JOURNAL SALONGO
République Démocratique du Congo
Editeur - Directeur Responsable: Bondo Nsama



Point chaud

 

La RDC boit la coupe jusqu’à la lie


Hier, Rwandais et Ougandais se battaient à Kisangani

Aujourd'hui, Tutsi et Hutu rwandais s'entretuent au Nord-Kivu
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Il n'y a pas deux sans trois, dit l'adage. Celui-ci est en train de se concrétiser en ce qui concerne la République démocratique du Congo dont le territoire donne l'impression d'être devenu le champ de bataille des armées étrangères. En effet, après la ville de Kisangani en 2002, le Nord-Kivu est actuellement le théâtre des affrontements qui opposent des forces étrangères. La RDC semble être devenue un non-Etat sur le territoire duquel n'importe quels belligérants étrangers peuvent venir régler leurs comptes. Tous les voyous de la planète peuvent y effectuer vols et pillages sans crainte d'être inquiétés.

 

L'ex-Zaïre, le ventre mou de la région des Grands Lacs

 

Existe-t-il encore un Etat digne de ce nom en République démocratique du Congo ? Il n'est pas aisé de répondre à cette interrogation au vu des événements politiques et surtout militaires qui s'y déroulent depuis le déclenchement de la guerre dite de libération en septembre 1996. Depuis cette année, l'ex-Zaïre est devenu le ventre mou de la sous-région des Grands Lacs. La succession des affrontements sanglants se sont soldés à quelque quatre millions de morts.

Tout avait commencé avec la fameuse guerre de libération dont la motivation était la revendication de la nationalité congolaise par des Congolais rwandophones. L'évolution de la crise n'aurait certainement pas atteint les dimensions actuelles sans l'implication des armées rwando-ougando-burundaises. On sait comment une guerre commence, mais on ne sait pas comment elle se termine. Les initiateurs de la guerre dite de libération totalement noyautés par leurs alliés rwandais, ougandais, burundais et autres ont été relégués au second plan. Désormais, c'est Kampala, Kigali, Bujumbura qui décident des suites des événements.

Quant à la RDC, si elle existe de nom, les réalités sur terrain démontrent sa non-existence matérielle. Si tel n'était pas le cas, elle n'aurait pas assisté impuissante aux affrontements armés des étrangers sur son sol. Non seulement les armées étrangères franchissent régulièrement ses frontières, mais elles s'installent sur son territoire tuant et violant ses habitants et pillant allègrement ses richesses naturelles.

 

Hier, Rwandais et Ougandais se battaient à Kisangani

 

Les affrontements qui ont lieu actuellement dans le Nord-Kivu mettent aux prises des Tutsi et Hutu rwandais. Comme autre fois à Kisangani, les deux ethnies antagonistes du pays de mille collines ont choisi notre pays comme champ de bataille pour tenter de s'anéantir. A Kisangani, Rwandais et Ougandais s'étaient battus pour des raisons évidentes d'hégémonie. Il s'agissait d'une querelle "amicale" qui avait dégénéré en affrontement armé.

Les conséquences néfastes de cet affrontement sont incalculables. Des centaines de milliers de compatriotes tués et des dégâts matériels énormes. On était en pleine rébellion. Toutes les contrées de l'Est étaient sous occupation rwando-ougandaise par le MLC et le RCD interposés. Ces derniers étaient respectivement soutenus matériellement et financièrement par l'Ouganda et le Rwanda dont les intérêts ne coïncidaient pas. Forcément.

Totalement absentes sur le terrain, les forces gouvernementales ne pouvaient donc pas s'entreposer pour empêcher aux deux armées étrangères de s'affronter sur le territoire national. Pour tout dire, en 2002, l'autorité de l''Etat congolais ne s'étendait pas sur toute l'étendue du territoire national. Tout l'Est du pays était dirigé par des rébellions soutenues par des armées étrangères qui y faisaient régner l'imperium de leurs Etats respectifs.

Kinshasa dont l'autorité ne se limitait qu'aux territoires sous contrôle gouvernemental a assisté impuissant au massacre des Congolais victimes des affrontements entre Rwandais et Ougandais. Incapable de protéger les Congolais et leurs biens, l'armée nationale s'était contentée d'enregistrer le nombre des victimes communiqué par la Monuc ! Bref, les Boyomais et les Boyomaises ne pouvaient pas compter sur une quelconque intervention pour les protéger. Une fois de plus, Kisangani justifiait son qualificatif de "ville martyre” qui lui colle à la peau depuis le déclenchement de la première rébellion qui avait embrasé les trois quarts du territoire national après la destitution puis l'assassinat du Premier ministre Emery Patrice Lumumba.

 

Aujourd'hui, Tutsi et Hutu rwandais s'entretuent au Nord-Kivu

 

Depuis quelques jours, le Nord-Kivu est envahi par des militaires rwandais qui y sèment la mort et la désolation. Des milliers des compatriotes sont obligés de quitter leurs villages pour s'éloigner des lieux des affrontements. Ceux-ci, selon certaines sources, opposent les militaires rwandais tutsi aux Interahamwe et ex-FAR, Hutu. Aujourd'hui, Tutsi et Hutu rwandais ont choisi notre territoire pour s'entretuer comme ils sont habitués à le faire depuis longtemps.

Les territoires de Rutshuru, Walikale et Masisi sont devenus des champs de bataille où les deux ethnies antagonistes du Rwanda entendent régler leurs différends. C'est la deuxième fois que des étrangers viennent se battre sur notre territoire avec toutes les conséquences qui en découlent. La RDC est-elle devenue une zone neutre où les originaires des pays voisins peuvent venir en découdre en toute quiétude?

L'exportation vers la RDC des querelles et des antagonismes tribalo-ethniques qui sévissent au Rwanda depuis la colonisation doit être stigmatisée. Il est inadmissible que le Congo soit assimilé à un no mens land. Un Far West où la raison du plus fort est toujours la meilleure. N'étant pas parvenus à régler leurs différends ethniques dans leur pays, Tutsi et Hutu rwandais ont profité du génocide pour faire porter le fardeau de leur inimitié cordiale aux paisibles populations congolaises. Il va sans dire que c'est l'absence d'une force dissuasive en RDC qui favorise cet état de choses depuis 1996.

 

RDC : la risée de l'Afrique !

 

L'Ouganda, le Rwanda et le Burundi n'ont pas que la RDC comme voisin. Certains de leurs citoyens fuyants les conflits armés cycliques qui secouent ces pays se réfugient en Tanzanie, au Kenya, au Soudan et en Rdc. Mais nulle par ailleurs qu'en Rdc les réfugiés d'un de ces pays ne provoquent des situations confuses qui dégénèrent en conflits sanglants. La raison est toute simple. Le Kenya, le Soudan, la Tanzanie disposent des forces armées structurées. Toute velléité d'y troubler l'ordre public est immédiatement réprimée avec la dernière énergie. Tel n'est pas le cas de la Rdc où il n'existe pas une armée nationale digne de ce nom. D'où son incapacité de relever les nombreux défis liés à la sécurisation des personnes et de leurs biens.

Beaucoup d'Africains ne comprennent pas qu'un tout petit pays de 26 mille Km2 dont la population est inférieure à celle de Kinshasa nargue le géant de l'Afrique Centrale.

La Rdc est devenue la risée de toute l'Afrique depuis 1996. Les Congolais semblent avoir perdu le sens de la dignité et de l'honneur. Autrement, ils n'accepteraient pas d'être humiliés par le Rwanda. L'ambiguïté des accords signés depuis Lusaka jusqu'à Pretoria n'œuvre pas en faveur de l'instauration d'un climat serein qui favorise la normalisation rapide de la situation politique dans notre pays.

La persistance de la confusion et le manque de réaction appropriée face aux  atteintes incessantes de l'intégrité de notre territoire national suscitent de nombreuses interrogations. Notamment celle de savoir si nos dirigeants valent quelque chose. Amorphes et incapables de relever le défi rwandais, les dirigeants de la transition méritent-ils de la patrie ? Frustrés et profondément touchés, certains compatriotes souhaitent le départ de tous les animateurs de la transition.

 

Quand relèverons-nous la tête ?

 

Depuis la prise en otage du destin de la Rdc par Washington et Londres via le Rwanda, le peuple congolais vit dans l'opprobre. Quand relèverons-nous la tête ? Cette question est dans l'esprit de tout patriote congolais. La Rdc ressemble à un territoire conquis dont les habitants sont réduits en esclave. Le comportement arrogant de Kagame face à la Rdc est celui d'un conquérant.

Par ailleurs, tout le monde sait que c'est à cause du soutien tous azimuts des Etats-Unis que le Rwanda se permet de narguer le Congo et son peuple. Faut-il accepter cette situation ou non ? La présence de traîtres au sein de toutes les institutions ne facilite pas la tâche des nationalistes. Il n'est un secret pour personne qu'une des armes favorites des Américains est la corruption. Des millions de dollars sont disponibles à Washington au Département d'Etat et à la CIA pour acheter la conscience des dirigeants politiques et militaires à travers le monde.

Si la Rdc est devenue un non-Etat, c'est parce que telle est la volonté de Washington qui entend laminer toute velléité de nationalisme dans le chef de ses dirigeants. Ce n'est pas par hasard que les affrontements sont localisés dans la riche province du Nord-Kivu. Nous ne cesserons pas de le dire : les ressources naturelles exploitées illégalement dans l'Est de la Rdc sont acheminées vers les entreprises multinationales occidentales en général, anglo-saxonnes en particulier. L'Afdl, ou "conglomérat d'aventuriers ou d'opportunistes " qui a amené les Rwandais, les Ougandais et les Burundais au Congo a été financée par la haute finance internationale dont les fonds sont logés dans les banques américaines.

Avec les affrontements actuels dans le Nord-Kivu, la Rdc boit la coupe jusqu'à la lie. Toutes les prétendues initiatives américaines destinées à restaurer la paix dans la région des Grands Lacs sont destinées à distraire les autorités congolaises. Celles-ci doivent savoir que pour se libérer, le Congo ne doit compter ni sur la Communauté internationale, encore moins sur la Monuc, mais sur lui-même. C'est bien de décider le déploiement de 10.000 hommes de troupes dans l'Est. Mais c'est mieux d'agir promptement. Qui viendra sauver la RDC ?

C.P.M.

SALONGO, 10/12/2004


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