un repr�sentant � Paris. Le repr�sentant ne va pas travailler avec des groupes dans les cuisines, tu travailles au niveau des sp�cialistes, tu vas avoir un autre impact.

Du jour au lendemain, si tu fermes le bureau de Rimouski, les gens vont rousp�ter, la Chambre de commerce aimera pas �a mais je ne suis pas s�r qu'� la longue que �a changera tellement de choses.

Je pense que les nouveaux repr�sentants, les jeunes, je ne veux pas les accuser en leur absence, n'ont pas le m�me contact que les gars qui sont ici aujourd'hui avaient dans le milieu. Il y a une raison, c'est pas de leur faute, regarde les budgets que vous aviez pour faire des voyages, le temps que vous passiez en dehors du bureau. Tu partais le lundi, tu rentrais le vendredi, des fois tu revenais pas pour la fin de semaine. Maintenant tu retrouves les repr�sentants dans le bureau, ils r�pondent aux gens qui viennent les voir, t'as assez de demandes, tu peux t'asseoir au bureau et juste r�pondre � la client�le. Je ne suis pas s�r que, si tu �liminais �a du jour au lendemain, que �a cr�erait une panique et que les gens �criraient � Ottawa ou au si�ge social � Montr�al pour dire c'est �pouvantable d'arr�ter les services des repr�sentants.

Les gars n'ont pu les moyens de voyager. Moi j'avais 1500$ en 1958 pour couvrir un territoire, alors que tu payais 3$ une chambre d'h�tel, ton per-diem �tait � 4$. Je partais le lundi et je rentrais le jeudi soir, parfois le vendredi mais j'�tais connu dans le milieu et il n'y a pas un petit coin o� je n'�tais pas all�, il n'y a pas une association que je n'avais pas contact�e au moins une fois dans l'ann�e, m�me s'ils n'utilisaient pas de film tout de suite. La m�me personne aujourd'hui a 7, 800$ pour faire le m�me travail, alors qu'a paye 40$ pour une chambre. C'est bien �vident qu'il faut prendre une autre approche, il faut un nouveau type de repr�sentant.

Avoir des contacts en politique


Pierre Ducharme
Pierre Ducharme Th�o, comment est-ce qu'on avait r�ussi � avoir des bureaux de l'ONF dans tous les bureaux de poste ?

Th�o Picard �a c'est une dr�le d'affaire. � St-Jean j'�tais bien ami avec la famille C�t�. Alcide C�t�, un bon vieux gar�on, �tait d�put� et il �tait devenu Ministre des postes. Alors un bon soir, chez lui, on jasait de toutes sortes de choses, j'ai dit : Moi il y a une chose que je ne peux pas comprendre c'est que on est des employ�s du f�d�ral et on n'est pas capables d'avoir un bureau dans un des �difices f�d�raux, par exemple dans les bureaux de poste. On a besoin d'� peu pr�s de 12 pieds carr�s pour le projecteur, quelques films et un bureau. Il me dit : Je vais en parler � Ottawa. Il en a parl� au Ministre des travaux publics, qui a envoy� une note � l'architecte en chef : � l'avenir, quand vous construirez un bureau de poste, vous pr�voierez un local pour le repr�sentant de l'ONF.

�a fait qu'� un moment donn�, au bureau r�gional, on se met � recevoir des lettres : Allez-vous occuper le bureau qui vous est destin� au bureau de poste de St-R�mi, de St-Agapit ? Il y en avait partout, mais on avait pas des repr�sentants partout ! On a eu des bureaux, l� o� il y avait des repr�sentants, mais il a fallu avertir le ministre des travaux publics : Arr�tez �a, on n'a pas des repr�sentants partout ! On vous le dira quand on en aura de besoin.


Jean-Th�o Picard � gauche et le ministre Alcide C�t� � droite, en 1950
cette photo provient des archives personnelles de Jean-Th�o Picard

Mais il y a des avantages et des inconv�nients � �tre ami avec un ministre. � un moment donn� je re�ois un t�l�phone d'un d�put� de la r�gion de Sorel, Cournoyer qu'il s'appelait. Il me dit je suis avec Alcide C�t� et il m'a demand� de t'appeler. On est en pleine campagne �lectorale et j'aurais besoin de films dans ma campagne, est-ce que tu peux m'en envoyer ? Oh attend un peu l� ! C'�tait difficile, parce qu'on avait des ordres pr�cis de ne pas participer aux campagnes �lectorales. J'ai dit : Non, je ne peux pas. Il me dit : Je vais te passer Alcide, il va te parler. J'ai dit Alcide, tu me mets dans des mauvais draps, tu sais bien que je n'ai pas le droit de faire �a, on re�oit des ordres de ne pas participer aux campagnes, de ne pas favoriser un parti plus que l'autre. Il me dit : Y a s�rement un moyen. Alors j'ai dit demande � Cournoyer qu'il me fasse envoyer une lettre du conseil municipal sign�e par le maire, une r�solution comme quoi ils veulent organiser une cin�math�que municipale � Trois-Rivi�res, et qu'ils veulent faire un essai de trois, quatre mois. Je vais leur envoyer les films, pendant ce temps-l� vous allez faire l'essai, vous en ferez ce que vous voudrez, et apr�s vous me direz si vous avez d�cid� de proc�der avec la cin�math�que.

Comprends-tu ils ont pass� les films tout le temps de la campagne. Moi j'�tais couvert, j'avais une lettre du maire comme quoi il voulait organiser une cin�math�que. Mais ils n'ont pas organis� une vraie cin�math�que municipale�..

Quelques anecdotes savoureuses

Jean Glinn Quels �taient les liens qui existaient avec la production � ce moment-l� ?

Th�o Je vais t'en raconter une bonne � ce sujet-l�. L'�quipe de David Bairstow �tait venu � Valleyfield et j'avais collabor� � organiser leur visite � l'occasion des r�gates. Le comit� organisateur des r�gates avait re�u l'�quipe de l'ONF en grande : l'h�tel, les femmes, la boisson, les yachts pour se promener et prendre des prises de vue partout, comprends-tu ? Les gars se sont dit on va avoir un maudit bon film sur les r�gates. Les r�gates, c'�tait international, comprends-tu ? Quand le film est sorti il y avait � peine une minute et demie sur Valleyfield ! C'�tait un reportage. Les gars voulaient me tuer apr�s, quand je retournais. Le capitaine du club n'a jamais voulu me reparler. �On veut plus entendre parler de l'Office national du film. Vous nous avez fourr� royalement, v'nez plus nous achaler.�

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Th�o Picard Moi j'ai eu une exp�rience assez cocasse dans le dioc�se de St-Jean. J'ai �t� voir monseigneur Coderre qui �tait �v�que co-adjuteur et il m'avait nomm� deux aum�niers de la L.O.C. et de l'Action catholique pour organiser le cin�-familial. On avait organis� un beau r�seau, je pr�tais le projecteur avec le programme. Un jour, un type vient au bureau, un p�re de famille, et me dit : c'est vous �a l'Office national du film, vous passez des films dans les familles, savez-vous qu'est-ce qui se passe ? Ma fille est all�e l'autre soir dans une famille et je pense qu'il y a des choses qui sont pas tr�s tr�s catholiques. J'ai dit : Je fais faire enqu�te. J'avais la liste des familles qui recevaient le programme, je suis all� demander quel film avez-vous aim� en particulier dans le programme ? J'ai r�alis� que le programme avait �t� chang�. Ils louaient des petits films pornos, c'est pour �a que la fille s'�tait plaint � son p�re.

Je suis all� trouver le chanoine Brault et je lui qu'est-ce qu'on fait avec �a ? Va voir la police. Je vais voir la police municipale et j'explique que le gars vient chercher son programme tel jour, telle heure � la Centrale catholique. Le jour en question, deux gars arrivent en costume de police et ils se plantent dans les escaliers. Tu comprends bein quand le gars est sorti de d'l� et il n'est jamais all� chercher son autre programme ! Comment faire pour arr�ter �a ? J'avise la police mont�e. Le gars me dit : C'est ton projecteur ? J'ai dit : oui. Bon bein en on va commencer par saisir le projecteur. Aie, j'ai dit, faites pas �a ! Alors, finalement, on a donn� comme raison qu'on manquait de programmes, on a arr�t� le circuit, �a s'est �teint tranquillement, on a recommenc� ailleurs.

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Gilles Blais Il ne reste plus beaucoup de pellicule mais il reste une petite anecdote, veux-tu me parler du Congr�s marial ?

Th�o Picard Au moment o� on avait de la difficult� � entrer dans les paroisses, � cause de la p�riode de Duplessis, il nous est arriv� le film Congr�s marial, en 1950. �coute, arriver avec un pareil titre, vis-�-vis les cur�s, c'�tait ouvrir la porte toute grande. Tout le monde voulait voir le film Congr�s marial � Ottawa. Dans le dioc�se de St-Jean, il y avait un abb� qui �tait nomm� par l'�v�que responsable de la Centrale catholique et il devait autant que possible trouver les finances pour autofinancer les activit�s de la Centrale. Alors il me demande de lui pr�ter le film Congr�s marial. Moi j'�tais tr�s content. Mais il a commenc� � organiser des repr�sentations payantes dans le dioc�se. Alors, je vais trouver l'abb� en question, je lui dis : Monsieur l'Abb�, vous n'avez pas le droit de passer le film avec repr�sentation payante. Tr�s bien tr�s bien, mais il continue. Je vais le trouver et je lui dis : Je m'en viens chercher ma copie, parce que vous n'avez pas le droit. Tr�s bien. Il me remet la copie.

Quelques temps apr�s, je me promenais et j'aper�ois encore des grandes affiches sur les poteaux : Congr�s marial dans telle paroisse et telle paroisse, 50 cennes d'entr�e, 25 sous pour les enfants. J'ai dit : qu'est-ce qui se passe, comment �a se fait qu'il continue quand m�me ? Je m'informe et j'apprends qu'il avait emprunt� la copie de l'U.C.C. � Montr�al, parce que l'Office avait pr�t� une copie. Alors je vais le trouver et je lui rappelle ses engagements, ses devoirs envers l'Office national du film. Je lui dis : Vous devez me remettre la copie. Il ne s'est pas occup� de moi. Pour agir l�galement, je lui ai envoy� une lettre enregistr�e. Il continuait quand m�me.

Quand j'ai vu �a, je me suis dit : Attends un peu, t'es pas pour me jouer dans le dos comme �a. Je savais que la Police Mont�e pouvait m'assister dans des cas difficiles. Il avait un bureau � St-Jean, je vais trouver le gars de la Police Mont�e et je lui explique tout. Il dit : tu la veux ta copie, je vais aller te la chercher. 24 heures apr�s, il �tait all� dans le bureau de l'Abb� puis il est arriv� avec la copie. �a a finit l� !


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