
Pour tenter de
neutraliser Asumba na nganda,
le pouvoir largue des «Hiboux».... Erreur !
Dans un Etat de droit
respectueux des droits de l'homme, face à un problème ou
à une situation donnée, on utilise des arguments au
niveau des idées pour convaincre. Mais quand on est sans
arguments, quand on a peur et quand on ne sait pas convaincre, on
recourt à ce qu'on possède et qui permet d'avoir le
dessus sur l'autre: la violence. Celle-ci peut être verbale ou
physique. Dans ce cas, c'est la logique de la jungle qui est de mise :
" je ne tue pas, on me tue ".
En RDC en général, à Kinshasa en particulier,
l'histoire semble se repeter car actuellement on y reparle du
phénomène "hibou " qui avait défrayé la
chronique au lendemain de la libération des activités
politiques le 24 avril 1990 et pendant la longue transition issue des
résolutions de la Conférence nationale souveraine.
Un peu d'Histoire
Le phénomène " hibou " a vu le jour pendant la
période tumultueuse de la Conférence nationale
souveraine. La situation socio-économique et surtout politique
du pays était complètement désastreuse. Le
régime du maréchal Mobutu battait de l'aile. C'est dans
ces circonstances que les " hiboux " sont sortis et sont passés
à l'action. Celle-ci consistait à neutraliser les
opposants que Mobutu et ses hommes n'étaient plus capables de
maîtriser. Il s'agissait des individus aguerris dont la mission
était d'étouffer dans l'œuf toute velléité
de revendication politique. La confusion était totale car ces
individus opèrent violemment.
A l'aide des indications, les " hiboux " étaient
parfaitement au courant de toutes les activités politiques des
leaders des partis de l'opposition dite radicale. Ce qui leur
permettait de disperser brutalement les réunions des opposants.
Pour des raisons de sécurité, ces derniers programmaient
souvent leurs rencontres la nuit. Hélas, aussitôt
informés, les " hiboux " descendaient sur les lieux et semaient
la pagaille en tabassant tout le monde et en pillant les sièges
des partis indexés.
Cagoulés et opérant nuitamment, les " hiboux "
étaient difficiles à identifier. Mais il semble qu'ils
étaient des militaires bien entraînés de l'escadron
Dragon de la Division spéciale présidentielle. Rompus en
arts martiaux, ces terroristes n'utilisaient pas souvent les armes
à feu. Ils opéraient à mains nues. L'objectif
poursuivi par l es " hiboux " était de jeter le trouble dans
l'opposition et de terroriser tout le monde. La peur était
latente à travers la ville car elle surprenait toujours leurs
victimes.
Les mêmes causes produisent les mêmes effets…
Notre pays et la ville-province de Kinshasa traversent actuellement une
situation socio-politique et économique, à quelques
exceptions près, identique à celle qui a prévalu
pendant la période de l'interminable transition politique
décrétée, par la Conférence nationale
souveraine. En effet, sur tous les plans, la situation est
désastreuse. L'intolérance politique gagne du terrain.
Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, on reparle
des " hiboux ". Mais contrairement à ceux de l'époque
mobutienne, les " hiboux " actuels ne sont pas des militaires. Ils
seraient des sportifs du self-défense. Torses bombées,
musculature proéminentes, tels sont les traits
caractéristiques des " hiboux " d'aujourd'hui. La question que
tout le monde se pose est celle de savoir qui sont-ils ? Pour le compte
de qui opèrent-ils.
En effet, la capitale regorge de nombreux pratiquants des arts martiaux
qui ne s'attaquent à personne. Beaucoup d'entre eux gagnent, au
contraire leur vie en travaillant comme membres de services de
protection, comme vigiles ou gardes de corps de quelques grosses
légumes.
Expédition punitive à Limete
Les actes de violence dont certains compatriotes ont été
victimes lundi dernier à Limete doivent être
dénoncés et condamnés. Ce jour là, en
effet, aux environs de midi, des individus largués par une Kombi
VW de couleur bleue se sont mis à tabasser les combattants de
l'Udps qui s'agglutinent habituellement devant le siège de leur
parti situé à la 10è rue Limete
résidentiel. Cet incident n'était pas le fait du hasard.
Il avait les allures d'une véritable expédition punitive
destinée à punir les combattants de l'Udps. Il est utile
de rappeler que ces derniers sont en symbiose avec leur leader qui
s'oppose à toute prolongation de la transition.
Mais quel a été le casus belli qui a été
à la base de la bastonade de la 10è rue ? Les "justiciers
" en voulaient-ils particulièrement aux combattants de l'Udps ?
Il est difficile de répondre à ces questions. Mais on se
souviendra que l'Udps est, un des partis politiques de l'opposition qui
exigent les élections avant le 30 juin 2005. L'on sait aussi que
pour protester contre toute prolongation de la transition, des
manifestations avaient paralysé la capitale le 10 janvier 2005.
Ces manifestations s'étaient soldées selon l'Udps par des
dizaines de ses membres tués par les forces de l'ordre.
Enfin, l'Udps avait porté plainte contre le ministre de
l'Intérieur et le gouverneur de la ville pour la mort de ses
combattants.
Il se raconte que les " hiboux " qui ont opéré à
Limete lundi dernier avaient reçu mission de disperser tout
attroupement non autorisé sur la voie publique. Il s'agirait
d'une action préventive destinée à
décourager toute tentative de rassemblement qui pourrait
dégénérer en échauffourées avec les
forces de l'ordre.
On reprend les méthodes du passé…
Face à la hargne des assaillants, les combattants de l'Udps
n'ont pas eu d'autre choix que la fuite. Mais ils sont revenus en masse
peu après avec la ferme détermination d'en
découdre avec leurs agresseurs. Heureusement, ces derniers
n'étaient plus là. On a frôlé
l'émeute, car la confrontation aurait été
extrêmement violente.
Mais qui aurait porté la responsabilité s'il y avait eu
bagarre qui se serait soldé par mort d'hommes ? Gouverner, c'est
prévoir. Le gouverneur de la ville de Kinshasa doit tout faire
pour ne pas être tenu pour responsable de tels incidents.
L'autorité urbaine doit éviter de reprendre les
méthodes du passé et recommencer les erreurs du
passé.
L'expérience malheureuse de la deuxième République
finissant devraient profiter aux autorités nationales et
urbaines actuelles.
En adoptant les mêmes méthodes que leurs
prédécesseurs de l'ancien régime, les responsables
actuels de l'Etat font le lit du parti qu'ils veulent neutraliser en
lui déclarant ouvertement et maladroitement la guerre. Le
résultat d'une telle entreprise est tout autre. Pour contrer
l'Udps, Mobutu avait cru bien faire de harceler ses dirigeants et ses
combattants. Ce fut une grave erreur car en fin de comptes, c'est
l'Udps qui en était sortie victorieuse. Il faut éviter de
jouer avec le feu. Mobutu l'a compris trop tard. Le mal était
déjà fait.
En brutalisant l'Udps… on fait sa force
L'erreur est humaine, mais préserver dans l'erreur est
diabolique. Brutaliser les combattants de l'Udps c'est une erreur que
les gouvernants actuels ne devraient pas commettre.
Les libertés fondamentales sont garanties par la Constitution de
la transition. Sous réserve du respect de l'ordre public et
conformément aux dispositions légales, tous les partis
politiques agréés peuvent organiser des réunions
publiques. Mais à malin, malin et demi dit l'adage. Les
gouvernants sont souvent piégés par les " parlementaires
débout " qui siègent quotidiennement à
différents endroits de la capitale. Plusieurs fois, les forces
de l'ordre ont eu à les disperser brutalement. La
réaction de la population a souvent été
négative face à de telles actions.
Il faut se rendre à l'évidence en brutalisant l'Udps, on
fait sa force. D'aucuns considèrent le parti de Limete comme une
formation politique brimée. Et il va sans dire que c'est la
partie brimée qui bénéficie de la compassion de
l'opinion publique.
Le gouvernement est dès lors considéré comme un
tyran. Or, contrairement aux années passées, actuellement
les Congolais en général, les Kinois en particulier n'ont
pas peur. Leurs réactions sont imprévisibles. Il suffit
de se rappeler comment les Kinois étaient descendus dans la rue
pour protester contre la prise de la ville de Bukavu par les
insurgés de Nkundabatware et Mutebusi en juin 2004.
Plus que jamais, l'hôtel de ville doit réviser ses
stratégies pour faire face aux partis politiques de
l'opposition. Le meilleur moyen de contrôler les faits et gestes
des organisations politiques n'est pas de les brutaliser, mais de faire
respecter tout simplement la loi. Étant entendu que nul n'est
sensé ignoré la loi.
© SALONGO HEBDO
04/02/2005
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