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JOURNAL SALONGO
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NORD-KIVU: de
l'agression à la mutinerie
Rwandophones, ces marionnettes… L'histoire se répète à l'Est du pays De sa base opérationnelle de Kisangani, le chef de l'état-major général des Fardc, le lieutenant-général Kisempia, a pu cette semaine se rendre compte de la triste réalité des combats qui continuent d'opposer les troupes gouvernementales aux éléments rwandophones du Rcd, ceux-là même qui une semaine plus tôt à travers leur marche de protestation contre l'envoi à l'Est de troupes fraîches des Fardc, qu'ils servent une cause étrangère à celle des Congolais. D'aucuns, dont la Monuc qui ne sait toujours pas distinguer avec certitude la différence entre une agression et une mutinerie au point d'affirmer en 24 heures d'intervalle une chose et son contraire, voudraient absolument faire croire qu'au fond l'affaire peut-être réduite à une simple santé et humeur des soldats du Rcd de la 8è région militaire. Non, car il est inimaginable que, sauf méprise au cours des opérations, des éléments appartenant à une même armée en arrivent à s'affronter. Ce qui continue de se passer à Kanyabayonga et aux alentours, est la preuve que non seulement il n'y a pas d'armée congolaise au vrai sens du terme, mais que la branche armée du Rcd reste jusqu'aujourd'hui comme telle. Or, qui dit branche armée du Rcd évoque nécessairement la présence des Rwandais dans ses rangs, ce qui confirme la thèse d'une confrontation non pas entre soldats congolais, entre militaires loyaux mutins, mais opposant plutôt des milices congolaises et rwandaises. D'autant que dans le cas d'espèce, il est difficile de comprendre les causes qui auraient conduit à la mutinerie puisque la solde et les avantages qui y sont liés ont toujours été régulièrement acheminés aux hommes de troupes et cadres de la 8è région militaire. L'aveu involontaire de Ruberwa Cette version de militaires congolais se tirant dessus entre eux pour une raison qui logiquement ne peut en aucune manière conduire à la confrontation est tellement bizarre que le Vice-président de la République Azarias Ruberwa, patron de la commission Politique, défense et sécurité n'a pu trouver aucune exploitation à cette bataille rangée soit disant entre Congolais. “Il n'y a pas de raison que des militaires congolais se battent entre eux”, a en effet admis le président du Rcd après son entretien lundi avec le ministre belge de la coopération au Développement Armand de Decker. A ce sujet, M. Ruberwa a vu juste, même si cette déclaration ne va pas forcément dans le sens où l'entend la majorité des Congolais, c'est-à-dire que ces éléments qui ont dit niet à l'envoi de nouvelles troupes des Fardc à l'Est au lieu de s'en féliciter logiquement ne peuvent pas être des Congolais. En s'opposant à ce que celles-ci puissent atteindre Goma et s'y déployer ne signifie rien d'autre qu'agir en ennemis, et donc en l'occurrence en militaires rwandais. Après plusieurs tergiversations, la Monuc a fini par reconnaître que des troupes étrangères avaient pénétré en novembre en Rdc et que les éléments de la 8è région militaire hostiles à l'envoi des troupes provenant de Kinshasa avaient été ravitaillés de l'extérieur en armes et en munitions, ce que confirment les convois qui traversent régulièrement la frontière à Goma selon des indications fournies par plusieurs sources locales. Objectif élections A partir de ces informations, on peut se demander pourquoi le Rwanda a éprouvé le besoin de prêter main forte à des éléments d'une armée qui n'est pas la sienne sinon pour des objectifs qui n'ont rien à voir avec le motif officiel invoqué par Kigali pour attaquer la Rdc, à savoir pourchasser les miliciens interahamwe. Non seulement les militaires rwandophones ne se sont pas mis à la poursuite des " forces négatives ", mais ils ont au contraire retourné leurs armes contre d'autres militaires censés être leurs frères d'armes venus essentiellement condamné avec la dernière énergie aussi bien par le Président de la République que par l'ensemble de la classe politique responsable et de la population, Azarias Ruberwa, lui, continue de relativiser. Plutôt que de se mettre sur la même longueur de la dénonciation de l'aventurisme rwandais, le président du Rcd préfère manier l'équivoque en mettant en parallèle deux situations qui ne le sont qu'en apparence. En estimant que les affrontements entre Congolais au Kivu ne se justifiant pas plus que ne se justifient les combats entre la Rdc et le Rwanda, Azarias Ruberwa qui les qualifie de " graves incidents de parcours " tend ainsi à minimiser l'agression rwandaise et donc toutes les manœuvres utilisées par Kigali pour perturber à son profit le processus de transition en Rdc. L'histoire se répète à l'Est En analysant de près la réaction antipatriotique ou plutôt anti-congolaise des éléments rwandophones, réaction manifestement inspirée par Kigali et que certains veulent faire passer pour une nouvelle rébellion en gestation, on se rend compte que Kigali n'a pas renoncé à ses vieilles méthodes qui lui avaient si bien réussi en 1996 et en 1998. Il convient en effet de se rappeler que l'agression rwandaise de novembre 1996 qui avait porté Laurent-Désiré Kabila et l'Afdl au pouvoir avait été maquillée du fallacieux prétexte de " guerre de libération ", tout comme l'a été le deuxième raid rwandais de août 1998 qui avait permis à Kigali d'occuper grâce à la fiction d'une rébellion interne incarnée par le Rcd de vastes morceaux du territoire congolais. L'histoire, dit-on, est têtue. Lorsqu'on entend aujourd'hui le Pprd et ses membres du gouvernement dénoncer vigoureusement, avec raison, cette troisième agression rwandaise en l'appelant bien par son nom, on ne peut s'empêcher de considérer à quel point d'une époque à une autre les mots peuvent changer de signification sans que pourtant la réalité ne change. Par peur de la condamnation universelle et pour ne pas gêner ses parrains qui sans doute lui ont conseillé ce stratagème, Paul Kagame prend toujours soin, pour renforcer leur puissance de feu en vue de mieux faire face aux envahisseurs du territoire national. Les vraies raisons de l'inqualifiable conduite des militaires rwandophones sont, au-delà de la preuve qu'ils agissent en rwandais plutôt qu'en congolais, d'ordre économique et électorale. Tout comme le réflexe qui a conduit Kigali à lancer ses troupes en Rdc relèvant tout de motivations économiques. L'exploitation de l'or et du coltan pendant cinq ans avait en effet permis à Kigali de se constituer un joli pactole grâce auquel il a pu s'équiper en armes, à l'abri de l'embargo qui ne le frappe pas, auprès de ses parrains anglo-saxons. C'est précisément grâce à cet effort d'armement dûment encouragé par ses parrains que Paul Kagame peut bomber le torse et appliquer le plan qu'il a savamment concocté pour d'une part reprendre le pillage systématique des ressources naturelles de la Rdc, et de l'autre permettre au plus grand nombre possible de Rwandais d'occuper le territoire congolais et de s'y installer en se fondant dans la masse de rwandophones congolais pour constituer aussi des bataillons d'électeurs au profit du Rcd. Des marionnettes à la solde de Kigali Comme le démontrent les combats qui se déroulent depuis quelque temps aux abords de Kanyabayonga, le soulèvement des éléments rwandophones de la 8è région militaire n'a qu'une seule inspiration : la volonté de Kigali de reprendre pied en Rdc. Ayant compris que la Communauté internationale, même dans son hypocrisie, ne pourrait tolérer une agression aussi caractérisée de la Rdc au moment où elle pousse celle-ci à demeurer dans la logique des élections inhérente à la transition en cours, Paul Kagame a finalement choisi de procéder par personnes interposées. Et qui peut bien jouer ce rôle sinon ses propres concitoyens qu'il s'est mis à infiltrer en territoire congolais sous le couvert par exemple du retour de réfugiés tutsis congolais ? A cet égard, il est bon de noter qu'une fois de plus, alors que l'agression rwandaise ne fait plus aucun doute et qu'elle est lorsqu'il vient de faire une promenade lucrative en Rdc, de se doter au préalable d'un alibi qui consiste à créer à partir de rien une organisation supposée avoir pris les armes contre le pouvoir établi. Telle a été l'Afdl et Laurent-Désiré Kabila, tel est le Rcd et sa chaîne de leaders interchangeables, tel semble être aujourd'hui le coup des rwandophones de la 8è région militaire. Décidément, l'histoire est un perpétuel recommencement. BONDO NSAMA SALONGO HEBDO 23/12/2004 |