JOURNAL SALONGO
République Démocratique du Congo
Editeur - Directeur Responsable:
Bondo Nsama
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Le Kivu en guerre

 

 

Depuis une semaine, la province du Nord-Kivu est de nouveau secouée par des affrontements dont les bilans en perte de vies humaines différente d'un camp à l'autre. Mais au-delà des remous provoqués par cette énième agression, les Congolais doivent s'unir comme un seul homme pour bouter les agresseurs hors du territoire national. Quant aux animateurs des institutions de la Transition, l'heure de la vérité est arrivée. Au-delà des discours démagogiques, c'est le moment de passer aux actes pour chacun d'eux. Il est temps de débusquer les collaborateurs de Kagame au sein des institutions de la Transition. Au lieu de se préoccuper de leurs intérêts égoïstes, tous les animateurs des institutions transitoires doivent privilégier l'intérêt supérieur de la Nation. Le Kivu qui est en guerre est une partie de la RDC. Le gouvernement central doit doter les forces armées de tout ce dont elles ont besoin pour vaincre l'ennemi et le dissuader de recommencer ultérieurement.

 

La Monuc toujours aveugle

 

Plus d'un observateur reconnaît aujourd'hui le rôle combien mitigé joué par la Monuc en Rdc au regard de ce qui se passe actuellement dans le Nord-Kivu. Alors qu'il s'est avéré que les troupes rwandaises ont repris des incursions en terre congolaise. Il n'y a que la Monuc pour prétendre le contraire, en ne reconnaissant pas ce casus belli. Ce comportement partisan risque d'avoir sur le plan international des répercussions fâcheuses suite aux rapports tronqués de la Monuc au sujet des opérations qui se déroulent dans plusieurs localités de cette province à savoir Kanyabayonga, Minova et autre Mikobo. En dépit de ces dénégations de la Monuc, les Fardc devront donc se surpasser en vue de repousser les assaillants et leurs alliés rwandophones dans leur dernier retranchement car trop, c'est trop.

En effet, l'évolution sur le terrain des opérations a permis à la Monuc à se dévoiler en faisant montre d'une duplicité déconcertante au moment où au conseil de sécurité, des résolutions sont prises en vue d'un règlement concerté de la crise dans la région des Grands Lacs en usant des mécanismes existants. Dans tous les cas, la Monuc se trouve bien placée pour tirer les conséquences de sa neutralité bienveillante car tôt ou tard, la situation risque de dégénérer notamment avec l'implication des différents groupes armés tels que les Maï-Maï.

 

Fardc : la logistique ne suit pas

 

Dans la perspective de la restructuration des Forces armées de la Rdc, il serait logique de lever l'embargo sur les armes qui continue à peser sur cette intégration. En effet, une véritable intégration des Fardc ne pourra se réaliser sans une logistique conséquente, susceptible de permettre aux troupes congolaises de se mouvoir comme il sied en cas d'une attaque éventuelle. Or le manque criant de matériel militaire handicape sérieusement aujourd'hui les troupes loyalistes qui combattent actuellement contre l'Armée patriotique du Rwanda dans le Nord-Kivu.

Les Fardc éprouveraient donc de réelles difficultés en vue d'assurer leurs positions faute des moyens logistiques suffisants face à des troupes requinquées de l'Apr étant donné que le Rwanda ne fait plus l'objet d'un quelconque embargo sur le plan international. Cette politique de deux poids, deux mesures devra être également décriées dans la perspective des échéances électorales dont la tenue paraît de plus incertaine au regard de la situation prévalant dans le Nord-Kivu et qui aurait pu être facilement maîtrisée avec l'implication de la Monuc. En effet, cette dernière dispose des moyens militaires importants capables de mettre tous les protagonistes au même diapason au lieu de se distinguer par des partis pris dans cet engrenage infernal moins qu'on puisse dire mobiliser les moyens en hommes et en troupes pour contrer cette énième agression, au besoin avec l'appui des certains pays " amis " de la Rdc.

 

8ème Région : Enfin Obed s'en va avec beaucoup de retard

 

Officier supérieur de l'ancienne branche armée du RCD, le général Obed a eu le privilège d'être nommé commandant de la 8me région militaire. Autrement dit, ce rwandophone est resté maître d'une bonne partie du pays naguère contrôlée par la rébellion pro-rwandaise. Sa nomination à la tête de la 8me région militaire n'était pas conforme à l'esprit et à la lettre de l'accord global et inclusif. En effet, dans une province, le gouverneur et le commandant de région militaire ne doivent pas être issus d'une même composante ou entité.

Ce principe qui est de rigueur dans toutes les autres provinces de la RDC a été bafoué dans le Nord-Kivu pour des raisons évidentes. En effet, le RCD/Goma, qui a toujours obtenu tout ce qu'il exige, a obtenu gain de cause en contrôlant l'exécutif provincial et le commandement militaire de cette partie très sensible du Kivu. Le RCD a voulu et obtenu ces deux nominations pour lui permettre d'être en phase avec le parrain rwandais qui lui dicte instructions et directives.

Depuis quelque temps le commandement de la 8me région militaire est confié à un intérimaire. Le général Obed dont on n'avait plus entendu parler vient de s'illustrer par la mutinerie de certains éléments sous son commandement. Notamment les rwandophones qui, pour des raisons évidentes, ont préféré suivre leur frère ethnique. Depuis , il existe actuellement deux commandements parallèles à la tête de la 8me région militaire. Le premier est dirigé par le colonel Bindu et qui est resté fidèle au gouvernement. L'autre, regroupe les officiers congolais d'expression kinyarwanda qui sont attachés à Laurent Nkundabatware et qui n'obéiraient plus au commandant de la 8me région militaire. Au moment où cette partie du pays est secouée par une énième agression rwandaise et en l'absence du commandant de région titulaire, le général Obed Rwibasira qui séjourne toujours à Kinshasa, la reprise de service du général Obed n'avait pris aucune disposition pour mettre aux arrêts cet officier mutin. L'Etat-major général des Fardc sera-t-il en mesure de neutraliser cet insurgé ? Rien n'est moins sûr. Ce qui est sûr, c'est que le général Obed Rwibasira qui devait partir depuis longtemps, s'en va avec beaucoup de retard. Tant mieux. Ne dit-on pas qu'il vaut mieux tard que jamais ? Il est remplacé à la tête de la 8me région militaire par le général Amisi qu'il succède à la 5me région militaire (Kasaï Oriental).

 

Après le Nord, le Rwanda tenté par le Sud-Kivu

 

Depuis toujours, le Rwanda veut avoir une main mise totale sur le Kivu. C'est dans ce contexte qu'il a toujours soutenu financièrement et militairement les leaders Tutsi et Hutu congolais. Non pas pour leurs beaux yeux, mais parce qu'ils sont les seuls qui puissent lui permettre de réaliser son rêve chimérique d'annexer cette partie de notre pays à son pays. Chapeau bas au compatriote Tutsi congolais Masunzu qui a toujours dit non à l'homme fort de Kigali. Au contraire, le commandant Masunzu se considère comme un Congolais à part entière qui privilégie l'intérêt supérieur de la Nation au détriment des intérêts égoïstes.

Malheureusement, à l'instar des institutions nationales, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont infiltrées des traîtres et des collabos qui sont au service du régime rwandais. D'où la multiplicité d'événements qui se succèdent dans cette partie du territoire national frontalière du Rwanda. Nkundabatware, Mutebusi et autre major Kasongo reçoivent instructions et directives de Kigali. Les événements sanglants qui se sont produits dans le Sud-Kivu depuis la mise en place des institutions de la Transition s'inscrivent dans le cadre des objectifs poursuivis par Kagame. Force est de constater que toutes les tentatives d'embraser le Sud-Kivu ont échoué.

En déclachant les hostilités dans le Nord-Kivu, Kagame et ses complices Congolais entendent empêcher l'extension de l'autorité du Gouvernement sur cette contrée qui a toujours été sous le contrôle de Kigali par le biais du RCD/Goma. Les événements qui se déroulent actuellement dans le Nord-Kivu devraient permettre à Kagame d'enflammer également le Sud-Kivu. Pour tout dire, après le Nord-Kivu où ses troupes soutiennent les mutins, Kagame est de nouveau tenté par le Sud-Kivu. Le contrôle de ces deux provinces permettrait au Rwanda d'être totalement maître de cette contrée où ses troupes pillent allègrement les ressources naturelles congolaises.

 

Une guerre idiote

 

La guerre qui se déroule actuellement au Nord-Kivu inquiète l'ensemble du peuple Congolais. Elle illustre l'amateurisme et les atermoiements des animateurs des institutions de la transition. En effet, les velléités guerrières de Kagame sont connues de tout le monde. Des dispositions pratiques auraient dû être prises pour dissuader le va-t-en-guerre de Kigali de troubler de nouveau l'ordre dans cette région. Malheureusement, par divers subterfuges et grâce aux complicités de Kinshasa, rien n'a pu être fait pour l'intégration de l'armée. Les signes annonciateurs de la guerre actuelle étaient visibles depuis plusieurs mois. Il s'agit notamment de l'insécurité généralisée dans la ville de Goma où plusieurs compatriotes ont été assassinés.

Maintenant que les affrontements font rage dans le Nord-Kivu, l'Etat-major général des Fardc doit prendre toutes les dispositions pour venir à bout des soit disant insurgés. Quelques éléments de la 8me région militaire ne peuvent pas narguer toutes les Fardc. Les forces gouvernementales ont l'obligation morale de relever ce défi. Il y va de la crédibilité non seulement de toutes les Fardc, mais surtout de tout le peuple congolais. Toute la vaste étendue de notre pays doit servir de base arrière pour l'approvisionnement des troupes au front.

Certes, la RDC est sous embargo, mais ce n'est pas une raison pour accepter cette énième humiliation. Les insurgés et/ou les mutins de la 8me région militaire doivent être mâtés. A tout prix. Aucune excuse n'est permise. Qui veut la paix, prépare la guerre. Depuis la mise en place des institutions de Transition, la haute hiérarchie militaire congolaise, contrairement aux politiciens, devraient s'organiser pour permettre aux Fardc de faire face à toute éventualité.

JOURNAL SALONGO, 17/12/2004


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