23 septembre 2006


Jacques Godbout fête ses cinquante ans d’écriture en publiant son dixième roman, La concierge du Panthéon.
Il sera de passage à la librairie Clément Morin demain.
photo : La Presse

Godbout, Mackay et le Panthéon

Jeudi 11 h. Café à la main, notes bien en vues, et Jacques Godbout au bout du fil. Il y a de quoi être impressionné. Par où commencer quand on parle à un des piliers de la littérature québécoise, cinéaste, documentariste et éditeur fort occupé de surcroît ?

Cindy Levesque

Bonne question, d'autant plus que l'écrivain met rapidement cartes sur table: "Je trouve plus facile de faire la promotion d'un essai, dans lequel il y a des idées à défendre. C'est différent pour un roman. Je n'aime pas parler des personnages et de l'histoire, je ne veux pas raconter la fin; un roman se tient tout seul."

Il a raison, bien sûr. Et pourtant il y a beaucoup à dire sur son récit publié aux éditions du Seuil, La concierge du Panthéon, ne serait-ce que parce qu'il constitue une pierre de plus à cinquante années de création et marque le retour de Jacques Godbout le romancier après sept ans où il s'est entre autres consacré à des projets de films.

Ce qui a changé dans son processus d'écriture depuis ses premiers pas littéraires en 1956 pourrait faire l'objet d'un thèse universitaire, s'amuse l'écrivain qui a tout de même consenti une réponse: "Je pourrais parler du parcours des sujets, de l'écriture qui s'est raffinée aussi, sans compter qu'il m'est plus facile d'écrire qu'à l'époque, même si ça reste difficile", résume-t-il.

En fait, depuis L'Aquarium (Seuil, 1962), les personnages de Godbout en ont vu, du pays. "Mon premier roman se situait nulle part. Mes personnages ont par la suite commencé à se promener. Dans le deuxième roman, c'était l'Ouest canadien avec un retour sur Montréal, puis la banlieue dans une roulette avec Salut Galarneau! (Seuil, 1967), et Côte-des-Neiges dans le quatrième. J'ai décidé de les amener plus loin ensuite jusqu'à l'Île verte dans le Bas-du-Fleuve, puis dans la tête des gens avec Les Têtes à Papineau (Seuil, 1981). Maintenant, ils se promènent dans le monde. Ils sont allés en Californie (Une histoire américaine, Seuil, 1986) et cette fois-ci à Paris. C'est un périple des personnages en quelque sorte", raconte Jacques Godbout, lui-même "nomade de nature".

Dans ces voyages, un point commun s'impose: la découverte de soi ou le Québécois confronté au monde, surtout, serait-on porté à croire à la lecture de La concierge du Panthéon.

Julien Mackay, l'écrivain-héros du roman, météorologue québécois recyclé en écrivain, y traverse l'Atlantique pour atteindre le pays mythique de la grande culture où il s'inscrira, croit-il, dans la lignée des grands créateurs.

Dans le quartier latin de Paris, il se cognera le nez non seulement à son inexpérience littéraire, mais aussi au syndrôme du Panthéon, décrit comme l'énorme distance culturelle qui existe entre le Parisien et le Québécois.

Est-ce à dire que la confrontation culturelle constitue l'unique voie pour se définir? "Non, réplique Jacques Godbout, mais dans un roman oui... Il faut confronter la réalité si on veut bien la décrire."

Ce qu'il accomplit avec une efficacité redoutable, dosant réalisme et caricature avec assurance et subtilité, fort de son expérience comme documentariste. "J'ai l'habitude de poser un regard sur les choses, explique-t-il. Quand j'écris, je suis un peu comme une éponge qui absorbe et filtre les informations. J'ai aussi souvent besoin de m'installer dans un lieu étranger, besoin de cette distance pour écrire."

Impossible de savoir toutefois sur quoi ce regard perçant se posera la prochaine fois: film, roman, livre jeunesse (il en a écrit trois), documentaire? "Pour l'instant, je m'occupe de la promotion et réponds aux questions des journalistes", répond-il, laconique.

Mais comme l'écrivait judicieusement un collègue dimanche dernier, à la lumière de ce nouveau roman: "On n'a pas fini avec Godbout". "Tant mieux", répond l'écrivain... et nous aussi.


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