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A qui doit s'appliquer la Promesse? 
Précédemment, il nous a  été donné de faire référence à  Paul, l'un des principaux doctrinaires du christianisme des débuts.  On a  vu comment il a  été amené à  toucher du doigt la problématique centrale de l'histoire d'Israël sans en avoir vraiment conscience.  Justement, quelle était cette question fondamentale à  laquelle tout membre du peuple élu devait s'efforcer de répondre?

  On pourrait la formuler entre autres de cette façon :  à  qui doit s'appliquer la promesse de Dieu, à  Abraham lui-même  ou tout simplement à  sa descendance? Quelle coïncidence, ce fut exactement la question que Paul semblait se poser à un moment donné (Romains 4 v. 13). Curieusement, il n'a pas vu dans cette situation un problème majeur puisqu'il a   finalement opté en faveur de la descendance d'Abraham (Galates 3 v. 16), estimant peut-être que la vieille logique juive faisait l'affaire de son nouveau Maître et Seigneur.  Eh bien, non!  Le malheur d'Abraham ne peut en aucune façon faire le bonheur de Jésus.  En tout état de cause, les principes s'imposent à  tout le monde.  Pour que Jésus  puisse venir recueillir à  titre personnel et pour toujours l'héritage d'Abraham, son père, il faudrait au préalable  que ce dernier soit constaté mort, anéanti pour le temps et l'éternité.   Dans le cadre du judaïsme, l'allégation de Paul aurait pu faire un bout de chemin puisque dans la mentalité attardée des  Juifs, la mort est définitive. Mais, dans la logique chrétienne, elle tourne court au départ. L'ironie de la situation c'est que Paul annonce la bonne nouvelle de la résurrection en laissant supposer qu'Abraham a disparu de la circulation à  jamais. Il n'y avait sans doute pas de mauvaises intentions chez lui, mais tout de même  un manque certain de coordination de la pensée. Et c'est là tout l'enjeu de l'histoire. C'est l'absolu ou rien. La moindre erreur, la moindre omission dans la conduite de la réflexion, et l'on passe  à  coté de la vérité. Heureusement, aujourd'hui, nous savons que la doctrine de la résurrection, pilier de la religion chrétienne, est née justement à  partir d'une réflexion sur le destin d'Abraham. Et nous n'allons pas tarder à  voir sur quoi va déboucher, en définitive, la logique de l'histoire d'Israël .


Une question inutile.
C'est le propre de l'homme de se tromper et d'évoluer.  Mais, pour Dieu, il n'a jamais été question à  aucun moment de la durée de manquer à la parole qu'il avait donnée à  Abraham.  La Bible lui en est témoin. Tous ceux qui douteraient de ce fait n'ont qu'à se référer au livre de la Genèse où Abraham insiste pour savoir s'il entrerait vraiment en possession de la terre promise. Et son Dieu ne s'est pas fait prier pour le lui confirmer (Genèse 15 v. 7-11).  Ce passage de la Bible peut paraître mince comme argument.  L'homme moderne trouvera peut-être invraisemblable qu'un Dieu s'adresse directement à  un homme ou que le processus de conservation de ces traditions n'est pas très clair. Mais le croyant, lui, il voit dans la Bible non pas des chroniques journalistiques ou scientifiques, mais Dieu qui  cherche à  communiquer avec l'homme à travers des événements réels ou imaginaires. Jésus, lui aussi, eut recours à  des paraboles pour enseigner les foules. Le langage préféré de Dieu, c'est donc celui de la dialectique historique. Découvrir la logique qui sous-tend les événements, c'est découvrir la pensée de Dieu.

S'il est vrai que le Dieu de la Bible a également formulé les promesses à l'égard de la descendance d'Abraham, il l'a fait tout d'abord à l'égard de ce dernier personnellement. Or, le livre de la Genèse nous apprend que le patriarche hébreu est mort en étranger sur la terre de Canaan qui devait être la sienne. Pendant longtemps, les Israélites semblaient considérer ce fait comme ce qu'il y avait de plus normal. Mais  à quoi bon miser sur l'absurde? A quoi bon pratiquer la politique de l'autruche en enterrant sa conscience pour ne pas voir les problèmes?  Pourquoi ne pas envisager de préférence et  en toute sérénité l'hypothèse d'un déploiement cyclique de l'histoire et d'une marche épisodique d'Abraham jusqu'à la véritable terre promise?

Contrairement à beaucoup de peuples qui se contentaient de vivre, les Hébreux pouvaient se vanter d'avoir une véritable histoire avec une problématique très claire. Comme nous l'avons vu en nous penchant sur le cas juif, plus on est éloigné du centre de l'histoire, moins on risque de comprendre la vie. Le peuple élu, lui, se trouvait au cœur de cette dynamique et avait la chance incroyable de résoudre le mystère de la vie et de la mort. Une chance qui se présente peut-être tous les deux mille ans. En résumé, ils n'avaient qu'à se poser les vraies questions et l'histoire se chargeait d'apporter les réponses.

Malheureusement, ces questions n'ont jamais été posées comme il se doit. Deux millénaires plus tard, nous ne nous ferons pas prier pour les soulever à leur place, parce que cette histoire intéresse tout le monde en fin de compte. Alors, la vie est-elle une succession d'événements fortuits ou peut-on parler de rationalité dans le déploiement des événements? Dans le second cas de figure, comment expliquer qu'Abraham qui s'est donné tant de mal, qui a accepté tant d'épreuves soit mort sans avoir vu la réalisation de la Promesse? Au fond, cette réalité qu'on appelle la mort ne serait-elle qu'un passage dans une autre sphère? Dans cette éventualité, Abraham est-il seulement parti poursuivre sa marche jusqu'à la terre promise dans un autre temps et un autre espace? Y parviendra-t-il un jour?  Bref, Dieu restera-t-il fidèle jusqu'au bout à la promesse qu'il a faite à son Élu?

On ne le l'aurait pas cru, mais c'est une chance de rencontrer des problèmes dans la vie. Au moins, on aura des questions à se poser. C'est seulement en se posant des questions qu'on finit par se rendre compte de certaines réalités, en un mot, qu'on peut développer sa conscience. Il est facile pour une personne vivant dans la périphérie de l'histoire de se dire : "la Bible, c'est la parole de Dieu, tout doit y marcher comme sur des roulettes".  En d'autres termes, le problème des Juifs, ce n'est pas son problème. C'était totalement différent pour Jésus de Nazareth. Lui,  il était juif à part entière. Et les questions qui se posaient à lui menaçaient le bien-fondé de la religion d'Abraham et du même coup l'existence même de sa nation. On comprend alors mieux les raisons qui le poussaient à résoudre une fois pour toutes la problématique de l'histoire d'Israël.


Même de nos jours, bien des religions et systèmes de pensée ne tiennent pas en compte la notion d'absolu. Jusqu'à l'entrée en scène des Hébreux, les dieux n'avaient aucune obligation d'être parfaits.  On prêtait à certains des conduites franchement immorales, et tout le monde trouvait cela normal. Avec des hommes comme Abraham ou Jésus de Nazareth, l'humanité va progressivement sortir de son sous-développement mental. Le premier a introduit dans la pensée humaine la notion d'absolu, le second l'a portée à son paroxysme.

En théologie pratique, le Dieu d'un homme n'est pas celui qu'il craint ou qu'il prétend adorer mais celui qu'il aime. Tout naturellement, le jeune Jésus de Nazareth s'était pris d'une véritable passion pour la vérité, la justice, l'absolu en mot. Il était lui-même tellement perfectionniste qu'il ne concevait pas qu'une divinité, serait-ce Yahvé, le Dieu de son peuple, puisse penser et agir vaille que vaille. Non, un être parfait ne s'amuse pas à lancer des promesses en l'air. Il ne se déshonore pas en manquant à sa parole.

Heureusement pour Jésus, Yahvé était justement cet absolu auquel il aspirait et qui en réalité l'attirait vers lui. En effet, le Dieu d'Israël ne demandait qu'à être découvert. Il suffisait en fait de poser la question de sa véracité et de la validité de son engagement vis-à-vis d'Abraham pour se rendre compte de ce qui a échappé à la quasi-totalité des Juifs, à savoir que toute l'histoire de leur pays a été bâtie autour de l'idée de la  fidélité  indéfectible de Dieu à  la Promesse faite à  son Élu. A  mesure que le voile tombera sur l'histoire, cette idée deviendra de plus en plus claire.  En effet, Il existe beaucoup d'aspects intermédiaires de l'histoire d'Israël sur lesquels nous n'insisterons pas pour le moment mais qui ont sans doute joué un rôle important dans la prise de conscience de Jésus  de Nazareth. Nous avons choisi délibérément de nous concentrer sur le début et la fin de cette histoire et les deux personnages qui les symbolisent

La question précise qui est évoquée ici et dont les théologies juive aussi bien que chrétienne n'ont apparemment pas fait grand cas était et reste d'une importance telle que le Dieu d'Abraham, avant toute disposition ultérieure, a jugé bon de procéder à une mise au point préalable sur ses véritables intentions et de prendre en la circonstance l'histoire pour témoin.

Aujourd'hui encore, peu de gens s'en doutent, mais le témoignage le plus convaincant de la fidélité de Dieu à la parole donnée et, partant, de la réalité de son existence, c'est Jésus  lui-même  qui est supposé l'apporter.  Il l'apportera tout d'abord envers et contre l'opinion de la plupart de ses compatriotes. Cependant, son témoignage pour rester efficace se devait d'être indirect (Jean 8 v. 54). Cela peut sembler paradoxale mais c'est comme cela. Il faut seulement se rappeler que Dieu est en quelque sorte la dimension supérieure de la conscience humaine. Pour atteindre Dieu, c'est-à-dire ce niveau supérieur de conscience, le moyen le plus sûr reste la dialectique. Jésus de Nazareth, lui-même, a été obligé de faire son petit cheminement jusqu'à la Vérité.  S'il s'était exprimé ouvertement devant ses compatriotes, ils se seraient trouvés dans l'obligation de le croire sur parole et n'auraient pas eu les moyens de prendre conscience, donc de rencontrer Dieu.  En fait, il était le seul en son temps à pouvoir appréhender la vérité.  Pour que cette vérité appartienne maintenant à  l'histoire et soit accessible à  tout le monde, il a   fallu que Jésus lui-même  entrât dans l'histoire de la façon  que l'on connaît.  Grâce au sanglant hommage qu'il a rendu à  la Vérité, le monde peut à  son tour connaître la Vérité. Alors, il pourra prendre conscience de son ignorance, de ses erreurs, de ses peurs injustifiées. A partir de là, il pourra s'en libérer.

Contrairement à d'autres religions dont le fond de commerce repose sur l'agnosticisme, dans le judéo-christianisme, on peut et on doit savoir.  Avec l'absolu pour boussole et l'histoire pour témoin, n'importe qui peut vérifier aujourd'hui si Jésus  de Nazareth  était réellement celui qu'il affirmait être. Dans le système philosophique issu d'Israël et dans la réalité tout court, il ne peut exister qu'une seule vérité  et nul ne peut enfreindre les principes dictés par la Raison, serait-ce le Fils unique du Dieu tout-puissant, parce que la Raison, la Sagesse comme dit l'Ancien Testament, est en quelque sorte Dieu lui-même. Maintenant, le tout consiste à  déterminer  si la vérité  de Jésus de Nazareth  correspondait à l'unique Vérité qui puisse être, celle que nous n'avons cessé d'expliciter depuis le début.

Pour ce faire, commençons par supposer un instant que Jésus  de Nazareth était un Juif mal intentionné qui aurait conçu l'idée d'une vaste imposture en se faisant passer pour le Messie. S'il lui restait malgré tout un minimum de bon sens, quelle serait la première précaution à prendre dans son cas?  C'est simple : il devait se donner la peine de bien sceller la tombe d'Abraham afin de pouvoir se poser en toute quiétude comme le nouvel héritier du monde. Or, qu'est-ce qu'il a fait?   Il n'a cessé de proclamer à  qui veut l'entendre qu'Abraham est vivant.  Mais si Abraham est vivant, il reste le maître du monde, le père et forcément le chef de l'humanité, conformément à  la promesse qui lui a  été faite.  Alors, Jésus  de Nazareth était-il débile au point de ne pas savoir mentir?  Toute la question est là.

 

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A qui doit s'appliquer la Promesse? 
Précédemment, il nous a  été donné de faire référence à  Paul, l'un des principaux doctrinaires du christianisme des débuts.  On a  vu comment il a  été amené à  toucher du doigt la problématique centrale de l'histoire d'Israël sans en avoir vraiment conscience.  Justement, quelle était cette question fondamentale à  laquelle tout membre du peuple élu devait s'efforcer de répondre?

  On pourrait la formuler entre autres de cette façon :  à  qui doit s'appliquer la promesse de Dieu, à  Abraham lui-même  ou tout simplement à  sa descendance? Quelle coïncidence, ce fut exactement la question que Paul semblait se poser à un moment donné (Romains 4 v. 13). Curieusement, il n'a pas vu dans cette situation un problème majeur puisqu'il a   finalement opté en faveur de la descendance d'Abraham (Galates 3 v. 16), estimant peut-être que la vieille logique juive faisait l'affaire de son nouveau Maître et Seigneur.  Eh bien, non!  Le malheur d'Abraham ne peut en aucune façon faire le bonheur de Jésus.  En tout état de cause, les principes s'imposent à  tout le monde.  Pour que Jésus  puisse venir recueillir à  titre personnel et pour toujours l'héritage d'Abraham, son père, il faudrait au préalable  que ce dernier soit constaté mort, anéanti pour le temps et l'éternité.   Dans le cadre du judaïsme, l'allégation de Paul aurait pu faire un bout de chemin puisque dans la mentalité attardée des  Juifs, la mort est définitive. Mais, dans la logique chrétienne, elle tourne court au départ. L'ironie de la situation c'est que Paul annonce la bonne nouvelle de la résurrection en laissant supposer qu'Abraham a disparu de la circulation à  jamais. Il n'y avait sans doute pas de mauvaises intentions chez lui, mais tout de même  un manque certain de coordination de la pensée. Et c'est là tout l'enjeu de l'histoire. C'est l'absolu ou rien. La moindre erreur, la moindre omission dans la conduite de la réflexion, et l'on passe  à  coté de la vérité. Heureusement, aujourd'hui, nous savons que la doctrine de la résurrection, pilier de la religion chrétienne, est née justement à  partir d'une réflexion sur le destin d'Abraham. Et nous n'allons pas tarder à  voir sur quoi va déboucher, en définitive, la logique de l'histoire d'Israël .


Une question inutile.
C'est le propre de l'homme de se tromper et d'évoluer.  Mais, pour Dieu, il n'a jamais été question à  aucun moment de la durée de manquer à la parole qu'il avait donnée à  Abraham.  La Bible lui en est témoin. Tous ceux qui douteraient de ce fait n'ont qu'à se référer au livre de la Genèse où Abraham insiste pour savoir s'il entrerait vraiment en possession de la terre promise. Et son Dieu ne s'est pas fait prier pour le lui confirmer (Genèse 15 v. 7-11).  Ce passage de la Bible peut paraître mince comme argument.  L'homme moderne trouvera peut-être invraisemblable qu'un Dieu s'adresse directement à  un homme ou que le processus de conservation de ces traditions n'est pas très clair. Mais le croyant, lui, il voit dans la Bible non pas des chroniques journalistiques ou scientifiques, mais Dieu qui  cherche à  communiquer avec l'homme à travers des événements réels ou imaginaires. Jésus, lui aussi, eut recours à  des paraboles pour enseigner les foules. Le langage préféré de Dieu, c'est donc celui de la dialectique historique. Découvrir la logique qui sous-tend les événements, c'est découvrir la pensée de Dieu.

S'il est vrai que le Dieu de la Bible a également formulé les promesses à l'égard de la descendance d'Abraham, il l'a fait tout d'abord à l'égard de ce dernier personnellement. Or, le livre de la Genèse nous apprend que le patriarche hébreu est mort en étranger sur la terre de Canaan qui devait être la sienne. Pendant longtemps, les Israélites semblaient considérer ce fait comme ce qu'il y avait de plus normal. Mais  à quoi bon miser sur l'absurde? A quoi bon pratiquer la politique de l'autruche en enterrant sa conscience pour ne pas voir les problèmes?  Pourquoi ne pas envisager de préférence et  en toute sérénité l'hypothèse d'un déploiement cyclique de l'histoire et d'une marche épisodique d'Abraham jusqu'à la véritable terre promise?

Contrairement à beaucoup de peuples qui se contentaient de vivre, les Hébreux pouvaient se vanter d'avoir une véritable histoire avec une problématique très claire. Comme nous l'avons vu en nous penchant sur le cas juif, plus on est éloigné du centre de l'histoire, moins on risque de comprendre la vie. Le peuple élu, lui, se trouvait au cœur de cette dynamique et avait la chance incroyable de résoudre le mystère de la vie et de la mort. Une chance qui se présente peut-être tous les deux mille ans. En résumé, ils n'avaient qu'à se poser les vraies questions et l'histoire se chargeait d'apporter les réponses.

Malheureusement, ces questions n'ont jamais été posées comme il se doit. Deux millénaires plus tard, nous ne nous ferons pas prier pour les soulever à leur place, parce que cette histoire intéresse tout le monde en fin de compte. Alors, la vie est-elle une succession d'événements fortuits ou peut-on parler de rationalité dans le déploiement des événements? Dans le second cas de figure, comment expliquer qu'Abraham qui s'est donné tant de mal, qui a accepté tant d'épreuves soit mort sans avoir vu la réalisation de la Promesse? Au fond, cette réalité qu'on appelle la mort ne serait-elle qu'un passage dans une autre sphère? Dans cette éventualité, Abraham est-il seulement parti poursuivre sa marche jusqu'à la terre promise dans un autre temps et un autre espace? Y parviendra-t-il un jour?  Bref, Dieu restera-t-il fidèle jusqu'au bout à la promesse qu'il a faite à son Élu?

On ne le l'aurait pas cru, mais c'est une chance de rencontrer des problèmes dans la vie. Au moins, on aura des questions à se poser. C'est seulement en se posant des questions qu'on finit par se rendre compte de certaines réalités, en un mot, qu'on peut développer sa conscience. Il est facile pour une personne vivant dans la périphérie de l'histoire de se dire : "la Bible, c'est la parole de Dieu, tout doit y marcher comme sur des roulettes".  En d'autres termes, le problème des Juifs, ce n'est pas son problème. C'était totalement différent pour Jésus de Nazareth. Lui,  il était juif à part entière. Et les questions qui se posaient à lui menaçaient le bien-fondé de la religion d'Abraham et du même coup l'existence même de sa nation. On comprend alors mieux les raisons qui le poussaient à résoudre une fois pour toutes la problématique de l'histoire d'Israël.


Même de nos jours, bien des religions et systèmes de pensée ne tiennent pas en compte la notion d'absolu. Jusqu'à l'entrée en scène des Hébreux, les dieux n'avaient aucune obligation d'être parfaits.  On prêtait à certains des conduites franchement immorales, et tout le monde trouvait cela normal. Avec des hommes comme Abraham ou Jésus de Nazareth, l'humanité va progressivement sortir de son sous-développement mental. Le premier a introduit dans la pensée humaine la notion d'absolu, le second l'a portée à son paroxysme.

En théologie pratique, le Dieu d'un homme n'est pas celui qu'il craint ou qu'il prétend adorer mais celui qu'il aime. Tout naturellement, le jeune Jésus de Nazareth s'était pris d'une véritable passion pour la vérité, la justice, l'absolu en mot. Il était lui-même tellement perfectionniste qu'il ne concevait pas qu'une divinité, serait-ce Yahvé, le Dieu de son peuple, puisse penser et agir vaille que vaille. Non, un être parfait ne s'amuse pas à lancer des promesses en l'air. Il ne se déshonore pas en manquant à sa parole.

Heureusement pour Jésus, Yahvé était justement cet absolu auquel il aspirait et qui en réalité l'attirait vers lui. En effet, le Dieu d'Israël ne demandait qu'à être découvert. Il suffisait en fait de poser la question de sa véracité et de la validité de son engagement vis-à-vis d'Abraham pour se rendre compte de ce qui a échappé à la quasi-totalité des Juifs, à savoir que toute l'histoire de leur pays a été bâtie autour de l'idée de la  fidélité  indéfectible de Dieu à  la Promesse faite à  son Élu. A  mesure que le voile tombera sur l'histoire, cette idée deviendra de plus en plus claire.  En effet, Il existe beaucoup d'aspects intermédiaires de l'histoire d'Israël sur lesquels nous n'insisterons pas pour le moment mais qui ont sans doute joué un rôle important dans la prise de conscience de Jésus  de Nazareth. Nous avons choisi délibérément de nous concentrer sur le début et la fin de cette histoire et les deux personnages qui les symbolisent

La question précise qui est évoquée ici et dont les théologies juive aussi bien que chrétienne n'ont apparemment pas fait grand cas était et reste d'une importance telle que le Dieu d'Abraham, avant toute disposition ultérieure, a jugé bon de procéder à une mise au point préalable sur ses véritables intentions et de prendre en la circonstance l'histoire pour témoin.

Aujourd'hui encore, peu de gens s'en doutent, mais le témoignage le plus convaincant de la fidélité de Dieu à la parole donnée et, partant, de la réalité de son existence, c'est Jésus  lui-même  qui est supposé l'apporter.  Il l'apportera tout d'abord envers et contre l'opinion de la plupart de ses compatriotes. Cependant, son témoignage pour rester efficace se devait d'être indirect (Jean 8 v. 54). Cela peut sembler paradoxale mais c'est comme cela. Il faut seulement se rappeler que Dieu est en quelque sorte la dimension supérieure de la conscience humaine. Pour atteindre Dieu, c'est-à-dire ce niveau supérieur de conscience, le moyen le plus sûr reste la dialectique. Jésus de Nazareth, lui-même, a été obligé de faire son petit cheminement jusqu'à la Vérité.  S'il s'était exprimé ouvertement devant ses compatriotes, ils se seraient trouvés dans l'obligation de le croire sur parole et n'auraient pas eu les moyens de prendre conscience, donc de rencontrer Dieu.  En fait, il était le seul en son temps à pouvoir appréhender la vérité.  Pour que cette vérité appartienne maintenant à  l'histoire et soit accessible à  tout le monde, il a   fallu que Jésus lui-même  entrât dans l'histoire de la façon  que l'on connaît.  Grâce au sanglant hommage qu'il a rendu à  la Vérité, le monde peut à  son tour connaître la Vérité. Alors, il pourra prendre conscience de son ignorance, de ses erreurs, de ses peurs injustifiées. A partir de là, il pourra s'en libérer.

Contrairement à d'autres religions dont le fond de commerce repose sur l'agnosticisme, dans le judéo-christianisme, on peut et on doit savoir.  Avec l'absolu pour boussole et l'histoire pour témoin, n'importe qui peut vérifier aujourd'hui si Jésus  de Nazareth  était réellement celui qu'il affirmait être. Dans le système philosophique issu d'Israël et dans la réalité tout court, il ne peut exister qu'une seule vérité  et nul ne peut enfreindre les principes dictés par la Raison, serait-ce le Fils unique du Dieu tout-puissant, parce que la Raison, la Sagesse comme dit l'Ancien Testament, est en quelque sorte Dieu lui-même. Maintenant, le tout consiste à  déterminer  si la vérité  de Jésus de Nazareth  correspondait à l'unique Vérité qui puisse être, celle que nous n'avons cessé d'expliciter depuis le début.

Pour ce faire, commençons par supposer un instant que Jésus  de Nazareth était un Juif mal intentionné qui aurait conçu l'idée d'une vaste imposture en se faisant passer pour le Messie. S'il lui restait malgré tout un minimum de bon sens, quelle serait la première précaution à prendre dans son cas?  C'est simple : il devait se donner la peine de bien sceller la tombe d'Abraham afin de pouvoir se poser en toute quiétude comme le nouvel héritier du monde. Or, qu'est-ce qu'il a fait?   Il n'a cessé de proclamer à  qui veut l'entendre qu'Abraham est vivant.  Mais si Abraham est vivant, il reste le maître du monde, le père et forcément le chef de l'humanité, conformément à  la promesse qui lui a  été faite.  Alors, Jésus  de Nazareth était-il débile au point de ne pas savoir mentir?  Toute la question est là.

 

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