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JOURNAL SALONGO
HEBDO République Démocratique du Congo Editeur - Directeur Responsable: Bondo Nsama site http://www.salongo.best.cd [email protected] |
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Journée ville morte à Kinshasa
Un désaveu pour le «1+4» Mobutu en avait fait les frais Il y avait bien longtemps que le
phénomène des journées " ville morte " qui avait
vu le jour au lendemain de l'ouverture démocratique en RDC avait
fini de faire parler de lui. On le croyait donc définitivement
rayé des mœurs politiques, d'autant plus que les forces qui
l'avaient adopté et utilisé comme arme de pression contre
le régime Mobutu n'en avaient plus apparemment ni la
capacité ni peut-être même l'envie, les unes et les
autres minées par des divisions internes ayant abouti à
des désertions et des trahisons de ceux-là mêmes
qui étaient considérés à tort ou à
raison comme les laborantins stratégiques.
Nous voici donc replongés dans cette ambiance particulière où le pouvoir en place est obligé de jouer au chat et à la souris avec une frange de la classe politique et des forces sociales ayant réussi à mobiliser une partie non négligeable de la population autour d'un mot d'ordre. Hier c'était le camp du changement, incarné par l'ex-Union sacrée de l'opposition, contre celui du statu quo emmené par le MPR moribond mais encore capable de faire du mal. Aujourd'hui le clivage oppose d'une part les gestionnaires de la Transition soupçonnés d'avoir délibérément traîné les pieds pour justifier le recours inévitable à la prolongation de 6 mois éventuellement renouvelable 1 fois, et de l'autre, les irréductibles hostiles à tout prolongement au-delà de la date du 30 juin 2005 signifiant la fin normale de la transition. Pourquoi une journée ville morte ? Lundi 10 janvier
dernier, ceux qu'il convient désormais d'appeler les
inconditionnels du 30 juin 2005 avaient vu leur initiative d'organiser
une marche, non autorisée faut-il le souligner, de protestation
contre la perspective d'une prolongation de la transition
étouffée dans l'œuf et les manifestations de rue
réprimées dans le sang. La tension qui en a
résulté sur fond de controverse autour du nombre des
victimes et des responsabilités de cette violence
meurtrière présageait une double issue contradictoire :
soit du côté de l'autorité un durcissement du
dispositif policier pour contrer tout velléité de
troubler l'ordre public par une quelconque forme de manifestation, soit
de la part des organisateurs frustrés de la marche la
volonté de défier le pouvoir par la programmation d'une
autre marche, quitte à la faire précéder par des
démarches administratives adéquates.Sans doute parce que le ministère de l'Intérieur et l'Hôtel de Ville de Kinshasa avaient estimé avoir réussi l'essentiel au point de juger improbable dans l'immédiat une quelconque perturbation, aucune mesure particulière n'avait été envisagé à titre préventif. Sentiment corroboré par l'assurance, voire l'arrogance avec laquelle le ministre de l'Intérieur Théophile Mbemba et le gouverneur de la ville Jean Kimbunda avaient minimisé la rumeur d'une possible journée ville morte le vendredi 14 janvier. Par contre, les organisateurs de la marche ratée avaient une revanche à prendre aussi bien vis-à-vis d'eux-mêmes pour avoir cru narguer le pouvoir sans avoir pu concevoir au préalable une stratégie de rechange immédiatement applicable qu'à l'endroit de la population victime de la répression policière qui pouvait éventuellement les accuser d'avoir voulu l'entraîner dans une aventure. Culpabilisés par les autorités de la transition qui avaient trouvé là l'occasion de se laver les mains sur les regrettables conséquences des affrontements entre policiers et manifestants, ils pouvaient facilement passer aux yeux de l'opinion au minimum comme des irresponsables et au pire comme des criminels involontaires. Pour eux, il fallait agir vite pour dissiper le doute. C'est ainsi qu'une seconde marche n'ayant à l'existence aucune chance d'aboutir vu l'inévitable refus d'autorisation de l'Hôtel de Ville, est sortie des oubliettes la bonne vieille tactique de la journée ville morte qui ne souffre que d'un seul inconvénient, majeur il est vrai, celui de ne pas être suivie et donc de décrédibiliser ceux qui l'avaient décrétée. Un désaveu pour 1 + 4 Ce n'était d'abord qu'une simple rumeur, plus ou moins fantaisiste, transmise de bouche à oreille comme par amusement. Mais à voir avec quelle efficacité la rumeur s'est transformée en réalité que seule la mauvaise foi de quelques-uns a osé nier, on croirait rêver. Le vendredi 14 janvier 2005, n'en déplaise aux aveugles conscients ou inconscients, Kinshasa a été quasi paralysée pendant la majeure partie de la journée et n'a repris quelque peu le souffle qu'au crépuscule du soleil. S'il y avait encore le moindre doute depuis les violences du 10 janvier sur la détermination du peuple congolais à exiger des élections qui ne soient pas différées sous le prétexte de la prolongation constitutionnelle, il a été sûrement balayé par la journée ville morte de vendredi dernier. Et cela au grand dam de la paire Théophile Mbemba et Jean Kimbunda qui, la veille, avaient joué aux matamores en lançant des appels qui n'ont pas été suivis et en imaginant à coups de sondages-bidons sur la chaîne publique des stratégies-bidon à l'instar de ces bidons de 5 litres de carburant distribués vendredi aux conducteurs des véhicules pour garantir une circulation normale et faire croire à une journée normale. Echec et mât. Sous d'autres cieux et dans des circonstances analogues, un homme public que les événements désavouent de manière aussi cinglante dans l'exercice de ses fonctions se résout aussitôt à remettre sa démission. Pour peu, naturellement, qu'il ait le sens de l'honneur et de la dignité. Surtout que c'est précisément dans le district de la Tshangu, considéré comme leur fief naturel, que le phénomène a été le plus patent par son ampleur. Mais, au-delà de ces deux personnalités qui, toute honte bue, cuvent en secret la déconfiture de leur contre-offensive pour empêcher l'effectivité de la journée ville morte le vendredi dernier, c'est l'ensemble de l'appareil du pouvoir de transition que cette démarche a désavoué. C'est ce genre de signaux qui ne trompent pas sur la rupture du lien entre le peuple et ses gouvernants, sur le discrédit des hommes au pouvoir, sur le ras-le-bol du souverain. Une fois de plus, en cette journée ville morte, la formule 1 +4 en a pris pour son grade. C'est désormais le fantôme d'une réalité qui passe de plus en mal au sein de l'opinion. Perçue comme la preuve par excellence de l'indisponibilité des gouvernants à s'occuper de l'essentiel, c'est-à-dire la préparation des élections, elle a été au cours de cette journée disqualifiée par cette autre formule sans appel : " Bakende, balongwa " (Qu'ils s'en aillent). Il n'est malheureusement pas sûr qu'ils soient conscients de ce désaveu, si l'on en juge par le climat de ces derniers jours au sein de l'espace présidentiel et du gouvernement. Mobutu n'y croyait pas non plus Retranché dans sa forteresse de Kawele alors que les journées ville morte se succédaient dans la capitale, l'éloignant de plus en plus du peuple, le défunt maréchal Mobutu n'avait jamais cru qu'il était en train d'être vomi par la même population qui l'adulait. Nous avons été personnellement témoin, foi de journaliste, de son étonnant aveuglement devant la réalité vraie qui se déroulait à Kinshasa devenue à l'époque une zone occupée par l'opposition dite radicale. A ses yeux, les journées ville morte et autres actions de sape de son pouvoir orchestrées par ses adversaires politiques n'étaient que des gesticulations, et il continuait de croire dur comme fer qu'elles ne pourraient en rien ébranler son pouvoir ni remettre fondamentalement en cause sa relation avec le peuple. Jusqu'au bout, il a entretenu en lui cette illusion. C'est justement, hélas, la même illusion que nourrissent les acteurs de la transition au regard de toutes ces manifestations qui, depuis le 3 et 4 juin 2004, jusqu'à cette journée ville morte du 14 janvier 2005, démontrent qu'il y a une fracture qui s'installe entre le peuple et ceux qui ont signé et exécutent en son nom l'Accord global et inclusif. Tels qu'ils se comportent en effet, c'est comme si ces clameurs populaires n'ont jamais existé. Est-il, à cet égard, meilleure preuve d'aveuglement que l'obstination du PPRD à vouloir conserver la main-mise sur la petite territoriale, l'exigence des soldats de l'ex-ANC du RCD de conditionner leur intégration dans les FARDC et la menace voilée du MLC de claquer les portes des institutions transitoires, toutes manœuvres signifiant blocage du processus conduisant aux élections que la population réclame à cor et à cri ? Mobutu avait fait les frais de son obstination. C'est le sort qui attend les acteurs de la transition s'ils continuent de se boucher les oreilles et la vue. BONDO NSAMA SALONGO HEBDO 21/01/2005 |