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Alain87
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récit de vie
 COMPRENDRE LES DIFFÉRENCES

A

u nom de Patricia,  en écho au témoignage de Chrystelle(1), son portrait – extraits d'un interview écrit par Delphine Siegrist, journaliste à l'APF (Association des Paralysés de France) :
     Patricia a été longtemps en quête de son identité.
     Née homme, elle change de sexe parce qu'il correspond à son être profond.
Cette Suissesse, employée de 38 ans, est devenue elle-même voici presque 5 ans.
Une transformation  qui n’est pas une toquade mais l'aboutissement d'une longue maturation.
      « Je me suis toujours sentie  femme, nous explique t-elle : d'aussi loin que je me souvienne : enfant, je ne jouais qu'avec les filles, ma  place était au milieu d’elles, je les comprenais, je les défendais, j’étais la risée des garçons. »    
L'envie est si forte que Patricia, en cachette, se costume avec les affaires de sa mère.
    "Dès que je rentrais du collège, je m’habillais en secret. Il m'arrivait parfois de partir en classe avec des dessous féminins cachés sous mes vêtements de garçon. Parfois, ma mère s'en rendait compte et m'engueulait. »
     Puis il y a eu l'accident tout bête : une douloureuse chute de vélo.
     « Elle m'a en fait sauvée la vie. »
     On diagnostique un ostéosarcome (cancer des os). L'hospitalisation est longue, les traitements de chimio douloureux. On lui administre des hormones mâles pour remonter son taux anormalement bas.
     « Pendant deux ans, ma personnalité a été mise de côté car la douleur venait au premier plan. Je ne pouvais penser à rien d’autre. »
     Finalement, on lui ampute le bras.
     Les douleurs s'effacent et Patricia réapprend les gestes quotidiens.
     « J'ai ressenti de nouveau le besoin d’être femme mais, dans l'univers hospitalier, je devais le cacher : je craignais trop qu'en plus on m'envoie en hôpital psychiatrique. »
A 17 ans, elle part dans un centre pour personnes handicapées suivre une formation de dessinateur industriel.
A 19 ans, elle décroche son premier emploi. Elle se sent libre et choisit de vivre seule. Elle vit une double vie : le jour, homme, le soir, femme. Cachée dans la pénombre, elle s'autorise des sorties en portant des vêtements qu’elle affectionne. Une voisine vient troubler ses habitudes.
     « Elle s’était douté de quelque chose et s'était promis de me sortir de là. Nous nous sommes mariées. Je voulais me persuader que j'étais un homme et me prouver que je pouvais me comporter comme tel. »
(1) l'article en référence est paru dans le numéro 7, page 18. [VOIR]
SUITE




     Le mariage est un fiasco.
     « C'est après notre rupture que j'ai été voir un psychiatre et entamé une psychothérapie pour comprendre quelle était ma véritable identité. »
     La thérapie confirme son besoin profond d'être femme et,  soutenue par le corps médical, elle décide d’entamer le processus de changement de sexe : pendant presqu'un an, elle prend des hormones. Son corps se transforme, sa poitrine pousse.
     « Je sentais en moi tous ces changements: j'étais plus sensible, me mettais à pleurer facilement, je m'habituais doucement à perdre mes sensations masculines. Heureusement, j'étais suivie et je pouvais parler de mes douleurs et de mes angoisses... Et puis je ne devais plus me cacher de  cette féminité que je chérissais tant. »
     Ses parents, ses amis, ses collègues l'accueillent mais elle doit encore essuyer des regards lourds, des insultes : sa directrice d'alors refuse de la laisser réintégrer son travail tant qu'officiellement elle n'est pas femme. Elle traverse ces épreuves décidée à se battre jusqu'au bout.
     « Être ce à quoi j'aspirais était  une question de vie ou de mort. »
     À 33 ans, le rêve s'accomplit.
« Je suis enfin moi ! » sont les premiers mots que j'ai prononcés après l'opération. J'étais vraiment bien.
     Patricia change son état civil : sur son acte de naissance figure désormais la mention « née sexe féminin »
(en Suisse, l'acte de naissance est aussi changé)
     La transformation s'est faite sans heurt.
     « Je ne me suis jamais sentie déprimée. Mon entourage m'accepte telle que je suis. On me trouve même courageuse. Finalement, je n'ai pas l'impression que mon parcours a été si difficile  ! »
     Aujourd’hui, elle a réintégré son poste de travail.
     « J’ai une stabilité professionnelle. Je me sens épanouie et à l’aise avec mon histoire. » Bénévolement, elle aide ceux qui comme elle dans son  passé, doutent. Elle a créé un site sur lequel figurent des informations précises :
[actuellement fermé] www.dysphorie.ch
     « Ce site a un succès auquel je ne m'attendais pas car les demandes affluent de pays autres que la Suisse pour lequel je l’avais conçu ! »
     Patricia aimerait  y publier avec son accord le témoignage de Chrystelle et espère que beaucoup d'autres encore s'y ajouteront dans l'espoir de faire tomber les tabous et mieux vivre les différences.
Claire LEFIN, pour le Cœur de Marguerite

La Batte




LIRE l'article en référence, paru dans le numéro 7, page 18.



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