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La solution du problème.
Dans l'équation qui se présentait aux Juifs, Yahvé, l'Éternel,  ne saurait faire figure de variable.  Il est supposé être une référence absolue, celle-là même  qui, sans que l'homme en doute, lui permet de raisonner.  Si Dieu pouvait être victime de ses humeurs, si le temps pouvait le changer, eh bien, c'est fini.   Sans la notion d'absolu, on fait ce qu'on veut, on pense comme on veut.  Il n'y a plus de vérité, plus de justice. La raison du plus fort fait office de loi.  C'est le système que beaucoup d'hommes, parmi eux de nombreux Juifs, aimeraient voir perdurer.  Mais on ne piétine pas impunément la réalité : tôt ou tard, on se fait rattraper par la justice cosmique. La nation Israélite l'a appris à  ses dépens.

Pourtant elle n'avait qu'à rester fidèle jusqu'au bout à  la notion d'absolu, et elle n'aurait pas connu ces déboires. Au contraire, elle aurait fini pour résoudre la problématique centrale de son histoire.  En effet, puisqu'en théorie Dieu savait dès le commencement que son Élu allait mourir, et considérant que malgré sa toute puissance, il n'a rien tenté pour l'arracher à  son sort pas plus qu'il ne le fera pour Jésus, c'est que la mort ne constitue pas un problème pour  son pouvoir illimité.  Deux mille ans d'histoire n'ont pas suffi  aux Juifs pour faire ce simple raisonnement.

On a  vu comment ce peuple s'était montré longtemps réfractaire  à  l'idée d'une survie après la mort. Ce ne fut que vers la fin de son existence nationale qu'il a  seulement commencé à  envisager cette possibilité sans trop y croire. Pourtant on aurait dit, à  lire les Évangiles, que l'idée de l'immortalité du Messie, par exemple, était communément acceptée en Israël du temps de Jésus  de Nazareth (Jean 12 v. 33-35).  Les Juifs, on s'en souvient,  voulaient fondamentalement  échapper aux aléas de l'histoire. Pour cela, le royaume du Messie doit subsister à  jamais. Par conséquent, le futur roi des rois ne peut pas être sujet à  la mort.  Tout incrédules qu'ils étaient, ils se sont faits prendre au piège de la logique.  Malheureusement, l'évolution mentale d'Israël s'est arrêtée là.  Il fallait extrapoler.  Pourquoi l'immortalité ne s'appliquerait-elle pas également à  Abraham? 

Bien qu'il y ait eu cette fameuse querelle entre Pharisiens et Sadducéens à  propos de la résurrection des morts justement; bien que la possibilité d'un retour d'un grand personnage de l'Ancien Testament dans l'histoire n'ait jamais été écarté en Israël (Malachie 4 v. 56); (Marc 8 v. 27-31); bien que, d'une façon générale, les Juifs eussent en main tous les atouts pour  réussir, ils ont quand même  échoué.  Au cours des chapitres précédents, on a  vu pourquoi. Et il n'est pas superflu de le rappeler ici :  si le subconscient de l'homme est directement branché sur l'absolu et sait tout d'inspiration, le conscient reste la chasse gardée de la raison, et avant que l'information la plus simple arrive à  y faire son chemin, il faut une procédure incroyablement compliquée. Et tant qu'une information n'a pas atteint le conscient, c'est comme si elle était complètement ignorée.   Les Juifs ne se sont pas donnés la peine de poser les problèmes et de les résoudre rationnellement.  Dans la confusion, ils ont plutôt fini par créer un grave quiproquo à  propos du Messie.  Malheureusement, les chrétiens, eux aussi, sont tombés dans le panneau.

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