7 d�cembre 2003

Il est rond, le ballon

L'invitation �tait irr�sistible : la vieille bande lan�ait un livre en grande pompe ! Georges Schwartz et Jacques Gagnon � la plume, Pascale Cifarelli qui organise, tire les ficelles, �dite et commande le buffet. Et Saputo qui tient tout �a � bout de bras. �a voulait dire qu'ils seraient tous l�. Il ne fallait pas manquer �a !

En approchant de la grande salle du Sheraton Laval o� se d�roulait le lancement, celui de Histoire du soccer qu�b�cois, on pouvait d�j� sentir les ar�mes d'un buffet royal. Les discours �taient longs et certainement trop nombreux - m�me le d�put�, simonaque! - mais personne ne songeait � quitter les lieux. Plus �a allait et plus �a sentait bon.

Quand Claudine Douville a dit � voil� pour les discours �, elle n'a pas eu le temps de finir sa phrase que nous avions d�j� la bouche pleine : p�tes d�licates, viandes succulentes, salades mamma mia !, sushis (parce que le foot, c'est mondial), fromages et desserts, ouh ! l� l�! les petites mousses qui font les grosses bedaines, les canolli que si vous savez pas ce que c'est �a urge au rayon des sucreries, et je n'ai rien dit des vins.

Bon, j'ai l'air goinfre comme �a, mais il m'a fallu trois bons quarts d'heure avant de me frayer un chemin jusqu'� une table, car j'avais d'abord du monde � rencontrer.

J'en avais rep�r� plusieurs pendant les discours. Roger Samson, qui n'a pas beaucoup vieilli � part un peu de gris, Pierre Mindru, � qui j'ai donn� tant de sueurs froides lorsque j'�crivais mes folies surle Manic, Jean Trudelle avec sa barbe d'ayatollah, Francis Millien, qui a pris juste un tout petit peu de poids, Pari Arshagouni l'arbitre, Pino Asaro et des t�tes famili�res, parce que le foot, c'est une grande famille.

Pas vu mon principal rival du temps, Jean-Denis Girouard, du Journal de Montr�al, ni Randy Phillips, from The Gazette. Ni mon R�jean Tremblay, qui est aussi le v�tre. Tout le monde ne pouvait �tre l�, c'est normal. R�jean grelottait au match de hockey en plein air, fallait bien qu'il gagne sa vie. Priv�s de buffet, les pauvres !

Un gros trip
Un lancement de livre, donc, ne perdons pas le cap, un autre sur le soccer qu�b�cois. Heureusement, Histoire du soccer qu�b�cois, ce sont des histoires, une pr�sentation des faits marquants de la passion du ballon rond de ce c�t�-ci de l'Europe...

En y allant, je salivais � l'id�e de lire l'histoire du Manic racont�e par Schwartz et Gagnon. Le joallier d'origine hongroise et le journaliste qu�b�cois connaissent bien le sujet. Lisez plut�t: � Des entra�neurs de renom (...) avaient permis � un grand nombre de joueurs canadiens d'�voluer dans un contexte professionnel remarquable, et dans un cadre de jeu qui appelait au d�passement. � R�citez avec cet accent europ�en inimitable... Du Schwartz, s�rement.

On ne s'�tonnera pas d�s lors que Histoire du soccer qu�b�cois soit un bijou. Les �v�nements, quelques anecdotes, les dates sont l�. Cette histoire est en train de se faire, mais un rapport d'�tape ne fait pas de mal. Celui-l� fait du bien.

Ce soir il pleut, il fait froid et je feuillette avec plaisir, bien au chaud, une histoire de chaleur, d'�quipes et de noms. Le bout que j'ai v�cu, c'est le Manic, du d�but � la fin, de la naissance � la fin.

Je me sens sourire quand je pense � Gordon Hill, Eddie Firmani, Dragan Vujovic, Thompson Usivan. J'en ai pass� de bons bouts avec eux autres, ils ne m'ont s�rement pas toujours trouv� dr�le mais on s'aimait bien et ce fut un gros trip.

Des estomacs en inox
Une ou deux anecdotes, si vous voulez : premier camp d'entra�nement � South Dade, en Floride, au motel o� logent l'�quipe et les journalistes, je finis mes textes du premier jour, des heures de travail, et je vais retrouver Jean-Denis Girouard � sa chambre de motel pour voir s'il est pr�t � aller souper. Mon coll�gue du Journal ach�ve d'�crire, encore trois minutes, en fait il est en train de se relire, il va transmettre et fermer son ordinateur portable. Je m'appuie contre le cadre de la porte et mon �paule ferme l'interrupteur de la lampe sur lequel est branch� l'ordinateur de Jean-Denis. Il n'avait pas mis en m�moire, j'�teins son bidule. Jean-Denis n'a pas eu besoin de me casser une jambe, j'�tais d�j� dans le pl�tre pour la fracture d'une cheville subie lors d'une rencontre amicale entre l'�quipe et les journalistes, trois jours avant le d�part. Il s'y est remis et a tout r��crit en deux heures et on est rest� bons amis assez longtemps. Mais quand j'ai �chang� Gordon Hill, dit Gordie Baby, au Sting de Chicago, je crois qu'il en a �t� physiquement malade.

Une autre ? La veille d'un match de s�rie �liminatoire contre le Cosmos de New York, ayant fini d'�crire, je descends au bar-salon de l'h�tel vers une heure du matin. Quatre ou cinq joueurs du Manic sont au bar et boivent du fort dans de grands verres. Je ne veux pas le croire. Ils sont saouls et dans une douzaine d'heures ils affrontent de grandes pointures: Glorgio Chinaglia, Carlos Alberto, Gerg M�ller, l'entra�neur Franz Beckenbauer, des l�gendes vivantes ! Je me dis bon, on verra demain, s'ils se font planter, s'ils jouent mal, je pourrai expliquer pourquoi. Or le lendemain, ils, je veux dire ces buveurs, ont fait un malheur, ils ont jou� superbement et le Cosmos l'a difficilement emport�, j'ai oubli� le score, mais c'�tait par un but. � partir de ce jour, je ne me suis pas inqui�t� de leurs folles. Des estomacs en inox !

Eddie...
Des fois, Eddie Firmani et moi, on ne se parlait plus, ou on se faisait la baboune pour un petit bout. J'avais �crit quelque chose, il n'�tait pas d'accord mais Eddie finissait toujours par m'inviter � boire avec lui une bouteille de vin et � oublier tout �a. Firmani �tait un �tre vraiment sp�cial. Italien d'origine sud-africaine, premier entra�neur de Pel� hors du Br�sil, grande vedette chez les sheiks milliardaires du Golfe qui l'appelaient encore r�guli�rement pour lui offrir de coacher dans le d�sert en �change d'un palace et de deux Bentley. The one and only vit aujourd'hui en Floride (sinon on l'aurait vu au lancement).

Une fois, sur la c�te Ouest, Eddie �tait en col�re contre moi, je ne me rappelle plus � quel propos. Il avait pris Jean-Denis et moi comme gardiens de buts pour un match interne de s�lection en vue du prochain match. Un ballon de soccer, chez les pros, �a rentre comme une roche, le saviez-vous ? Je ne m'en �tais pas dout� jusqu'� ce jour. En tout cas, s'il voulait se venger de quelque chose, il avait trouv� la mani�re. J'ai v�cu de vrais instants de terreur, le goal derri�re moi et cette bande de loups affam�s devant. Un tir solide m'a atteint aux c�tes et quand j'ai repris mon souffle, je pensais que quelqu'un m'avait frapp� avec un b�ton de baseball ! En fait, t�t dans la rencontre, j'ai compris que mon style � moi - chacun le sien - c'�tait de m'enlever de l� quand je voyais arriver le ballon ! Sur les bras, sur les jambes, a�e! �a faisait mal. Dire que dans les rangs les moins cultiv�s de la soci�t� qu�b�coise, on affirmait que le soccer, c'�tait un sport de tapettes. � un certain moment, je me suis retrouv� au milieu d'une m�l�e et c'est encore tout frais dans ma m�moire, Alan Willey a frapp� le ballon avec sa t�te, je n'aurais eu qu'� pencher la mienne pour faire un coco bump. L�, j'avais envie de crier � sortez-moi d'ici ! �

Oui monsieur, Eddie, il avait de la classe et j'ai gard� pour lui une affection toute sp�ciale. Si tu repasses par Montr�al, Eddie, on ira manger une bonne soupe et �cluser un vieux cru.

58 542 spectateurs
Ah ! le Manic. Une trentaine de mois de bonheur dans ma vie. Je ne suis pas pr�s d'oublier.

La belle Histoire de Schwartz et Gagnon est pr�fac�e par R�jean Tremblay. Il en a tripp� un coup avec le Manic, notre t�l�romancier national. Pendant des ann�es apr�s la disparition de notre ch�re �quipe et encore de nos jours, quand on parle de foot, R�jean me r�p�te : � Tu te rappelles le match contre le Sting de Chicago au Stade olympique, 58 542 spectateurs, j'en ai encore la chair de poule! � Ceux qui ont beaucoup fr�quent� l'endroit s'accordent � dire que ces quelques heures ont �t� sans �quivalent dans l'histoire du stade en forme de soucoupe volante. Ce soir-l�, le 2 septembre 1981, le vaisseau de b�ton a l�vit� d'autant plus que la bande � Eddie l'a emport� !

Le Manic nous a donn� un peu de bonheur, mais sa disparition a retard� ici le d�veloppement du sport qui roule le mieux sur la plan�te. Un jour, quand le baseball sera devenu une branche de la pal�ontologie, on continuera de proclamer cette v�rit�. �Every minute, a soccer is born.�.

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Histoire du soccer qu�b�cois, Georges Schwartz et Jacques Gagnon, Qu�bec Soccer, 202 pages, 45 $ (65 $ avec bo�tier).


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