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Guy Maguire |
Cette entrevue a �t� r�alis�e par Th�o Picard dans les premiers mois de 1985 alors que Guy Maguire �tait chef du service de la mise-en-march� fran�aise, peu avant qu'il devienne directeur-adjoint responsable de la distribution au Programme fran�ais, choisi par le premier directeur g�n�ral Daniel Pinard, en mai 85.
Th�o Comment as-tu �t� engag� � l�ONF ?
Guy Un peu par hasard ! Laval Doucet avait quitt� son poste � Sherbrooke et Tony Vielfaure, qui �tait directeur r�gional, a t�l�phon� au secr�taire g�n�ral de l�Universit� de Sherbrooke, car c��tait l�Universit� qui faisait le pr�t des copies de films de l�ONF, pour voir s�il ne conna�trait pas quelqu�un � Sherbrooke int�ress� par le poste de repr�sentant. Le secr�taire g�n�ral de l�Universit� de Sherbrooke �tait l�oncle de ma blonde de l��poque, il savait que le cin�ma m'int�ressait et il m�en a parl�. Je me suis dit : pourquoi pas ! Alors il a t�l�phon� � Tony et j�ai eu trois entrevues au cours du m�me apr�s-midi !
La premi�re �tait avec Tony au 550 Sherbrooke ouest et a dur� environ une heure. Ensuite il m�a envoy� voir Mme Ruby Cormier au Service du personnel, sur la rue Ferrier, en face de Blue Bonnets et ensuite j'ai rencontr� Yves Garneau au Quartier-g�n�ral. J'y suis arriv� � 5 heures moins quart et il partait en vacances � 5 heures. Il m�a re�u � cinq heures et quart et l�entrevue a dur� � peu pr�s dix minutes. Et sa derni�re question a �t� : Parlez-vous anglais ? J�ai r�pondu : Maguire, bien s�r ! Heureusement qu�il n�a pas v�rifi� ! (rires). Trois ou quatre semaines plus tard, alors que j��tais en train de faire la recherche pour un film que je devais tourner sur l��le de Mingan pour la Soci�t� d�arch�ologie de Sherbrooke, j�ai re�u la nouvelle que j��tais engag�.
Th�o Quelle sorte de directives as-tu re�u en arrivant ?
Guy Je suis entr� au bureau r�gional sur la rue Sherbrooke un lundi matin, le 28 ao�t 1967 et l� on ne savait pas quoi faire de moi !
Th�o Il y avait quelqu�un dans le bureau ? (rires)
Guy Oui ! C�est Laurent Blais, l�adjoint de Tony qui m�a re�u, on m�a install� dans le plus petit bureau, sans fen�tre et on m�a donn� deux cartables, la collection compl�te des m�mos du bureau de Montr�al et du bureau de la r�gion du Qu�bec.
Pendant une journ�e et demie, j�ai lu des m�mos pour tenter de comprendre ce qu�on faisait en distribution � l�ONF au Qu�bec.
Mais j�en ai appris bien plus le premier midi quand Tony a invit� tous les repr�sentants � aller d�ner � la taverne St- R�gis, sur Sainte-Cartherine. Il y avait Petrowski, Macerola, Rodrigue Desch�nes, tu devais �tre l� �galement.
Apr�s une journ�e et demie, j�avais lu attentivement tous les m�mos et j�ai demand� quel �tait le programme pour le reste de la session de formation. Personne ne savait quel �tait le programme !
Mais j�ai appris que la seule personne en poste au bureau de Sherbrooke, Madame Boucher, la secr�taire, allait quitter son emploi le jeudi. On �tait mardi midi.
J�allais me retrouver � Sherbrooke, seul, sans personne pour me parler des dossiers en cours. J�ai donc convaincu Tony de terminer ma session de formation le jour m�me et d�aller � Sherbrooke le lendemain pour passer deux demi-journ�es avec Madame Boucher, qui ne travaillait que l�apr�s-midi.
Je me suis donc retrouv� le vendredi matin, � mon cinqui�me jour de travail � l�ONF, tout seul � Sherbrooke.
Th�o Sans pr�cision sur ce que tu avais � faire ?
Guy Aucune !
Th�o Quand tu as �t� engag�, avais-tu des connaissances en cin�ma ?
Guy Ce qui a peut-�tre jou� en ma faveur, c�est que pendant mes �tudes en p�dagogie j�avais fait pas mal de cin�ma. J�avais gagn� le premier concours � Images en T�te � Radio-Canada, anim� par Jean-Yves Bigras et Michel Garneau. J��tais arriv� ex-aequo avec Robert Forget, qui avait fait un film d�animation ! J�avais fait d'autres films qui �taient pass�s � Images en T�te et j�avais r�alis� un film pour la compagnie Iron Ore de Sept-Iles, sur les travaux de fouilles arch�ologiques qui ont men� � la d�couverte d�un poste de traite b�ti par Louis Jolliet. J�avais donc une exp�rience de production, j'avais enseign� le cin�ma et j�avais beaucoup utilis� les films de l�ONF dans mon enseignement.
Th�o As-tu connu d�autres p�riodes d�entra�nement ?
Guy Le v�ritable entra�nement dont je me rappelle c�est quand les nouveaux repr�sentants Normand Hince de Montr�al, Claude Mongrain de Rimouski et moi on s�est retrouv�s avec toi � Saint-Jean pendant deux jours. Tu nous avais parl� du travail du repr�sentant en g�n�ral et tu nous avais montr� comment faire un compte de d�penses !
Des stages comme ceux que tu as eus avec Guy Beaugrand-Champagne et d�autres, je n�en ai jamais eu.
La chance que j�aie eu cependant �a a �t� de participer � des stages, mais comme organisateur ! En 1969 et en 1970, le service M�dia-Recherches de l�ONF a organis� des stages d�initiation � l�audio-visuel qui duraient un mois. Il y en a un qui a eu lieu dans des roulottes install�es dans le stationnement de l�animation fran�aise, l�autre a eu lieu sous un grand d�me de polyth�ne construit sur le plateau de tournage. Nous �tions quatre organisateurs : Serge Langevin, le seul agent francophone de M�dia-Recherches, qui travaillait sous une supervision assez lointaine de Jean-Marc Garand, il y avait deux consultants de l�ext�rieur, Gilles Sainte-Marie, critique de cin�ma, concepteur d��missions de tv et Jean Lebel, r�alisateur aux affaires publiques � Radio-Canada. Je me trouvais chanceux d��tre de cette �quipe car je n�avais pas d�exp�rience. Remarque que Serge Langevin n�en avait pas plus.
Pendant la conception des stages, on avait des heures et des heures de discussion avec Gilles Ste-Marie, qui, � l��poque, �tait probablement un des qu�b�cois les plus au courant des grandes th�ories et recherches en communication, am�ricaines et fran�aises. J�ouvrais grandes mes oreilles et j�apprenais comme �a.
J�ai fait d�autres sessions de formation avec Jean-Marc Garand. Pendant deux ans, l�ONF a pris en charge les sessions de formation professionnelle de l�OPTAT (l'Office de pr�vention et de traitement de l�alcoolisme et autres toxicomanies). On initiait chaque fois un groupe d�une trentaine de m�decins, psychiatres, psychologues et infirmi�res � la communication. On s�improvisait apprenti-sorcier !
Th�o Tu �tais toujours repr�sentant � Sherbrooke ?
Guy Oui. L��t�, je fermais le bureau de Sherbrooke pour un mois. Les autres sessions avec l�OPTAT duraient 4-5 jours. J�ai appris autant sinon plus que les participants. Tu apprends � t�ouvrir sur le monde et tu apprends � organiser. Et tu fonces.
Je suis rentr� � l�ONF j�avais 22 ans. Et j�ai toujours fait �a : foncer. Je suis devenu directeur r�gional j�avais 29 ans. La moiti� du personnel que je supervisais avait l��ge de mes parents !
Th�o Te rappelles-tu de tes premi�res initiatives personnelles dans ton territoire ?
Guy �a a �t� de me brancher sur les m�dias et avec les organismes locaux. Je suis natif de Sherbrooke et comme j�avais fait du cin�ma � Sherbrooke, je connaissais beaucoup de monde, les gens des journaux, de la t�l�vision, de l�Universit�.

La grande salle de l�Universit� de Sherbrooke, c��tait la 2e Place des Arts au Qu�bec. Je faisais Cin�-Participation avec des auditoires de mille et parfois m�me 1200 personnes. Je passais � la t�l�vision r�guli�rement pour parler de l�Office.
Je me suis fait engager � la t�l�vision pour tourner et monter les nouvelles, sur film, la fin de semaine, de la visite du premier ministre Jos Clark au Festival Pop de Manseau, du gala de lutte avec Mad Dog Vachon au parc Jarry � Montr�al � la descente de canots en Mauricie. Quand Mon oncle Antoine a �t� tourn� dans la r�gion de Thetford Mines, j�y suis all� comme cam�raman pour la t�l�vision et j�ai ramen� les deux jeunes acteurs Lyne Champagne et Jacques Gagnon avec moi pour une entrevue en studio.

Th�o Comment voyais-tu le r�le du repr�sentant ? Est-ce que c��tait juste distribuer des films ?
Guy Oh non ! Dans une petite ville comme Sherbrooke, j��tais Monsieur Cin�ma. � part les g�rants de salles de cin�ma, j��tais le seul � travailler � plein temps en cin�ma. Quand quelqu�un de Montr�al voulait organiser les Sept Jours du Cin�ma � Sherbrooke, il s�adressait d�abord au repr�sentant de l�ONF. Le S�minaire de Sherbrooke voulait faire un festival de cin�ma amateur, on appelait le repr�sentant de l�ONF.
C�est comme �a que tu cr�e des contacts, qui te sont ensuite utiles pour distribuer les films de l�Office. Comme tu le sais, dans ce temps-l� en territoire, et �a n�a pas beaucoup chang�, c�est pas qu�on avait de petits budgets, on n�en avait pas de budget d�op�ration ! Moi j�ai fonctionn� pendant des ann�es avec mon compte de d�penses et un budget de timbres et parfois un 100$ venant de Montr�al. J�ai �t� pendant huit mois sans secr�taire. � Montr�al, on me disait qu�il n�y avait pas d�argent. On me payait un service de prise de message t�l�phoniques. Il fallait donc se faire des amis partout et profiter des collaborations. �a, et la renomm�e de l�ONF, nous ouvrait les portes.
Th�o Avais-tu des objectifs � court terme et � long terme ?
Guy Oui. � court terme, le probl�me que j�avais, c�est que je ne contr�lais pas ma distribution. Quand je suis entr� � l�ONF, il y a avait quatre copies de film dans le bureau : Expo 67 Avant-premi�re deux copies en fran�ais et une en anglais et une copie d�un autre film dont j�oublie le titre. C�est l�Universit� de Sherbrooke qui pr�tait nos films, d�pos�s l� par l'ONF. Ils avaient des r�glements tr�s stricts. Alors qu�ils devaient d�servir la communaut�, ils favorisaient les professeurs et limitaient l�acc�s ext�rieur. On peut les comprendre, ils faisaient �a gratuitement pour l�ONF.
Mais moi je faisais de la promotion pour nos films, j�envoyais les gens les chercher � l�Universit� et ils ne pouvaient pas les obtenir. Donc je me suis beaucoup d�men� pour qu�on rapatrie la distribution au bureau de l�ONF.
Th�o Quand les directeurs changeaient, sentais-tu une diff�rence dans les directives ?
Guy �norme. Avec Tony Vielfaure, c��tait pas compliqu�. Il te disait o� il voulait aller, il te faisait confiance. On n�avait pas beaucoup de moyens, mais tout le monde �tait trait� sur le m�me pied. Il nous demandait des rapports trimestriels. Moi j��tais d�butant, alors j�en faisais des rapports. Et il les lisait ! Quand je le rencontrais, il �tait capable de me parler de ce que j�avais fait. Tu sentais un int�r�t. Mais quand Rainville est arriv�, �a a �t� une autre histoire. �a tient beaucoup � la personnalit� du directeur.
Th�o �tais-tu libre de faire tes programmes dans ton territoire ou si les directives venaient du quartier-g�n�ral ?
Guy Les directives �taient tr�s succintes et je n�avais pas de probl�mes avec �a. Arrange-toi pour montrer les films, essaie de faire des ventes, organise ta cin�math�que.
J�ai connu la p�riode o� pendant quelques semaines on a charg� pour louer les films et on a d� rembourser ensuite sur ordre du ministre G�rard Pelletier. Puis nos changements d�attitude avec le scolaire. On disait qu�il ne fallait pas qu�une trop grande partie de nos ressources soit utilis�e par le scolaire, puis quand les statistiques de pr�t baissaient, on ouvrait la valve un peu�
Th�o Pendant que tu �tais � Sherbrooke, tu as �t� affect� au Comit� du programme. Qu�est-ce que �a t�a donn� ?
Guy J�ai bien aim� �a. J�ai �t� repr�sentant de la Distribution au Comit� du programme pendant 5 ans. Quand j��tais � Sherbrooke, pendant un an et demie j�allais � Montr�al pour chaque r�union. Au d�but, j��tais le seul repr�sentant de la Distribution, ensuite on a �t� deux. �a souvent �t� une bataille avec les r�alisateurs pour faire entendre le point de vue des utilisateurs de films.
Le sommet de ces discussions, c��tait le Lac-�-l��paule annuel. On expliquait � nos coll�gues quel genre de films les gens nous demandaient, que souvent on ne pouvait pas r�pondre � ces demandes, comment les gens avaient r�agi aux films que nous avions re�u pendant l�ann�e.
On a quelquefois r�ussi � les sensibiliser. Je me rappelle d�une ann�e, quand nous parlions de l�importance d�avoir des films qui s'int�ressent aux probl�mes des personnes �g�es. Mais l� on a eu un d�luge de films sur le sujet : les deux de Georges Dufaux et les cinq de Guy C�t�. Trop du m�me coup pour r�pondre � une demande ! On a donc r�ussi quelques fois � sensibiliser les cin�astes mais, � notre point de vue, trop peu souvent.
La programmation �a a toujours �t� que les r�alisateurs faisaient � peu pr�s ce qu�ils voulaient et �a n�a pas chang�.
Th�o Est-ce que tu vois �a d�un bon �il que les r�alisateurs aient enti�re libert� ? Est-ce que �a devrait �tre plus structur� ?
Guy Moi je suis partisan de la formule mise au point par Peter Katadotis au Programme anglais. Il divise l�argent en trois parties. Il y a des programmes d�cid�s par l��quipe de direction auxquels, je crois, 40% des budgets sont consacr�s. Il y a des programmes du studio, d�cid�s par l��quipe du studio, producteurs et r�alisateurs, qui ont leurs propres priorit�s et il reste 20% d�argent libre qui permet aux r�alisateurs de faire ce qui leur tente. Cette formule l� est � l��preuve depuis une couple d�ann�es et je crois qu�elle commence � donner des r�sultats.
On commence, en fran�ais, � parler de programmes. Le premier c�est Bio�thique mais l� nous sommes � la remorque de 8 films faits par le Programme anglais. Notre programme sera probablement de 13 films, dont cing originaux fran�ais.
Th�o Le temps o� tu �tais repr�sentant, sentais-tu une s�curit� d�emploi ou tu avais des inqui�tudes ?
Guy Je n�avais pas de probl�me de s�curit� d�emploi. J��tais c�libataire. Si �a n�avait pas �t� l�ONF �a aurait �t� autre chose. J�aurais pu travailler ailleurs en cin�ma ou retourner � l�enseignement. J�ai v�cu la purge en 70 quand ils ont mis plein de monde dehors, dont des gens avec qui je travaillais. J�ai pens� que le choix avait �t� correct, que ces gens-l� ils faisaient bien de les mettre dehors parce qu�ils ne foutaient pas grand chose !
Th�o Apr�s, as-tu d�j� pens� � partir ?
Guy Oui. Parce que l�ind�cision de la direction me pesait beaucoup.
Th�o Qu�elle a �t� ta plus grande satisfaction dans ton travail ?
Guy Le travail d��quipe. Souvent, avec peu de moyens, mais avec des gens qui avaient une �nergie consid�rable, un engagement envers l�ONF, un respect du public.
J�ai eu la chance de travailler avec des gens qui se consid�raient pr�vil�gi�s de travailler � l�Office national du film. Quand tu aimes le cin�ma, c�est une maudite bonne job ! Pr�vil�gi�s d�avoir une grande marge de man�uvre. Compar� � des coll�gues qui travaillaient en cin�ma pour le gouvernement du Qu�bec, qui ne pouvaient m�me pas se d�placer de 50 milles sans avoir la permission du sous-ministre.
On avait pas beaucoup d�argent, les d�lais �taient souvent serr�s, mais on faisait preuve d�ing�niosit�.
Et �a se fait toujours dans l�ombre. Quand �a marche bien, c�est que le film �tait bon mais quand �a ne marche pas bien, c�est souvent toi qui est bl�m�.
Th�o Ta plus grande insatisfaction ?
Guy Qu�on n�ait pas r�ussi � mieux convaincre les r�alisateurs des besoins du public.
Je me rappelle de Lacs-�-l��paule o� des cin�astes disaient : qu�est-ce qu�on est devenu � l�ONF ? On ne va m�me plus voir les films de nos coll�gues !
Il y a beaucoup de cin�astes qui ne veulent pas voir les films de leurs coll�gues. Ils ne les connaissent pas, ils ne veulent pas les voir. Leur vision, c�est : l�ONF � mon service. Les int�r�ts du public, ils n�en n�ont rien � faire. Leur int�r�t c�est : ma carri�re. Je te dis pas que c�est le cas de tout le monde. J�ai entendu des cin�astes dire qu�on devrait �tre capable de regarder nos films et d�en parler entre nous. Mais l�autocritique � la Production fran�aise, �a ne s�est jamais fait.
Rappelle-toi, � l�occasion de Festivals-maison on a parfois essay�, sous diff�rentes formes, des mani�res de commenter les films. On a eu des discussions avec les cin�astes. Rappelle-toi des enguelades entre Denis Belleville et Bernard Gosselin. Cette ann�e, au Festival-Maison, il y a une autre tentative. Dans le programme, en regard de chacun des films, on a inscrit des qualificatifs ; la qualit� du film : excellente, tr�s bonne, bonne, passable, m�diocre ; l�int�r�t : sup�rieur, tr�s grand, grand, moyen, inexistant. Chacun des participants au Festival est invit� � inscrire ses choix et les remettre. C�est un d�but.
Je reviens � la formule de Katadotis : priorit�s de la direction, priorit�s du studio et l�exp�rimentation. Je suis d�accord qu�on ne peut pas tout programmer d�avance, mais � toujours fonctionner sur l�inspiration du moment�
Th�o Peux-tu me citer des moments importants � Sherbrooke ou comme directeur au Qu�bec ?

Guy Les grands moments � Sherbrooke, �a a �t� les grandes projections au Centre culturel de l�Universit� de Sherbrooke. Perrault est venu � Sherbrooke avec Le R�gne du jour et on a eu mille personnes. Les grands films de Soci�t� Nouvelle. Des programmes comme En tant que femmes, qui, parce que c'�tait un programme et qu'on avait plusieurs films sur des sujets connexes, nous permettait d'avoir un impact plus grand.
Th�o Parle-moi des r�unions de repr�sentants, mais en tant que directeur du Qu�bec.

Guy D�une part part, quand j��tais repr�sentant, il n�y avait pas beaucoup de r�unions parce que les budgets ne le permettaient pas, mais par contre, selon les r�gles de l��poque, on pouvait faire les r�unions en dehors du bureau et parfois dans un cadre enchanteur, pendant quatre-cinq jours. On avait vraiment le temps de faire le tour des programmes et de se fixer des objectifs.
Chacun des repr�sentants faisait un rapport verbal de ses r�alisations et puis un certain nombre de propositions de programmes �taient mises sur la table. On avait voix au chapitre, on pouvait dire ce qu�on en pensait. Ensuite on adoptait les programmes. Comme directeur, j�ai maintenu cette fa�on de faire afin qu�autant que possible on aie des programmes qui collent � la r�alit�, aux habilet�s des gens de l��quipe et aux int�r�ts des collectivit�s.
La grande diff�rence entre la Production et la Distribution, c�est que nous on se percevait au service des collectivit�s. Tu ne fais pas carri�re en tant qu�agent de distribution � l�Office national du film pour en retirer une gloire personnelle.
Th�o Un temps on disait que les repr�sentants �taient tr�s unis au Qu�bec, as-tu v�cu cette p�riode-l� ?
Guy Je n�ai pas vraiment eu cette perception-l�. D�une part, on ne se rencontrait pas souvent. Heureusement qu�il y avait des programmes comme Soci�t� Nouvelle, avec des budgets de voyage, qui nous permettaient de se rencontrer autrement que lors de la r�union annuelle. Les rencontres �taient trop rares pour parler d�une v�ritable �quipe. Le moment o� on a fait le plus corps, c��tait contre un directeur dont on voulait avoir la t�te ! Mais je nous ai toujours per�us comme un groupe d�individualistes. Pour faire ce qu�on r�ussissait � en faire, seul en territoire, �a prenait des gens qui avaient le sens de l�entrepreneurship. Tu ne pouvais pas t�appuyer sur tes coll�gues, il fallait que tu te d�brouilles seul.
J�ai beaucoup plus senti la notion d��quipe au Service de mise-en-march� ou cinq, six personnes font r�guli�rement des brainstorming, travaillent vraiment ensembles. En territoire, c��tait chacun dans son coin.
Th�o Comment as-tu senti la renomm�e de l�ONF � travers ton travail ?
Guy En territoire j�ai beaucoup utilis� la renomm�e de l�ONF. Tu te pr�sentes au nom de l�ONF, �a ouvre des portes.
Th�o Est-ce que �a d�pend de la qualit� de la production ou de la qualit� de la distribution ?
Guy Le public ne per�oit pas �a la qualit� de la distribution. Tes principaux collaborateurs peuvent appr�cier ton dynamise, peuvent appr�cier que quand tu t�engages dans un projet, tu le termines. Ce qui fait la renomm�e de l�ONF, c�est la qualit� de la production. Quand les films sont bons, l�image de l�ONF est positive. Et quand les gens te parlent des documentaires plates, l�image est moins bonne.
Th�o Tu n�as jamais trouv� �trange comme employ� du f�d�ral de devoir travailler avec le scolaire, qui est provincial ?
Guy Jamais. Je suis un payeur de taxes et je paye aux deux endroits et je consid�re que j�ai droit � des services provenant des deux gouvernements. Mais le cin�ma et l�audio-visuel ce n��tait pas tr�s bien organis� au niveau provincial. Il y avait des organismes en place, mais ils changeaient d�id�e continuellement. Ils �taient mal per�us par le milieu de l��ducation pour leur ind�cision, leur peu de moyens. Les professeurs, quand ils voulaient avoir un avis �clair�, ils revenaient toujours � l�ONF. Quand l�Office convoquait les professeurs, ils venaient. Ils savaient que �a allait �tre du s�rieux, que si on promettait quelque chose, on allait livrer la marchandise.
Th�o Comment as-tu v�cu le c�t� administratif de l�ONF ?
Guy L�administration de l�ONF, je l�ai toujours per�ue un peu trop l�che. Sa grande lacune, c�est l��valuation. On mettait plein d�affaires en marche et il n�y avait jamais d��valuation s�rieuse. On ne demandait pas de comptes. �a m�a toujours �tonn�. Et �a vient de haut. Comme patron, tu as tendance � �tre aussi exigeant envers ton personnel qu�on l�est vis-�-vis toi. Moi, �a fait 12 ans que je supervise du personnel, entre 12 et 50 personnes, je n�ai eu qu'une seule �valuation �crite. � la fin de l�ann�e, que tu arrives pile dans ton budget ou que tu d�fonces, il n�y a jamais de cons�quences. Il n�y a jamais de cons�quence � rien. Ce n�est que ta conscience proffessionnelle qui te guide.
� la r�gion du Qu�bec, je dirigeais 50 personnes. � la fin de l�ann�e, on faisait un bilan, pour notre satisfaction personnelle. Mais mes patrons ne me le demandaient pas. Et ils ne me disaient pas ton budget de l�an prochain va d�pendre de comment tu as r�alis� tes objectifs. On est tr�s bons pour faire des planifications de cinq ans, auxquelles on donne les noms les plus fantaisistes, mais on n��value jamais d�une fa�on s�rieuse.
Th�o Penses-tu que �a va finir par se corriger ?
Guy Il va falloir, parce que le gouvernement vient de l�imposer. � l�ONF, � partir du moment que tu as obtenu ta permanence, il n�y a jamais de cons�quence � ton travail. � moins que tu sois vraiment pourri.
Il y en a qui ont les f�licitations faciles. Ils ne lisent m�me pas ton rapport. Ils ont saisi deux, trois mots et te f�licitent pour une chose faite par un autre. Quand tu t�aper�ois que ce que tu fais �a n�importe pas � la direction, c�est ailleurs que tu dois trouver tes satisfactions dans le travail.
Th�o Est-ce que dans la Distribution il y a des trucs du m�tier ?
Guy Oui. La distribution c�est un m�tier. Il y a des gens qui s�imaginent que n�importe qui peut s�improviser dans ce domaine. Il y a des r�gles que tu d�couvres. Il faut �tre habile � transiger avec les gens. Comme on avait peu de moyens, il fallait d�velopper l�art de la n�gociation. Ce n�est pas donn� � tout le monde. Il y a aussi des �l�ments techniques � ma�triser. Quand tu fais un contrat, il y a des �l�ments fondamentaux qui doivent s�y retrouver. Quand tu organises une conf�rence de presse, il y a des r�gles � suivre. Quand tu contactes les journaux, la t�l�vision, il y a une mani�re de faire. Nous, personne ne nous l�a appris, on l�a d�couvert sur le tas.
Th�o Tu penses pas que c�est dangeureux de prendre des initiatives sans avoir l�approbation des directeurs ?
Guy Tu devais deviner jusqu�o� tu pouvais te permettre d�aller de ta propre autorit� et t�en r�f�rer � un superviseur dans les autres cas.
Tu utilises constamment une vingtaine de politiques complexes dont tu dois conna�tre les nuances. C�est un m�tier qui s�apprend, certains sont plus habiles que d�autres.
Constamment il y a des r�alisateurs ou producteurs qui s�improvisent distributeurs parce qu�ils pensent que c�est facile. Comme les relations publiques. J�ai une belle personnalit�, je suis capable de faire �a !
Th�o Penses-tu que le service du personnel est conscient de �a ?
Guy (Rire) Non. C�est comme les plans de carri�re. On a souvent entendu parler de �a � l�ONF. En as-tu d�j� vu un v�ritable plan de carri�re ? Quelqu�un � qui on faisait passer telle �tape puis telle �tape et dont on �valuait la progression ?
Plusieurs entreprises affirment que leur ressource la plus importante c�est leur personnel. Je pense qu�� l�ONF on fait attention � la s�lection, mais il y a une lacune �norme dans la formation. L��valuation, on en a parl�, il y en a presque pas. Finalement, tu comptes beaucoup sur l�esprit d�initiative.
Dans l�entreprise priv�e il y a un but, c�est le profit. Tu te dis : si mes employ�s sont bien motiv�s, ils vont avoir un meilleur rendement. Et au bout de la ligne, je vais faire plus d�argent. � l�ONF, que les films soient bons ou non, c�est pas vraiment important pour le gouvernement. Si une ann�e on avait dix excellents films et que l�ann�e suivante on recevait 3 millions de plus, en nous indiquant que notre production a �t� excellente et qu�il faut continuer... Mais c�est pas important. Il n�y a pas ce type de motivation pour optimiser les ressources.
Th�o Crois-tu que l�avenir de l�ONF va �tre meilleur ?
Guy J�ai trop eu de promesses dans le pass� pour croire na�vement que l�avenir va �tre meilleur si on ne fait pas d��valuation et qu�on ne se donne pas de vrais programmes.
Tous les minist�res sont cens�s faire �a. L�ONF est arriv� � s�y soustraire pendant un certain nombre d�ann�es, mais ce n�est plus possible. Vaut mieux prendre les devants et trouver nos propres formules d��valuation plut�t que de se faire imposer celles con�ues pour des minist�res dont les op�rations ne sont nullement compatibles aux n�tres.