Politique
Préparatifs des batailles électorales
Déjà le temps des alliances

Les «sans bases réelles» se font bouffer

A quoi ressembleront les élections générales prévues cette année en Rdc ? Si l'on en juge par la vive controverse, qui  est loin de s'estomper, autour de la nécessité ou non de prolonger la transition au-delà du 30 juin 2005, elles pourraient avoir l'air d'une grande foire d'empoigne. Mais en attendant que les violons s'accordent sur ce sujet, à la faveur peut-être des concertations initiées par le séminaire interinstitutionnel, force est de constater qu'au sein de la classe politique l'adage selon lequel " qui veut aller loin ménage sa mouture " est plus que jamais à l'ordre du jour.

Jusqu'il y a peu en effet, les acteurs politiques, ceux principalement qu'évoluent dans les institutions de la transition, n'avaient pas vraiment intégré dans leurs schémas les élections comme une donnée prioritaire. A dessein pour les uns pour des raisons bassement matérielles liées aux avantages immédiats qu'ils tirent de leur présence au sein des différents rouages institutionnels et qu'humainement ils souhaiteraient voir se prolonger autant que possible. Par défaut d'assises électorales réelles pour les autres aux yeux de qui tout prolongement constitue un sursis salutaire face à l'incertitude d'affronter les élections avec quelques chances de réussite.

Comment se préparer ?

La classe politique, du moins celle qui espère par ambition ou par opportunisme jouer quelque rôle après la transition, en était encore à raisonner sur base d'une prolongation qu'elle s'est employée à rendre inéluctable, lorsque s'est abattue la surprise du 10 janvier 2005 confirmée par la journée significative du 14 janvier 2005. Deux journées qui ont fait clairement comprendre aux uns et aux autres la nécessité de réviser leurs calculs et de prendre désormais en compte une éventualité à laquelle ils avaient délibérément tourné le dos, à savoir que les élections puissent se tenir avant le 30 juin 2005, en se rendant à l'évidence que la pression politique conjuguée à la pression populaire s'est si bien fait sentir que tout peut s'accélérer.
Ceci est d'autant plus vrai qu'un parti comme le Pprd considéré généralement comme favorable à une prolongation rendue nécessaire par les circonstances conformément aux dispositions de l'article 196 de la Constitution, a jeté un beau pavé dans la mare en se rangeant lui aussi dans le camp des partisans de la tenue des élections avant le 30 juin 2005.
A ce égard, le parti du Chef de l'Etat est même allé au-delà des exigences formulées jusque là puisque, par la bouche de son secrétaire général Vital Kamerhe s'exprimant dernièrement à Tshikapa au Kasaï-Occidental, il a estimé qu'il verrait assurément d'un bon œil que ces élections soient organisées en avril 2005 de sorte que la charte du 30 juin 2005 corresponde à l'installation des nouvelles institutions issues des urnes.
C'est dire toute l'importance qui apparaît aujourd'hui pour chaque groupement politique de se préparer à toute, les éventualités compte tenu de l'imprévisibilité des événements, en privilégiant celle qui se présente sous le jour le moins favorable, c'est-à-dire l'organisation du scrutin endéans le délai normal de la transition quand bien même la probabilité de cette échéance tiendrait du miracle. Et nul en réalité ne l'ignore.
Mais voilà, toujours est-il qu'en termes d'élections et dans le contexte actuel, il vaut mieux psychologiquement penser avant le 30 juin 2005 plutôt qu'après. De peur d'être pris de court si un fâcheux concourt de circonstances parvenait à imposer le schéma depuis 19 mois que l'on s'était efforcé de disqualifier.
Rien qu'à voir la manière dont bon nombre d'acteurs politiques avaient élevé la voix pour exiger une lecture purement juridique et non politique de l'article 196, l'on peut conclure à l'angoisse que provoque l'idée même des élections pour des hommes et des femmes appelant secrètement de leurs vœux le maintien du statu quo.
Dès lors, la grande question qui hante les états-majors politiques est de savoir dans quel ordre de bataille et avec quelles armes faudra-t-il aborder la compétition électorale, une compétition qui a toutes les chances d'être rude et à laquelle ne peuvent véritablement prendre part que des partis aguerris.


Des coalitions précipitées

Dans un tel climat d'angoisse et d'incertitude, bien de partis politiques se trouvent désemparés. La raison principale en est que pour la plupart, institués essentiellement autour du fondateur et de quelques membres de famille et d'amis, il n'existe aucune base électorale sur laquelle ils peuvent compter pour concourir aux élections. Affronter l'électoral avec un tel déficit équivaudrait tout simplement à un suicide prémédité.
Or, un parti politique en Rdc, fût-il limité à une dizaine de membres composant le comité directeur, est une carte de visite négligeable pour qui en est le président. Aussi en est-il pas étonnant de voir des responsables de partis politiques qui ne peuvent justifier d'aucune assise populaire prétendre jouer les premiers rôles dans des concertations politiques et se faire même prendre au sérieux par des partenaires naïfs. Il n'empêche que les intéressés eux-mêmes sont conscients du handicap fondamental dont souffrent leurs partis du fait de l'insignifiance du nombre de leurs adeptes quand ils peuvent en avoir, et donc assez lucides pour ne pas se hasarder tout seul dans la bataille électorale.
C'est l'explication qui paraît convenir à la situation vécue la semaine dernière où l'on a vu défiler des dirigeants d'un certain nombre de formations politiques auprès du président du Rcd, Azarias Ruberwa, aux fins de lui proposer de convoler en justes noces électorales. Si les uns se sont bornés à offrir au leader du Rcd un cadre de concertation permanent entre formations partageant la même vision sur les options fondamentales de l'Etat, d'autres par contre se sont tout simplement jetés dans les bras du Rcd avec corps et quelques biens.
Certes, dans une démocratie qui se veut forte, l'émiettement de la cartographie politique est davantage un frein qu'un stimulant, et que le regroupement par affinité, pour constituer de grands ensembles politiques participe d'une conception progressiste de la vie politique. Mais en réalité la démarche de ces partis en direction du Rcd, comme d'autres le font également ou seront obligés de le faire en prenant langue avec d'autres forces politiques reconnues comme telles, vise avant tout, dans le chef des dirigeants de ce parti, à s'assurer un avenir au lendemain des élections. Cela dans la mesure où selon toute vraisemblance, les élections se dérouleront sur base de listes de partis au niveau des élections locales jusqu'aux législatives.
Figurer en bonne place sur la liste électorale d'un grand parti, telle semble être la motivation première de ces mariages de circonstance inaugurés au siège du Rcd et qui se poursuivront certainement avec d'autres acteurs à la permanence d'autres partis " vertébrés ".


Stratégie illusoire

En décidant de se désintégrer au profit du Rcd et autres Mlc, Pprd ou  DC et Udps, les formations qui prennent ce genre d'initiatives se donnent ainsi le droit de négocier des positions éligibles sur la liste des partis intégrateurs. C'est un peu du donnant donnant, et c'est de bonne guerre.
Pour autant, rien ne garantit que ces calculs se révèlent exactement rigoureux quand on sait notamment que le choix des listes de partis comporte également le vote préférentiel par liste et que, de ce fait, figurer en position confortable ne signifie nullement élection automatique dès lors que les votes préférentiels risquent de faire la différence sur une même liste.
Ceci revient à dire que les alliances conclues avant les élections ne garantissent rien à ceux qui croient pouvoir ainsi assurer d'avance leur élection. Au contraire, c'est l'après-élections qui justifie la mise en œuvre des coalitions puisqu'il est d'ores et déjà acquis qu'aucun des partis politiques en présence ne pourra franchir la barre des 50% lui permettant ainsi de gouverner seul s'il le veut.
Ce sont donc les résultats électoraux qui, dans la mesure où ils ne dégageront pas de majorité au profit d'un parti quelconque, qui détermineront les formations politiques qui auront récolté une bonne moisson d'élus, à nouer des alliances en vue de constituer une majorité de gouvernement, le poids électoral de chaque parti dans le cas d'espèce étant essentiellement fonction du nombre d'élus.
En conséquence, plutôt que de se lancer dès maintenant dans des alliances qui peuvent se révéler sans lendemains, les partis qui ambitionnent de gouverner le pays devraient veiller en priorité à solidifier leur base sinon à s'en pourvoir par un effort conséquent d'implantation dans le but d'engranger le maximum de dividendes aux élections.
Le Pprd, qui l'a bien compris, s'est déjà mis à l'ouvrage. Parce que tout reste à jouer et tout reste à gagner, aucun parti politique ne peut prétendre avoir déjà fait l'essentiel pour faire bonne figure aux élections, étant donné que ce genre de compétition et contrairement à la légende de la tortue face au lièvre, ce sont les plus rapides à mettre en mouvement leur machine électorale qui s'assurent les plus grandes chances de rafler la mise.
Bondo Nsama


© SALONGO HEBDO 04/02/2005

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