1er septembre 2006
Le Québec dans 30 ans ? «Complexe», dit l'essayiste-cinéaste-romancier Jacques Godbout.
Les commentaires des internautes.
Je respecte Jacques Godbout ; son oeuvre romanesque est importante pour le Québec. Malheureusement, il ne se place pas en position de l’intellectuel qui tente de comprendre le monde. J’ai 24 ans et ma génération organise la résistance via Internet avec les blogues, les courriels… Nos manifestations contre les guerres en Irak, au Liban, nos artistes engagés non seulement au Québec profond, mais en Espagne, en Afrique et en Orient le prouvent. Nos histoires sont autrement plus riches que le laisse entendre Jacques Godbout. Et, en passant, nos technologies permettent d’arrêter de gaspiller du papier. Vous connaissez le papier? [Fabriqué avec] les arbres, la forêt que vous avez dévisagée vous, et votre génération, à coup de chalets dans le Nord...
Francis Halin,
Montréal
Très désolant de lire autant d’inepties débitées de la bouche d’un écrivain. En «déclinologue» en chef, M. Godbout nous explique que les immigrants sont en partie responsables de la déperdition de l’identité québécoise dont il a d’ailleurs commandé la pierre tombale. Il y a dans le discours catastrophiste de l’intellectuel grabataire une peur injustifiée vis-à-vis de l’étranger. Une phobie du reste assez répandue dans la société québécoise. Monsieur Godbout ravive de manière inappropriée des séquelles historiques et prédit aux Québécois le même sort que celui des Acadiens. Il ignore, se disant, qu’une forte majorité des gens qui font le choix de vivre au Québec sont francophones et ont été choisis par les autorités sur la base, entre autres, de leur niveau d’instruction et de leur connaissance du français. Les allophones, constitués d’immigrants asiatiques et latinos, sont minoritaires comparés à ceux francophones provenant de France, d’Algérie, du Maroc, d’Haïti, du Sénégal, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, etc. Autant de pays où le français est langue officielle, sinon très présente dans l’école et l’administration.
Quant aux habitudes de ces «tribus» d’immigrants qui viennent ici pour regarder Al-Jazira, M. Godbout mêle les pinceaux et confond intégration et assimilation. Vivre dans un nouveau pays ne veut pas dire se fondre totalement au détriment de son identité originelle. Les esprits obtus et étriqués doivent savoir qu’il y place au brassage des cultures et que les belles choses naissent du métissage.
Je suis un jeune immigrant d’origine algérienne, francophone devant l’Éternel, aimant écouter autant Mes Aïeux que Matoub Lounes, un chanteur kabyle assassiné pour son engagement identitaire. Je suis un inconditionnel du Devoir et de Radio-Canada autant que des médias algériens que je revisite à l’occasion tantôt par nostalgie, tantôt par souci d’être informé. Suis-je pour autant un mauvais immigrant? Certainement aux yeux de M. Godbout puisque, à le lire, il faudrait que je me défasse de toute mon algérianité pour devenir un citoyen québécois exemplaire.
Le Québec survivra aux prédictions apocalyptiques de M.Godbout, mais ce sera un Québec pluriel, aux accents dissonants mais combien charmants, aux couleurs différentes mais belles et rebelles. Un Québec que M. Godbout, embourbé dans ses visions raciales et ethniques, ne peut hélas imaginer. Tant pis pour lui !
Ahmed Kouaou,
Montréal
Je suis tout à fait d'accord avec M. Godbout. J'ai 24 ans et j'ai le courage de voir que ma génération semble davantage préoccuper à vouloir sauver le monde (ce qui n'est qu'une tendance à la mode parmi tant d'autres) plutôt que de sauver la nation québécoise. C'est pathétique et ridicule. J'ai honte !
Gabriel Latraverse,
Montréal
La définition de nation réside aussi dans le fait d'avoir une histoire commune, alors que monsieur Godbout se désole de voir la nation francophone disparaître dans quelques années, moi je vois la nation québécoise émerger; une nation pluraliste, dynamique, francophone et ouverte sur le monde dans laquelle mes enfants nés d’une mère québécoise pourront s’épanouir et apporter, je l’espère, ce qui a de mieux de leur diversité. L'histoire autant que les nations, monsieur Godbout, sont appelés à se transformer et c'est à nous à définir la société dans laquelle on veut vivre.
Vladimir Alas,
Montréal
C'est bien connu, au Québec, on tue tout messager porteur d'une mauvaise nouvelle. En Amérique du Nord, il faut dire que le contenant a toujours eu plus d'importance que le contenu. C'est d'ailleurs de cette Amérique d'où sortira l'expression de Marshall McLuhan «Le médium est le message», en 1968. Bref, ici, la personne demeure toujours plus importante que les propos qu'elle tient.
Il en va ainsi de l'intervention du directeur des pages culturelles du quotidien québécois Le Devoir, Jean-François Nadeau, dans ce que j'appellerai «L'affaire Jacques Godbout». Ce dernier est romancier, poète, essayiste, dramaturge, écrivain pour enfants et cinéaste. Il est devenu au fil des années l'un des plus importants écrivains de sa génération, influençant surtout le Québec de la Révolution tranquille. Monsieur Godbout ose prévoir la mort de la société québécoise d'ici 70 ans. Il importe peu que l'on soit d'accord ou non avec cette prédiction; chacun a droit à sa vision de l'avenir du Québec. L'important, c'est le contenu de la réaction des gens. Certains discutent de la prédiction elle-même, d'autres s'attaquent à l'homme, au messager.
C'est le cas de Jean-François Nadeau, dont l'aparté sur le sujet s'intitule «La disparition de Jacques Goudbout». Ainsi, en réponse à la prédiction de la disparition de la société québécoise par Jacques Godbout, le journaliste parle ouvertement et sans détour de la disparition du messager. Pour le journaliste, toute cette affaire doit nous ramener uniquement au messager qu'il attaque avec un malin plaisir…
«Tout cela nous ramène au cas Jacques Godbout lui-même. Va-t-il finir par disparaître? En fait, n'y a-t-il pas fort longtemps que l'auteur de Salut Galarneau! se contente de se survivre, accroché tant bien que mal à un nénuphar à la dérive? Cela explique sans doute que, à l'école des macchabées, on célèbre désormais plus qu'on ne le lit ce champion du babillage branché qui nous livre cette semaine dans L'actualité son petit numéro dans la foulée du lancement de La Concierge du Panthéon, son nouveau roman.»
Cette seule citation démontre à quel point le journaliste pratique le réductionnisme, par surcroît, avec des mots creux.[...]
«Sur quoi s'appuie sa prophétie apocalyptique? Sur une courte enfilade d'analyses à la va-vite et sur des constats rabâchés tout de travers: notre société ne fait plus d'enfants, les sources de la Révolution tranquille sont épuisées et la nouvelle génération n'a pas fait ses «humanités». La belle affaire! À juste titre, le collègue Michel Venne observait dans nos pages cette semaine qu'il s'agit de conclusions fortes de café alors qu'elles sont pourtant à peine évoquées sans non plus être démontrées.»
Que voulaient les journalistes Venne et Nadeau du journal Le Devoir ? Une étude universitaire de plus sur le phénomène connu de la dénatalité? Une preuve de plus que les sources de la Révolution tranquille sont effectivement épuisées ? Et qui n'a pas observé les conséquences en notre société du fait que la nouvelle génération ne fasse pas ses «humanités»? Faut-il une étude pour se rendre à l'évidence de l'incidence de la disparition des leçons de logique ? Il suffit de lire Le Devoir pour le démontrer sans équivoque !
Évidemment, l'évidence ne saute pas aux yeux de ceux qui s'attardent davantage au contenant qu'au contenu, au messager plutôt qu'à son message.
Serge-André Guay
Montréal
Monsieur Godbout écrit : « Mais la plus grande menace vient de l'intérieur, de cette génération de cégépiens sans références et sans culture. »
Il ne s’agit pas tant d’un manque de culture, mais d’une culture gauchiste, hédoniste, athée (pardon laïque), écolo-neuneu, pro-amérindienne pavlovienne, d’une culture dans laquelle le «fun» et la «jouissance» sous les valeurs suprêmes. […]
La Révolution tranquille est née d'une population jeune et nombreuse issue de gens encore conservateurs, patriotes et souvent religieux. M. Godbout ne comprend pas que ce sont ces valeurs traditionnelles qui ont fait ce Québec de 1976 qu'il décrit comme l'apogée de notre culture.
Nous avons suivi, par la suite, la pente de l'hédonisme, de l'athéisme, du gauchisme, du refus d'enfanter, de la culture de mort, culture que M. Godbout semble encore par nostalgie et psychorigidité trouver bonne.
Louis Meigret,
Encinitos (Californie)
Je ne vois pas comment il est possible d'être en désaccord avec M. Godbout. On dirait que certaines personnes aiment tellement le Québec qu'ils sont incapables de voir la vérité en face. C'est comme si le nationalisme exacerbé rendait aveugle. Je suis fier d'être Québécois, je suis souverainiste, mais je ne suis pas naïf. Quand j'entends les bonzes du PQ nous dire qu'on doit compter sur les nouveaux arrivants afin de réaliser l'indépendance du Québec, je ne peux m'empêcher de trouver cela navrant. Certes, l'immigration représente une richesse pour notre pays. Et elle doit se poursuivre. Mais je trouve dommage de devoir compter sur des gens qui ne partagent pas notre culture pour réaliser un projet qui est étroitement lié, justement, à la culture québécoise francophone. D'autant plus que les jeunes sont davantage intéressés par ce qui se passe ailleurs dans le monde que dans leur propre pays.
Jean-François Lesuaire,
Montréal
Monsieur Godbout, toujours lumineux, limpide et riche. Un des derniers... Merci pour tout.
Michel Bédard,
Montréal
Félicitations à Jacques Godbout d'oser se questionner sur l'avenir du Québec, indépendant ou non, en se basant sur des faits bien réels: dénatalité, déperdition de notre culture et de notre langue face à l'américanisation croissante de notre société, immigration «non intégrée», au risque de se faire ostraciser par les «gardiens de l'orthodoxie»! Comment peut-on affronter l'obstacle en niant l'évidence ?
Pierre Samuel,
Montréal
Étudiant universitaire de 20 ans, je me suis senti directement interpellé par l'analyse de la société québécoise de M. Godbout. À la lecture du texte, je ne me suis pas reconnu dans ce Québec nostalgique des années 70.
Ce que je vois autour de moi, c'est une société francophone plurielle unique au monde, où on peut discuter en français avec des anglophones bilingues et où l'on peut découvrir d'autres cultures. Où je peux vivre de façon laïque, mais ou je comprends que mes concitoyens musulmans veuillent aller prier à l'université et garder un contact avec leur culture via la télévision. Comme dans tout, c'est simplement une question d'équilibre. Je connais un paquet de néo-Québécois qui regardent «Tout le monde en parle» le dimanche, «24» en anglais et les bulletins de nouvelles de leurs pays d'origine. Et je trouve ça bien. Ça nourrit la diversité.
Pour ce qui est de la perte de poids des francophones dans le Canada, bien qu'il s'agisse d'une problématique inquiétante, il faut bien remarquer que d'autres sociétés «distinctes» réussissent bien en étant 5-10-15% de la population de leurs pays. Les catalans sont 6 millions sur 40 millions d'Espagnols, les Écossais (qui même s'ils parlent anglais, conservent une identité bien affirmée) à peine 5 millions sur 60 millions de Britanniques...
En terminant, il faut se méfier des prévisions de malheur. Dans les années 60, on prédisait la mort CERTAINE du peuple acadien en l'an 2000.... À ce que je sache, ils sont toujours là, avec des institutions, des droits et un développement qu'on avait pas imaginés possibles y'a pas si longtemps.
Julien Brossard,
Sherbrooke
Les commentateurs (Godbout, Lucien Bouchard, l'Église catholique, etc.) ont raison de s'inquiéter de la natalité, mais ont tort de la regarder uniquement par la lorgnette québécoise. Ce phénomène touche des sociétés fort diverses: tous les pays d'Europe, le Japon, la Corée, la Russie (celle-ci perd 700000 habitants par année!!), le Canada anglais aussi. De plus, le phénomène s'étend progressivement. Il n'est pas déraisonnable de penser que, dans 20 ans, la planète entière enregistrera des taux de natalité inférieurs au seuil de remplacement des générations.
Si toutes les sociétés se mettent à vieillir, les flux d'immigration va se tarir pas mal: ce n'est pas à 50 ans qu'on part refaire sa vie ailleurs...
Tout cela pour dire que 2076, c'est pas mal loin. Mais je suis néanmoins inquiet de ce que l'avenir nous réserve en tant que société francophone...
Sylvain Brûlé,
Montréal
Je suis désolée de lire les propos de M. Godbout. En faisant une distinction entre le «nous» et les «autres», nous accentuons le clivage qui existe au sein de notre société. M. Godbout dénonce le fait que les immigrants ne se mêlent pas à nous, pourtant son choix de mots évoque une distanciation qui ne fait que perpétuer le problème...
Il est tout à fait naturel et normal (et souhaitable) qu'un nouvel arrivant se rattache à se qu'il connaisse pour faire du sens avec ce qui n'a pas de sens ici pour lui. Je parle ici de culture. Le nouvel arrivant ne peut laisser du jour au lendemain ses points de repères sans quoi il risque l'aliénation. L'immigration est plus complexe que de transplanter une plante!
Mon conjoint, un Africain arrivé il y a 11 ans, se ruait pour écouter «La Petite Vie». Aujourd'hui, en 2006, il a même conservé le fameux patois «baptême» de Popa. Son accent et sa prononciation «jouale» bien à lui témoignent bien de son intégration! Après «La Petite Vie», il écoutait le théâtre de chez lui. Aujourd'hui, je m'amuse à écouter «Les belles histoires des pays d'en haut» et à faire découvrir cette portion de notre histoire à mes proches africains. Il y a de curieux rapprochements à faire entre nos cultures et moeurs respectifs! Plus j'apprends à découvrir «l'autre», plus je comprends ma culture d'appartenance, celle dite «de souche».
N'oublions pas que l'identité québécoise de souche a inévitablement été modelée par le contact avec «l'autre»: l'Amérindien, l'Anglais... Notre vocabulaire regorge d'expressions qui leurs sont empruntées. L'identité québécoise continuera à évoluer dans les années à venir et sera façonnée par les échanges avec «l'autre».
Ma fille, à naître au Québec d'ici quelques jours aura la peau chocolat et sera bel et bien québécoise. Elle parlera le joual. Elle aura aussi un héritage africain qui enrichira son identité et celle du Québec... Elle ne sera pas 50 % Québécoise et 50 % Africaine... Elle sera 200 % (100 % québécoise + 100 % africaine!).
Roxanne Ste-Marie,
Montréal
Certains disent que nous avons pu survivre à la conquête anglaise et que nous saurons bien encore survivre. C'est bien rapide comme réflexion. En effet, si nous avons survécu à toutes les tentatives d'assimilation des Britanniques, c'est bien grâce à notre taux de natalité record! Celui d'antan...
Nous avons peut-être un taux de natalité actuellement comparable à celui des autres sociétés occidentales, mais la différence avec l'Espagne ou l'Italie ou l'Allemagne, c'est que nous sommes un faible sept millions dans une mer anglo-saxonne. On connaît a peine le Québec en Amérique centrale. Je viens d'y passer presque un an, et je ne suis pas convaincu du tout que notre québécitude soit inébranlable !
Alix Poulin,
L’Isle-Verte
Simple arithmétique. Si nos enfants n'y sont plus, d'autres y seront. Et ces autres n'auront pas de fidélité envers nos enfants. Ce sont eux qui choisiront leur propre destin et celui de l'ensemble — le Québec physique ne disparaîtra pas. Il était là du temps des tribus autochtones. Il fut là du temps des «Québécois». Il sera là du temps des «autres». Mais les autochtones ne s'y retrouvent guère aujourd'hui et les «Québécois» ne s'y retrouveront guère demain. — L'unique façon d'être là demain est de s'y placer. […]
Georges Allaire,
La Pocatière
Que Jacques Godbout ait écrit 25 livres et fait plusieurs films n’en fait pas un spécialiste de la société québécoise, à laquelle il semble s’être désintéressé à partir de 1976.
N’enlevons rien à ceux qui, comme M. Godbout, se sont battus durant la Révolution tranquille pour changer la société. Cependant, il faut réaliser la société actuelle en est le résultat. Les Québécois d’aujourd’hui viennent de tous les horizons et apportent une richesse à notre société qui en fait une des plus ouvertes et dynamiques de l’Occident. S’apitoyer sur la disparition de la culture «canadienne-française» comme le fait M.Godbout est tout simplement navrant. N’a-t-il pas compris que la notion de «peuple» a remplacé celle de «race» !
Malgré tous ses défauts, le Québec d’aujourd’hui intègre sûrement mieux ses nouveaux citoyens que celui de M.Godbout, qui les repoussait vers l’école anglophone parce qu’ils étaient différents des Canadiens-français. […]
Les histoires de kirpan, de voile et de prière musulmane à l’ETS sont des incidents mineurs auxquels il ne faut pas donner plus d’importance qu’ils en ont. La majorité des jeunes ont d’autres priorités. Voyez-vous M.Godbout, je ne crois pas qu’Al-Jazira diffuse Vrak TV, Télé-Toon ou Musique Plus et c’est de ces chaînes que les jeunes parlent dans les polyvalentes. […]
Mon épouse et moi avons adopté un garçon originaire d’Amérique centrale et une fille de Chine. Ils sont maintenant à la polyvalente et je me réjouis de penser qu’ils n’auront pas trop de problèmes d’intégration au collège ou à l’université parce qu’ils sont différents de nous. Et je m’amuse à penser qu’un étudiant d’origine asiatique demande à ma fille d’où elle vient et qu’elle lui réponde : «De Sorel». Et qu’il lui dise en retour «Bien moi, je suis de Gaspé».
C’est cela le Québec d’aujourd’hui et de demain M.Godbout et vous vous n’y êtes plus.
François Leroux,
Sorel-Tracy
Je partage entièrement le point de vue de monsieur Godbout. En effet, tout est dans le nombre! Une dénatalité plus accélérée au Québec fera en sorte que les francophones seront de plus en plus minoritaires au Canada. Si les francophones le deviennent au sein du Québec, alors c'en sera fait! L'immigration n'y changera rien à moins que celle-ci amène suffisamment d'individus francophones qui permettraient de maintenir notre pourcentage de la population par rapport au reste du Canada. Le Québec de 2076 n'aura alors plus rien à voir avec celui d'aujourd'hui! Est-ce cela que l'on veut léguer à nos enfants ?
Laurent Denis,
Gatineau
Selon l’écrivain Jacques Godbout, la société québécoise de souche est épuisée. Elle ne fait plus d’enfants. Elle a un problème démographique énorme. Par conséquent, sa culture disparaît peu à peu. Peut-être a-t-il tort de désespérer. Il faudrait en débattre. Si tel était le cas, il faudrait alors en profiter pour s’interroger sur l’influence de cet écrivain et des intellectuels de sa génération pour se demander s’ils ne sont pas en partie responsables de ce déclin. Par exemple, cette lutte qu’il a menée, visant l’établissement d’une société laïque, sans doute justifiée par la conjoncture religieuse de l’époque, a finalement réussi à démolir non seulement son édifice clérical mais du même coup son héritage culturel et moral. Pour combler le vide laissé par cette entreprise, la nature ayant horreur du vide, de nouveaux dogmes ont pris forme et de nouveaux clercs se sont employés à les diffuser. Dogmes laïcs ceux-là, fondés sur les deux grands projets idéologiques suivants: au plan collectif, la construction d’un État national défini comme une obligation historique (un nouveau messianisme) et, au plan individuel, le relativisme et l’individualisme présentés comme le nouvel humanisme. À chacun d’en évaluer les résultats. Quant à la question démographique, qui, semble-t-il est plus dramatique ici qu’ailleurs, ce n’est pas seulement le fait que nous ne faisions plus d’enfants, mais celui de ne plus savoir comment les armer pour la vie.
Claude Poulin,
Québec (Sillery)
Dans l'entrevue accordée à M. Godbout, le réalisme, la lucidité et la franchise à propos de la société québécoise actuelle et future transparaissent. Ce sont des mots qui dérangent dans le Québec assoupi d'aujourd'hui. Le Canada, par habitant, accueille deux fois plus d'immigrants que les États-Unis. Il a perdu le contrôle sur la vérification des antécédents des réfugiés. Il a failli en matière d'intégration des nouveaux arrivants. En 1650, au Québec, nous étions des Canadiens, en 1750, des Canadiens-français, nous sommes devenus des Québécois vers 1960, et en 2050... ?
Rosaire Flowers,
Havre Saint-Pierre
Monsieur Godbout semble frileux, craintif. C'est tout comme s'il n'était pas capable de s'identifier avec notre temps. La réalité est que nous sommes maintenant entrés dans une ère qui sera marquée par le métissage. Il n'y a pas de doute: le Québec deviendra probablement l'un des ces endroits au monde où ce processus de fusion entre cultures sera poussé le plus loin. Éric Wingender, Sainte-Thérèse
Cessons de voir l’immigration comme une fatalité immuable comme la température. C’est quelque chose que sous sommes capables de contrôler, et d’arrêter si le besoin se fait sentir. Il suffit d’en avoir la volonté.
Marc Racicot,
Rosemère
Je suis toujours sceptique devant de tels scénarios apocalyptiques. Dans nos sociétés modernes et industrialisées ou tout change si rapidement, une période de soixante-dix ans est une éternité. Bien malin celui qui prédira l'avenir d'une nation... Monsieur Godbout fait grand cas de la faible natalité et semble laisser croire qu'il s'agit là d'une spécificité québécoise alors qu'il s'agit en fait d'un phénomène occidental et de plus en plus planétaire car la fécondité baisse de façon drastique même dans les pays en développement. Dans les années soixante, les démographes de l'époque prévoyaient que la population mondiale dépasserait les 10 milliards d'hommes en l'an 2000! Comme quoi vouloir prédire trop longtemps à l'avance est, selon moi, toujours une erreur. Quant aux immigrants, nous oublions fréquemment que c'est plus souvent la deuxième et encore plus la troisième génération qui s'intègrent à la nouvelle société et bien qu'ils arrivent en plus grand nombre, en tribu, pour reprendre le terme de Monsieur Godbout, il n'en demeure pas moins que les vagues d'immigration sont beaucoup plus francophones et francophiles qu'il y a trente ou quarante ans.
François Ngouma,
Montréal
Jacques Godbout nous prédit la disparition probable de la société québécoise. Ce n’est pas la première fois que cette mauvaise nouvelle refait surface. Rappelons-nous 1760 et la conquête anglaise: la nation québécoise était vouée à l’extinction à plus ou moins brève échéance. Même refrain après des lois répressives dans les siècles qui ont suivi. Et pourtant, nous avons survécu et avons réussi à fonder une société qui a prospéré et s’est aussi imposée à plusieurs niveaux. Même avec les défis qui nous confrontent actuellement, entre autres l'immigration, je soutiens qu’encore une fois nous saurons nous adapter, nous et nos descendants. Un Québécois de souche, c’est fait fort !
Pierre Bissonnette,
Laval
Jacques Godbout dit que s'il avait 25 ans aujourd'hui au Québec, il se rendrait compte qu'il fait partie d'une minorité. Ce qu'il ne semble pas comprendre, c'est que les jeunes Québécois ne traînent plus les vieux complexes de sa génération. Ils constatent le formidable pouvoir d'attraction et d'assimilation de leur société, reconnue comme une des plus avancées au monde, et pensent davantage à entendre le rayonnement du Québec qu'à tenter de figer dans le temps sa composition ethnique et sa culture.
François Joly,
Gatineau
Je crois que monsieur Godbout a une vision réductrice de ce qu'est un Québécois de souche. Il y a peut-être une dénatalité chez les femmes issues de familles québécoises «pure laine», mais un enfant né au Québec est de souche québécoise, peut importe l'origine ethnique de ses parents.
Autre chose, cet enfant, en relation avec de petits Québécois de souche, adoptera les mêmes réflexes culturels qu'un enfant soit disant de souche comme l'entend monsieur l'écrivain. Il s'agit parfois de se retourner lorsqu'on entend un jeune aux yeux bridés ou encore à la peau chocolat. Quelle surprise de constater que, tant dans le langage que dans l'expression de l'être, on décèle un Québécois presque pure laine (même si la couleur de la laine ne plait pas a monsieur Godbout).
Jacques Marchand,
Brossard
Oui on peut rêver, mais pas exactement comme en 1976. Et même s’il y a un «apogée», on rêve avant et après, et peut-être plus. Le déclin (puisqu'il s'agit bien de cela) ne diminue pas le rêve: il le libère, on ne rêve pas TOUS à la même chose... À la même finalité. À bas la conjonction des rêves; oui c'est plus difficile «d'avancer ENSEMBLE». M. Godbout, laissez les rêves s'exprimer. Les rêves changent, les gens changent, les temps changent, la température change et le monde... devra changer! Le Québec en 2076 ? Monsieur, vous êtes sur une tout autre planète! Est-ce que le français de 1806 osait rêver de 1876; et pourtant, tous s'entendent que ça changeait moins en ces temps immémoriaux ... Mais, j'irai vous lire dans L'actualité! Faut bien rêver...
Charles Gauthier,
Valcourt