16 septembre 2006


Jacques Godbout, cinéaste et écrivain.
photo : Steve Deschênes

Ça va mal ? La faute aux enseignants !

Didier Fessou

Jacques Godbout, cinéaste et écrivain, porte un regard sombre sur le Québec. À l’en croire, le Québec est en déclin. Les acquis de la Révolution tranquille sont menacés et l’avenir est incertain. Si incertain que la société québécoise ne passerait pas le cap de l’année 2076.

C’est ce qu’on pouvait lire dans une longue entrevue publiée par L’Actualité fin août. Cet article a beaucoup fait jaser.

Après tout, Jacques Godbout est au nombre des artisans de la Révolution tranquille qui ont bâti ce Québec moderne sur lequel lui et les gens de sa génération épiloguent sans fin.

Rencontré à l’occasion de la publication de son dernier roman, La Concierge du Panthéon, Jacques Godbout refuse de parler de cette entrevue: « Oui, j’ai des commentaires à faire et j’en réserve la primeur au journal Le Devoir et à L’Actualité».

Quand ? D’ici une dizaine de jours.

À force d’insister, au fil de la conversation, il consent à ouvrir un peu son jeu. Disant notamment : « Les démographes m’ont dit qu’il était impossible de prévoir ce que pourrait être le Québec dans 70 ans ».

Traduction libre: autant oublier l’affirmation publiée dans L’Actualité selon laquelle le Québec en 2076 ressemblera à un gros Nouveau-Brunswick. Personne ne peut dire ce que sera ou ce que ne sera pas le Québec en 2076.

Autre point soulevé par Jacques Godbout, l’immigration. D’une part, celle-ci a ramené le religieux avec elle. D’autre part, la langue française n’intéresse pas les immigrants. En s’installant ici, ils ont conservé leurs costumes, leurs coutumes, leur religion.

La preuve, ils n’écoutent pas Radio-Canada mais Al-Jazira.

Vis-à-vis de l’immigration, commente Jacques Godbout, notre problème est double: « Une, il faut leur apprendre notre histoire, notre pays, notre culture. Deux, il faut les garder ! Ce n’est pas évident ».

En faisant le constat de l’échec réel ou supposé de la Révolution tranquille, l’écrivain n’est pas neutre. Il est à la fois juge et partie.

À la question de savoir ce qui n’a pas marché, il répond: « C’est un ensemble de facteurs. On peut expliquer le déclin du Québec en évoquant la fécondité, l’illettrisme, la consommation, la publicité... Comme telle, il n’y a pas de cause unique ».

Parlant d’illettrisme, il évoque cette statistique qui révèle que 40 % des Québécois ont de la difficulté à lire un texte simple et à en comprendre le sens. Ce chiffre, dit-il, dénote un dysfonctionnement grave de notre système éductatif.

Où est-ce qu’il y a eu un raté ? « À mon avis, c’est dans l’enseignement. Au moment du débat qui a donné le mot Révolution tranquille, nous n’avions pas compris que nos enseignants ne pouvaient enseigner que ce qu’ils savaient. Nous avons consacré trop de temps au syndicalisme dans l’enseignement et pas assez à la formation des enseignants ».

Et d’ajouter: « Moi, à l’époque, j’aurais été favorable à l’embauche d’enseignants étrangers ».

Il y a eu des coopérants, tout de même ? « Oui, mais ils ne sont pas restés ».

Selon vous, combien d’enseignants étrangers le Québec aurait-il eu besoin à ce moment-là ? « Au moins 2000 ».


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