Deux
mille ans plus tard.
A supposer maintenant que Jésus revienne deux mille ans après en
soutenant ouvertement cette même vérité, rencontrerait-il plus de succès?
En deux mille ans, les hommes ne sont guère devenus plus intelligents, c'est le
moins que l'on puisse dire. Ce qui a changé en fait, ce sont les
circonstances.
Normalement, l'histoire aurait dû et aurait pu s'arrêter à partir de la
prise de conscience totale de Jésus de Nazareth. Les textes que nous
avons à notre disposition pour analyser l'histoire d'Israël étaient
pratiquement les mêmes qu'il y a deux mille ans. Donc, Jésus aurait pu
développer une argumentation encore plus solide que celle qui soutient cette
étude. Car nous nous sommes borné à un survol rapide de la situation,
laissant volontairement d'autres aspects de la question en réserve. C'est
vrai que les Juifs étaient d'une mauvaise foi notoire; cependant, ils n'étaient
totalement dénués de bon sens. En plusieurs occasions, Jésus avait réussi à les
confondre avec sa logique. En la développant jusqu'au bout, n'aurait-il pas pu
les confondre totalement et les rallier à sa cause? Qui sait? Là où
les miracles ont échoué, la dialectique aurait pu très bien réussir.
Mais Jésus s'était gardé de s'engager sur cette voie parce que sa
mission ne consistait pas à se faire passer pour le Messie, mais justement à
frayer de concert avec l'Histoire un chemin dialectique permettant au reste de
l'humanité d'accéder à son subconscient et de connaître la Vérité.
Parfois, on se demande pourquoi l'histoire est-elle aussi procédurière, à quoi
bon tous ces détours et cette longue attente. C'est qu'il n'est pas facile de
rétablir l'unité de la conscience humaine. Lorsqu'on analyse les événements
après coup, on pourrait se demander par exemple comment se fait-il qu'Abraham
n'ait pas compris du premier coup que la prise de possession de la terre
promise par son Dieu n'est pas envisageable sans un peuple pour la
contrôler. Par conséquent, la Promesse ne se réalisera qu'après de
nombreuses générations. Quant à lui, il devrait être plongé dans un sommeil
cosmique. Au moment opportun, il se
réveillerait presque comme d'un sommeil ordinaire. Bref, il aurait dû prévoir
en son temps qu'il ne mourrait pas. Dans la pratique, il ne le pouvait pas plus
que les Juifs du temps de Jésus. Selon le plan de l'histoire et selon les
exigences de l'unification de la conscience, le peuple élu va devoir passer par
le même processus dialectique suivi par Abraham. C'est-à-dire, il va aussi
entrer en sommeil cosmique pour se réveiller un peu plus tard dans l'histoire.
Comme Jésus, il commencera alors à se poser des questions. Vraisemblablement,
d'une façon ou d'une autre, la conscience cosmique finira émerger en son sein.
Bref, de nombreuses conditions doivent être réunies avant que ne vienne le
salut définitif de l'humanité.
La question qui se pose maintenant est la suivante: le sont-elles deux mille
ans plus tard?
Sur cette question, on a au moins une certitude. Elle est basée sur
l'observation. Le cycle d'Israël, comme on le sait déjà, a duré près de
2000 ans. Une période similaire est amplement suffisante à l’histoire
pour recréer les conditions d'une nouvelle prise de conscience totale. Cette
nouvelle prise de conscience va projeter une lumière nouvelle sur l'expérience
mentale de Jésus de Nazareth et permettre de rétablir toute la vérité sur ce qui
s'est réellement passé il y a deux mille ans. A posteriori, cela peut sembler
facile d'émettre l'hypothèse que Jésus avait probablement conscience d'avoir
été Abraham, d'aller la vérifier dans le Nouveau Testament et de constater
alors avec facilité et quelle justesse le puzzle de l'histoire se remet en
place. En réalité, il a fallu prévoir un agenda d'au moins deux mille ans
pour atteindre cet objectif. On ne peut donc pas parler d'une mince affaire.
Dans l'un des chapitres précédents, nous avons étudié de façon très
théorique le processus présumé du retour. Il n'y a pas vraiment de
mystères sur ce sujet puisque les événements des derniers temps ont été
prédits avec force détails. Bien que
les méprises à ce sujet soient légion, nul n'est sensé ignorer par exemple que,
dans l'eschatologie judéo-chrétienne, le peuple élu doit jouer un rôle central
dans l'avènement du Royaume des cieux. Évidemment, lorsque l'Écriture parle de
peuple élu, il ne peut s'agir d'une communauté religieuse spécifique comme on l'entend
quelquefois, encore moins de l'ensemble de la chrétienté mais d'une véritable
nation qui ressemblerait comme deux gouttes d'eau à Israël, avec un
territoire défini, des institutions politiques et surtout avec une histoire et
une problématique très caractéristiques. On l'oublie trop souvent, le
christianisme à l'instar du judaïsme est une religion de
l'histoire. Les institutions religieuses en tant que telles ne peuvent y
intervenir directement. Ce sera donc la mission du peuple élu de recréer les
conditions indispensables au retour final du Messie (Matthieu 21 v. 43).
Mais, dirait-on, jusqu'ici on a pas vu l'ombre du peuple élu. Et il faut
du temps avant que ne se constitue une nation. Et encore plus avant qu'elle
n'ait vécu, qu'elle n'ait développé une pensée et qu'elle n'ait enfanté un
génie capable de la parachever. Si l'on s'en tient aux apparences, la fin
du monde n'est pas pour demain.
Pour le moment, nous nous garderons bien d'évoquer cette seconde phase de
l'histoire du salut. Tout ce qu'on peut dire à ce sujet, c'est qu'elle ne
sera pas mieux comprise que l'histoire d'Israël. Certains doivent jusqu'à
présent croire qu'elle est encore à venir. Mais il se peut qu'elle ait déjà eu
lieu. On ne sait jamais, à l'heure actuelle, la majorité des
prophéties bibliques concernant la fin des temps sont peut-être déjà accomplies
sans que personne ne s'en rende compte. Si tel est le cas, nous voudrions
croire qu'il restera à ce monde un peu de temps pour revoir l'actualité des ces
dix dernières années en particulier et l'histoire en général à la lumière
des prophéties bibliques et des derniers développements de la situation et se
faire une idée de son proche avenir. Ceux qui ont une intelligence pour
comprendre comprendront certainement.