Auteurs : Cygny, Kashiira, Rose, Soal
Titre : Odin’s Laws
Genre : Post anime, dark, angst, +/- AU
Disclaimers : Les persos ne sont pas à nous, nous les empruntons juste pour le fun ! Pas pour nous faire des sous ! ^^ ;
Couples : il n’y en n’a pas encore, pour le moment.
Source : Saint Seya
Site de la fic : http://www.geocities.com/odinslaws
Résumé : Les guerriers divins se réveillent après leur combat contre les chevaliers de bronze mais… Ils ne sont plus à Asgard. Ni dans aucun endroit connu. Ils vont devoir s'adapter et découvrir ce nouveau monde… Avec toutefois un handicap: s'ils ont toujours leur Cosmos, désormais, il leur est impossible de s'en servir comme ils en avaient l'habitude… Il va leur falloir trouver une alternative.
Odin’s Laws
I
Ce fut la douleur qui le réveilla.
Une douleur diffuse émanant de son corps entier.
Il grogna, tentant de replonger dans une bienveillante inconscience, mais son corps – ce traître ! – en décida autrement, lui envoyant mille petites informations dérangeantes.
Sa tête pulsait douloureusement, il était couvert d’innombrables coupures mais le point qui lui délivrait le plus de souffrance était son côté droit.
Il se figea brièvement, revoyant de longues mèches noires voler follement au milieu d'un cosmos fulgurant.
Le dragon !
Le petit salaud avait osé le battre sur son propre terrain !
Mais sa fureur ne se dirigea pas entièrement sur le coupable, la plus grande partie était pour lui-même.
Mais quel idiot !
Il l'avait sous-estimé, sûr de sa supériorité…
Après tout, vaincre les trois précédents avait été un jeu d'enfant et, orgueilleux – il avait au moins la qualité de reconnaître en lui-même ce que ses compagnons considéraient comme des défauts – il n'avait pas vu à temps la valeur du quatrième.
Sa première erreur.
Et sa dernière : le bronzillon avait pris le dessus sans qu'il ne réussisse à vraiment réagir.
Le jeune homme émit un nouveau grognement étouffé.
Ses membres paraissaient peser des tonnes, pas moyen de les bouger… mais au moins, ils restaient sensibles…
Pas de paralysie, c'était toujours ça ; en échange, il pouvait les sentir pulser et la douleur irradier la multitude de petites blessures qui les couvraient.
Pourtant, il ne se rappelait pas avoir reçu la moitié de celles-ci pendant le combat…
Avec un soupir, il ouvrit son esprit, son cosmos l'entourant bien présent mais… changé.
Renonçant pour l'instant à élucider cette bizarrerie, Alberich se concentra sur son environnement.
Il était allongé sur le ventre, le visage plongé dans des feuille morte…
Une pierre lui rentrait dans l'épaule…
Quelque chose manquait…
Il lui fallut un bon moment avant de se rendre compte qu'il ne sentait plus ses Death fingers.
Même s'ils avaient été détruit par les chevaliers de bronze, par sa mort…
Sa mort…
Le jeune homme s'interdit de frissonner.
Le dragon avait porté un coup mortel, il en avait bien conscience et la douleur irradiait des points vitaux touchés…
Avec des blessures pareilles, il aurait dû mourir sur le coup, alors…
Pourquoi…
Pourquoi était-il douloureusement bien vivant ?
Et pourquoi ne sentait-il plus ses tueurs d'améthyste ?
Il devrait au moins repérer les résidus de pouvoir qui indiqueraient leur présence posthume.
Une brise glacée le frappa et il ravala son air.
Froid !
Même pour l'Asgard, il faisait… froid !
Son cosmos le protégeait mais s'il continuait à rester immobile, il mourrait bientôt, se rendit-il compte.
Se forçant à ouvrir les yeux, il leva un bras et le porta lentement devant lui.
Ses doigts tremblaient, réalisa-t-il sombrement.
Les dents serrées, il se redressa avec plus ou moins de succès, vacillant et des étoiles dansant devant ses yeux.
Au moins, il n'avait rien de cassé.
Il se trouvait dans une petite dépression semblant rien moins que naturelle. On eut dit que la terre s'était affaissée sous lui.
Levant la tête – et perdant l'équilibre par la même occasion – le jeune homme constata que les branches au dessus de lui étaient ou brisées, ou complètement effeuillées.
Assis au centre du trou, Alberich sentit un filet de sueur froide couler le long de sa tempe, glacé immédiatement par un coup de vent intempestif.
Ses cheveux rosés volant autour de lui, il ferma les yeux, combattant la panique qui l'envahissait.
Un détail, cependant contrecarra sa peur grandissante.
Un détail ridicule, saugrenu mais…
Levant à nouveau la tête, il fixa avec incrédulité la mousse bleue poussant sur les arbres et leurs feuilles de la même couleur.
Zen !
Surtout, ne pas paniquer !
Il devait y avoir une explication tout à fait logique…
Il ne savait pas trop où trouver cette dite logique dans sa situation mais il était réputé pour son intelligence…
Ce serait bien le diable, s'il ne surmontait pas cette épreuve !
Plissant ses yeux couleur de jade passé, il se releva, satisfait de découvrir qu'il ne vacillait plus (de trop).
Tout avait commencé, avec les Nibelungen et Poséidon…
" Réfléchis, Albérich ! "
Athéna était venue interposer sa généreuse divinité entre le plan du Dieu ( et de sa marionnette) et l'humanité.
Elle avait envoyé ses chevaliers de bronze contre les guerriers divins, qu'ils avaient joyeusement éliminés un à un avant d’arriver face à lui…
Là, c'était le contraire qui s'était produit, il les avait battus facilement… jusqu'à ce maudit dragon…
" Concentre-toi, Megrez ! "
La suite restait dans le noir le plus total.
Il n'avait toujours pas la moindre idée de ce qu'il faisait là mais au moins la panique était passée.
Il était vivant, c'était ce qui comptait…
A pas hésitant, il entreprit de sortir de la dépression, ses jambes tremblant sous l'effort.
A présent, il s'agissait de trouver les habitants de cet endroit… et découvrir quelle serait leur attitude face à lui…
***
La neige… La neige.
Il ne parvint d'abord pas à formuler cette impression. Il avait perdu l'habitude de penser avec des mots.
C'était tellement plus facile de penser avec ses sens.
Il sentait la neige, donc.
Contre sa joue.
Comment cela s'appelait-il ?
Cette couche blanche et froide.
Il remua légèrement la tête, à peine conscient de son mouvement, frottant un peu plus son visage contre le sol.
Oui.
Il savait : c'était la neige.
La neige d'Asgard.
Il sentait une douleur quelque part dans son corps, il savait confusément qu'il devait être blessé, mais il ne pouvait se focaliser que sur cette constatation pour l'instant.
Il était étendu sur la neige d'Asgard.
Ce simple point de repère lui redonna confiance en lui. Il était chez lui ; il n'avait peur de rien. Il n'avait pas peur de découvrir qu'il était blessé, peut-être mourant.
Confiance.
Ouvrir les yeux.
" Allons, il faut que j'ouvre les yeux, " se dit Fenrir.
Mais il semblait qu'ils étaient collés.
Collés ?
Fenrir eut un moment de panique.
" Non, " se raisonna-t-il, " ce n'est que le gel. "
Il finit par soulever les paupières, s'attendant à être agressé par l'éclat du jour, mais rien ne vint frapper ses pupilles endolories.
Il ouvrit tout à fait les yeux, surpris de se retrouver à nouveau dans l'obscurité.
" Non, " corrigea-t-il, " ce n'est pas la nuit, mais… "
Il leva la tête. Une vive douleur lui traversa le cou. Il grogna.
Maudit dragon !
Son cœur dérapa lorsqu'il vit ce qu'il y a avait au-dessus de lui : des arbres.
Des arbres ?
Où était la montagne ?
Où était…
Fenrir se glaça un peu plus lorsqu'il posa la main par terre.
Ce qu'il avait pris pour de la neige n'était rien d'autre que de la mousse.
Bleue.
Son cerveau commençait à lui envoyer des signaux de panique.
Danger.
Regarder autour de soi.
Vite.
Des arbres, encore des arbres.
Et de la mousse.
" La forêt d'Alberich, " se dit-il à toute vitesse. " Je suis dans la forêt de… "
Neige.
Il y avait de la neige dans la forêt d'Alberich.
Fenrir se recroquevilla sur lui-même.
Il n'était pas à Asgard.
Ou du moins, pas dans un endroit connu d 'Asgard.
Non, impossible : il avait parcouru Asgard en long et en large pendant toute sa vie.
Il était peut-être le seul être humain à connaître le pays dans ses moindres crevasses, ses moindres ruines. Et cet endroit-ci ne lui rappelait rien. Cela ne ressemblait à rien de connu.
Bon.
Il fallait marcher.
Sortir de cette forêt et marcher.
Fenrir commença à se lever, lentement.
" Haa ! " cria-t-il en retombant sur le sol.
Une douleur terrible lui dévorait la cheville gauche. Un étrange écho lui renvoya son cri déformé. Il examina sa cheville, la palpa et frémit. Il s'était cassé quelque chose, c'était sûr.
Mais comment ?
Il y avait eu cette énorme avalanche.
Le chevalier, l'autre, en face de lui…
Il secoua la tête violemment.
Tout cela soulevait trop de questions.
Comment avait-il pu atterrir ici après avoir été englouti par l'avalanche ?
Quelqu'un l'aurait-il dégagé puis amené ici ?
Il grinça des dents, détestant par avance cet homme ou cette femme.
Personne n'avait le droit de faire ça.
S'il rencontrait cette personne, il la tuerait.
Emporté par un accès de fureur contre… il ne savait pas trop contre qui ni quoi, il se leva brusquement et essaya de faire quelques pas.
La douleur l'envahit et un éclair passa devant ses yeux.
Juste avant de perdre conscience, il crut percevoir au loin – mais peut-être pas si loin que ça – une voix qui criait, un appel.
Le propriétaire de la voix se força à avancer. Il devait atteindre Fenrir… l'appeler, le secouer pour qu'il ne reste pas endormi dans ce paysage de cauchemar.
Pourtant avancer faisait mal… il aurait été si simple de se laisser tomber au sol, de se laisser engourdir par l'atmosphère glaciale qui lui coupait la peau.
Siegfried traîna la jambe… une jambe raide comme le bois dont les os – du moins avait-il cette impression – grinçaient à chaque pas. Ses épaules, son cou lui faisaient mal, ses bras étaient étrangement cotonneux.
" Fenrir ! "
Le guerrier bascula à terre près de son compagnon, le secouant comme il pouvait.
" Debout ! "
Plus tard, il se poserait des questions.
Il se demanderait où il avait atterri et pourquoi.
N'était il pas d'ailleurs censé être mort tout comme le loup ?
Mais pour le moment, Siegfried ne pensait qu'a une seule chose : survivre.
Fenrir avait vaguement conscience que quelqu'un le touchait, mais ce n'était pas ça qui l'avait tiré de sa semi-inconscience, plutôt cette douleur à la cheville qui appartenait bien à la réalité. Le jeune homme avait espéré que tout aurait disparu quand il rouvrirait les yeux : la douleur, les arbres bizarres et la mousse bleue.
Eh bien, non, il allait falloir faire avec.
Et avec cette présence qui le secouait et maintenant appelait son nom.
Cette voix l'électrisa et il fit un bond de côté – enfin, un bond plutôt raté, Fenrir ayant de nouveau oublié sa douleur à la cheville.
Il grimaça, mais se figea lorsqu'il leva les yeux sur l'autre.
Siegfried.
Siegfried qui le regardait, l'ai plutôt mal en point. Sûr qu'il n'y avait pas qu'une entorse qui le faisait souffrir, lui.
Fenrir sentit un formidable sentiment de soulagement l'envahir, sentiment qu'il repoussa rageusement, le remplaçant sagement par une méfiance bien normale.
C'était normal, n'est-ce pas, d'être méfiant ?
Il s'éclaircit la gorge, et prononça quelques mots d'une voix râpeuse, plus habituée aux grognements qu'aux paroles.
" Siegfried… Où est-ce qu'on est ? "
Il espérait de tout son cœur que Siegfried n'entendrait pas le tremblement de sa voix.
Si celui l'entendit, il n'en montra rien.
" Je l'ignore. Et ce n'est pas l'important pour l'instant. Lève-toi. Il faut trouver un abri avant d'être pétrifié par ce froid. "
Fenrir n'était pas en état de discuter. Il se sentait trop désorienté, et l'autorité tranquille de Siegfried lui permettait d'agir sans trop réfléchir à tout ça.
Il se leva avec difficulté, préférant taire sa blessure à Siegfried : de toute façon, il avait raison ; entorse ou pas, il faisait atrocement froid et…
Il se figea soudain.
" Tu as entendu ? On a crié par là ! " dit-il brusquement.
Son compagnon hocha la tête, le visage tendu. L'instinct de survie élémentaire commandait de ne pas se préoccuper de ça et de se concentrer sur leur propre problème. De plus, ils n'étaient pas en état, ni lui, ni le loup, d'aider qui que ce soit.
Néanmoins… ils allaient y aller.
Parce que c'était peut être leurs camarades qui se trouvaient là-bas, et que de toutes les façons un guerrier divin se devait d'apporter de l'aide, si humble soit elle. Sa réflexion ne dura qu'une seconde.
" Allons y, " dit-il.
Serrant les dents, il se redressa et amorça une avancée pénible vers le lieu d'où semblait venir le cri.
Fenrir suivit son compagnon en clopinant. Ce n'était pas qu'il l'approuvait: le cri l'avait plutôt alarmé, et s'il avait été seul, il aurait certainement rebroussé chemin pour s'éloigner le plus possible de cette éventuelle présence humaine.
Mais bon… il avait horreur de l'admettre, mais il n'était pas question de se débrouiller seul ici, et dans son état.
Ils approchaient de la source du cri, et à présent Fenrir pouvait voir deux formes humaines l'une assise et l'autre debout… toutes deux familières.
Il jeta un coup d’œil interrogateur à Siegfried.
***
Il se tournait dans son sommeil, agrippant son frère qui était couché à côté de lui. A moitié réveillé, il se souvint de ce qui c'était passé avant qu'il ne s'endorme.
Il s'était battu contre les frères chevaliers d'Athéna, mais surtout, il avait retrouvé son frère et s'était rendu compte que le sentiment qu'il avait éprouvé toutes ces années, n'était pas de la haine, mais de la tristesse de ne pas être à ses côtés.
Mais désormais, les choses allaient changer; ils allaient passer le reste de leur vie ensemble.
Il ouvrit les yeux, pour regarder l'homme couché près de lui, mais un vent glacial lui les fit refermer aussitôt.
Que se passait-il ?
Il ne se souvenait pas qu'Asgard était si froid.
C'était sans doute dû à son état de faiblesse.
Il devait se ressaisir, veiller sur son frère…
Il se redressa, et tenta de rouvrir les yeux. Il fut choqué de constater que Syd n'était pas là, comme il l'avait cru.
Le moment après, il était en train de regarder autour de lui, stupéfait de ce qu'il voyait. Sûrement ce devait être un rêve, ou pire, un cauchemar.
Il était au milieu d'une forêt… normal en Asgard… mais… depuis quand les arbres, les mousses, les champignons, étaient-ils bleus ?
Il se frotta les yeux, puis se pinça le bras, mais la scène ne changea pas. Il voulut faire un pas en avant, mais retomba aussitôt, tenant sa jambe entre ses deux mains.
Merde !
Ca faisait mal !
Il allait avoir des difficultés à marcher. Pourtant, il devait avancer, il ne pouvait pas rester ici… Il lui fallait trouver son frère.
Le choc de voir les environs en bleu avait repoussé son inquiétude fraternelle mais à présent il se rendait compte de l'absence de Syd.
Où qu'il soit, il devait le retrouver. Il se mit debout, et commença à marcher, lentement… douloureusement… mais prêt à franchir n'importe quel obstacle pour retrouver celui qu'il aimait plus que tout.
***
Alberich, quant à lui, commençait à se demander si une divinité ne lui gardait pas rancune d'une broutille commise par le passé.
Il avait trébuché et dévalé un talus avant qu'un arbre ne le stoppe brutalement – surtout douloureusement – et, après s'être (très) lentement relevé, ne se retrouvait-il pas en face d'une pente particulièrement raide ?
En meilleure forme, il aurait haussé les épaules et sauté d'arbres en arbres, rejoignant le cours d'eau qu'il espérait trouver au fond de la vallée et le suivre jusqu'au premier village mais… Il se sentait aussi valide qu'un grand-père arthritique et la descente lui paraissait plus que douteuse.
Pourtant… il pouvait apercevoir un embryon de chemin plus bas et une silhouette familière s'y mouvoir lentement.
Soupirant, il prit appui sur un arbre avant de tenter la descente.
Descente qui se transforma bientôt en glissade.
Lançant une main en avant, il se retint à une branche avant de perdre l'équilibre et de se retrouver assis, un bras passé autour d'un tronc.
Plus bas, l'autre ne semblait pas l'avoir entendu, concentré sur sa marche douloureuse.
Alberich pesa un moment le pour et le contre et, décidant qu'il aurait à descendre de là par ses propres moyens, tenta de se relever malgré la douleur qui irradiait son corps meurtri.
Un crac retentissant dans les branchages lui fit lever les yeux et il se redressa d'instinct.
" BUD ! Attention ! " hurla-t-il, espérant que son compagnon d’infortune ait le réflexe d'éviter la branche.
Bud se tourna quand il entendit crier son nom, juste à temps pour lever son bras afin de se protéger de la branche qui lui tombait dessus. L'impact fut si fort qu'il tomba par terre, la branche creusant le sol à côté de lui.
Il serra son bras contre lui, du sang coulant entre ses doigts.
Heureusement qu'il avait été avertit, sinon…
Mais qui ?
Il leva la tête, et vit Alberich au-dessus de lui, descendant la pente lentement. Apparemment, lui aussi était blessé et souffrait… Bud se fit un bandage temporaire puis, s’avança à la rencontre de son compagnon restant sur le chemin.
Fronçant les sourcils, Alberich se concentra sur ce talus ascendant falaise, son côté lui sciant la respiration. Soudain, une pierre roula sous ses pieds lui faisant perdre l'équilibre et il dévala l'escarpement, ne s'arrêtant que lorsqu'un arbre lui coupa la route.
Il retomba à terre, le souffle coupé et un liquide poisseux imprégnant peu à peu sa tunique.
" Ow… " marmonna-t-il les yeux fermés. " J'ai connu atterrissage plus gracieux, " ajouta-t-il avant de lever son regard émeraude vers Bud avec une certaine appréhension, illisible sur son visage à l'expression soigneusement neutre.
Après tout, le jeune homme et le reste des guerriers divins avaient de quoi lui en vouloir…
Malgré tout, il ne pouvait que se féliciter de la présence du tigre…
Enfin… il s’en féliciterait, dès qu'il aurait regagné sa confiance.
Bud avait toujours été un allié précieux, partageant ses plans… mais il devait être conscient qu'il l'avait quelque peu manipulé dans sa haine contre son frère – amusant jouet – le poussant dans la direction qui lui bénéficiait…
Il était le seul avec Siegfried – mais Siegfried était bien trop droit et attaché à leur prêtresse pour être vraiment dangereux – à avoir été conscient de son ambition et de sa tendance à jouer les marionnettistes…
Peut-être aurait-il dû laisser la branche fracasser la jolie tête du petit chat, finalement.
Bud attendait silencieusement Alberich, qui était tombé, en sachant qu'il ne lèverait pas un doigt pour le rattraper s’il tombait encore.
Il ne savait que penser de la présence du roux.
Etait-ce l’un de ses nouveaux jeux ?
Non…
Il était salement blessé…
Même lui n’irait pas jusque là pour manipuler les gens…
Il était conscient maintenant – après avoir retrouvé son frère, et avoir entendu sa version de l'histoire – qu’Alberich l'avait manipulé depuis des années. Il connaissait les plans que ce dernier caressait pour Asgard, mais la haine envers son frère l'avait aveuglé, ou plutôt, cette haine était la seule chose qui comptait à cette époque.
Mais désormais la situation était tout à fait différente.
Tant qu'il ne savait pas où ils étaient, ni pourquoi, il ferait mieux de garder un œil sur Alberich.
Une fois le jeune homme assez près pour lui parler d'une manière normale, Bud lui adressa la parole.
" Au fait, merci de l'avertissement. "
Le roux lui dédia un sourire un peu jaune.
" Mais de rien, Bud… Merci pour le coup de main, " répliqua-t-il en se laissant tomber sur un rocher.
Les sarcasmes n’étaient pas tout à fait l’idéal pour mettre Bud de son côté mais sur l’instant, il était bien trop meurtri et fatigué pour se soucier de l’ego de son compagnon.
" Alors, dis-moi… Que s’est-il passé… Je pense être tombé avant toi… Une idée sur la cause de notre présence… ici ? " demanda-t-il d’une voix relativement désinvolte.
Tombé avant, certes, mais il avait défait trois chevaliers à la suite l’un de l’autre avant d’être vaincu, lui !
Bud s'assit à côté de lui, il était trop fatigué et il avait trop mal pour commencer à discuter sur de vieilles histoires pour le moment.
" Je n'en sais rien à vrai dire, la dernière chose dont je me souviens avant de venir ici, c'est que j'étais avec mon frère. "
Il n'avait pas envie de parler des circonstances dans lesquelles ils se trouvaient à ce moment, ça ne regardait pas son compagnon.
" Et puis quand je me suis réveillé, j'étais ici, et sans mon frère. "
Il regarda autour de lui, et crut voir des formes "au loin.
" Hm, Je crois que nous ne sommes plus seuls, là. "
Alberich sentit que ce n'était pas le moment d'insister sur le sort de Syd mais aux traits crispés de Bud, il devina que les retrouvailles fraternelles n'avaient guère été un joli conte de fée.
Il se fendit de ce sourire cruel que l'exclu connaissait bien.
" Je vois, " se contenta-t-il de dire.
Ces quelques mots anodins n'étaient faits que de poison.
Un doux et insidieux poison…
Il verrait bien quel effet cela produirait sur son compagnon.
Evidemment, il y avait la possibilité que ce dernier lui saute dessus et pas dans de tendres intentions mais, d'un autre côté, s'il était aussi fatigué que lui, il y avait peu de chances que ça se produise.
" Eh bien, laissons-les venir à nous, " ajouta-t-il nonchalamment. " Je ne vais pas me fatiguer inutilement… "
Traînant la jambe, mais droit comme un i, Siefried s'approcha des deux silhouettes qui se précisèrent.
Bud et… Albérich !
Lui…
Pourquoi de tous les guerriers fallait il qu'il tombe sur lui ?
Ce traître…
La rage lui broyant l'estomac, le guerrier dut se rappeler qu'il lui fallait économiser au maximum les quelques forces qu'il lui restait pour ne pas achever le roux.
" Bud… suis nous. "
La première chose qui passa par la tête de Bud fut de refuser, après tout, il n'avait pas été accepté parmi les guerriers divins avant, pourquoi serait-ce différent maintenant ?
Mais un coup d'œil à côté, lui fit changer d'avis.
Et après tout, il ne pouvait pas rester ici s'il voulait retrouver son frère.
" Où allons-nous ? " demanda-t-il en se levant.
Le châtain ne le savait pas lui même.
Fenrir vit nettement les traits de Siegfried se durcir à la vue des deux guerriers.
Plutôt à la vue d'Alberich, corrigea-t-il. Il ne prêtait jamais attention aux ragots et aux petits tracas de ses collègues, mais l'animosité de Siegfried envers Alberich n'était pas franchement secrète.
Fenrir n'avait jamais compris pourquoi- il n'avait jamais cherché à comprendre, d'ailleurs. Cependant, même volontairement à l'écart des états d'âme de ses compagnons, il avait toujours ressenti quelque chose de bizarre dans leur relation.
Quelque chose qui était plus qu'un simple sentiment de haine.
Autre chose vint s'ajouter à son esprit un peu embrumé : Siegfried avait appelé Syd d'un autre nom que le sien. Il ne comprenait pas, mais ça n'avait pas d'importance. Syd ou un autre…
Pour l'instant, l'inquiétude de Fenrir grandissait malgré les retrouvailles avec leurs compagnons, et laissant ces considérations pour l'instant, il s'adressa à Bud et Alberich.
" De puis combien de temps vous êtes là ? Qu'est-ce que vous avez vu ? "
" Quel accueil charmant, Siegfried ! Pour tout dire, moi aussi je suis ravi de te voir, " intervint Alberich, un sourire insidieux s'étirant sur son beau visage. " Je suis même rassuré de ta présence… Dis-moi… Lequel des bronzillons a-t-il trouvé le chemin de ton cœur, ô invincible leader ? "
Il ne s'abaisserait pas à mendier sa place dans le groupe – oh non ! il avait eu droit à assez d'humiliations comme ça – mais le blond devait savoir à quoi il s'exposait en le laissant derrière…
Après tout un traître restait un traître, c'était bien connu et le valeureux guerrier au nom légendaire était chevaleresque, certes, mais pas stupide au point de le laisser se balader dans la nature avec le secret de sa faiblesse.
Evidemment, il y avait le risque qu'il ne décide de l'éliminer mais il était aussi affaibli que lui-même, il ne lui ferait pas grand mal, et Siegfried n'attaquerait pas un homme désarmé et blessé de surcroît !
Ses doigts pressèrent imperceptiblement sa blessure causant une nouvelle hémorragie qui tacha ses doigts de rouge.
On est jamais trop prudent.
Tournant la tête vers Fenrir, son sourire se fit plus sincère, il aimait bien le petit loup…
Simple dans sa sauvagerie, à des mille de toutes les hypocrisies et tromperies humaine…
Il était rafraîchissant…
" Bonjour, Fenrir… Décidément, nous avons tous joué de malchance… "
Bien sûr, il avait convoité son opale, comme celles des autres guerriers divins mais… il était le seul devant lequel il n'avait pas arrêté de plan…
Le seul qu'il ne se décidait pas à éliminer…
" Pas grand chose à part des arbres et de la mousse bleue, " répondit-il finalement en croisant élégamment ses jambes.
Fenrir eut un geste d'énervement.
Ah non !
Tout ce dont était fait son monde et ses certitudes était en train de s'effondrer depuis quelques minutes.
D'abord, Asgard avait disparu.
Ensuite, Syd ne s'appelait plus Syd.
Et pour finir, Alberich ne savait rien.
Alberich savait toujours tout !
Avec Siegfried, il était un des rares guerriers à l'impressionner.
Et voilà qu'il ne pouvait pas apporter de réponse à ses interrogations maladives !
Une envie de le secouer violemment passa dans les mains de Fenrir.
Il sentait ses nerfs commencer à lâcher. Il se sentait capable d'affronter n'importe qui, n'importe quoi, mais pas dans des circonstances pareils.
L'expression étrangement bienveillante d'Alberich le déstabilisa encore plus. Il secoua nerveusement la tête et tourna le dos à ses compagnons, marmonnant tout bas.
" Quoiqu'il en soit, nous avons le choix entre suivre un chemin… relativement vague ou continuer à descendre, trouver un cours d'eau qui doit se trouver au fond de la vallée et le suivre jusqu'au prochain village… "
Il considéra un moment la descente restante.
" Personnellement, je suis pour le chemin… ces pentes sont traîtres, " ajouta-t-il perfidement.
Le regard de Siegfried s'attarda sur lui comme s’il voulait le transpercer de part en part. Il était arrivé aux même conclusions que le roux concernant ce qui restait à faire.
" Alberich… Suis mon conseil et tais-toi. Les traîtres peuvent être exécutés sans procès et ne crois pas que je ne possède pas assez de force pour achever ta misérable vie, ce serait une grossière erreur. Assez parler, partons ! "
Siegfried posa la main sur l'épaule de Fenril.
" Viens… "
Il se mit en marche, faisant un signe à Bud mais ne se préoccupant pas d'Albérich.
" Ma misérable personne t'en remercie, ô valeureux chevalier… " répliqua ce dernier avec ironie.
Provoquer ainsi le blond n'était guère conseillé mais…
Ils avaient presque toujours lutté ainsi…
Siegfried le vaillant protecteur de la douce et prêtresse et lui, le serpent, l'espion, toujours au courant de tout… jamais pris en faute mais jamais assez digne de confiance…
Combien de secrets ne gardait-il pas ?
Dont celui de leur tout puissant leader…
Combien de fois, n'avait-il pas eu l'occasion de s'en débarrasser, sans même salir les mains…
Mais il ne l'avait pas fait…
Siegfried était trop utile…
Il l'était toujours.
S'appuyant légèrement sur le bras valide de Bud, il se releva.
" Eh bien… Nous sommes presque au complet… Il ne nous reste plus qu'à découvrir à qui nous devons la vie, " ajouta-t-il, les yeux fixés sur le dos du blond.
Il y avait eu une époque où ce dernier l'avait considéré autrement…
Où ils auraient pu être amis…
Mais c'était avant Hagen…
Il y avait des années…
Des siècles.
De l'histoire ancienne !
Avec un signe de tête à Fenrir, que Siegfried semblait considérer comme un brave chien fidèle, Alberich se mit en marche.
S'il manœuvrait bien… et sincèrement pour une fois, il gagnerait peut-être un allié…
A la tête du groupe, Siegfried avançait comme il pouvait.
Ce… Cette chose les suivait bien entendu.
Soit.
Ce n'était pas le moment de s'épuiser en querelle interne.
Dans l'esprit du blond une seule pensée tournoyait à présent : trouver un abri.
A suivre