2004-2005

vol.#10 no 1, juin 2004

Récidive en Bolivie 2004

Monique J. Lalonde et Micheal Hazel

En janvier 2002, Monique et Michael Hazel s'envolent pour Vallegrande, Bolivie, plus précisément l'orphelinat « Hogar Jesus Infente » à environ 200 milles de Santa-Cruz en tant que travailleurs bénévoles. Au début, ils se sont employés à réparer des ustensiles, des appareils électriques et des livres d'école. Ils se sont ensuite attaqués à l'amélioration du rendement de la ferme en fruits et légumes. En plus du travail de Monique à l'école, ils ont enseigné l'art de conserver les viandes et autres aliments. Lors de leur deuxième voyage, Monique s'est mise à la fabrication de confitures et Michael a fait valoir ses talents en ébénisterie. Cette fois-ci, les Hazel rendent compte de leur troisième visite dans ce coin de l'Amérique du Sud fortement touchée par la pauvreté.

Un autre hiver en Bolivie à la fois semblable et bien différent. D'abord du côté température, la Bolivie subit une sécheresse qui dure depuis sept mois. De janvier à mars, considéré la saison des pluies, il y a généralement une quinzaine de jours de pluie. Cette année, il y a eu 5 à 6 fois des pluies de courte durée et non des jours. Chaque fois, c'était plus que bienvenue, la terre était tellement sèche qu'elle se fissurait. Si l'eau ne vient pas d'une autre source, par l'arrosage, les récoltes sont en péril. Déjà 15 000 plants de fraises ont péri. Le maïs jaunit et s'il n'arrive pas bientôt de l'eau c'est la perte assurée et la famine en bout de ligne. Déjà qu'à l'époque des fêtes il a fallu acheter de l'eau pour abreuver les 5000 poulets et les bestiaux (7 vaches et 3 porcs) et arroser de temps à autre les plants. Ceux qui s'en sortent mieux sont ceux qui ont des puits.

C'est alors que le directeur du Hogar Jesus Infante et de la ferme Mama Marguerita et son conseil d'administration décident de faire creuser un puits pour se libérer de la contrainte du manque d'eau. Bien beau un puits mais en Bolivie les choses nécessaires coûtent très cher.

C'est donc 15 000$ US qui est demandé pour ce faire. Mais comment y arriver quand on a tout juste ce qu'il faut pour assurer le roulement des lieux. Un mécène consent un prêt sans intérêts avec remboursement quand les fonds seront disponibles. Après mûre réflexion, c'est la dure et inévitable décision à prendre pour éviter un marasme encore plus grand. Après prospection, on décide du lieu le plus propice où installer le puits. Le forage commence et s'arrête pour le carnaval, pour un bris et pour le voyage du directeur au Québec, question de frapper à de multiples portes pour défrayer le projet. Entre temps, quelques averses éparses permettent d'espérer que l'on sauvera la récolte jusqu'à l'arrivée du puits. (Actuellement le puits fonctionne très bien alors que la sécheresse se poursuit).

Une visite à Mairana, région un peu plus chaude, entre Santa-Cruz et Vallegrande, nous fait constater l'ampleur des dégâts. Le maïs est séché sur pied. Le grain nécessaire à l'alimentation humaine et animale ne sera pas au rendez-vous cette année et déjà les prix montent. C'est la disette à coup sûr et un recul énorme dans un pays qui a déjà son lot de misère et de pauvreté. Pas de subventions aux agriculteurs et de soutien à l'agriculture sous forme d'assurance récoltes. Les 115 bouches à nourrir et les 26 employés des divers secteurs de la production et de l'entretien attendent chaque jour la production de survivance.

Notre implication en Bolivie cette année a davantage été axée sur la ferme pour enclencher un mouvement de roulement des cultures et en anticiper les étapes. C'est ainsi que nous avons fait nos premiers semis le 19 janvier dans des bacs neufs ou remis à neuf. Ainsi, 1000 plants de tomates, 300 de piments, 150 de concombres, des courges poivrées, des zucchinis, des courges spaghetti, des melons miel , des cantaloups, des fines herbes et même des fleurs ont pris place dans ces boîtes et remplis la serre. Avec le soleil, la chaleur et l'eau, les cucurbitacés prennent moins d'une semaine à apparaître. Puis c'est rapidement la transplantation dans les jardins et une seconde étape s'enclanche tout de suite : faire de nouveaux semis pour remplacer les plants usés à la fin de la récolte. C'est ainsi que nous avons pu déguster des concombres et des zucchinis en dedans de 50 jours depuis les semis. Ainsi, il est permis d'espérer de 4 à 5 récoltes par an avec une bonne planification, de l'eau et les soins appropriés en plus d'être les premiers sur le marché.

Le processus a trouvé preneur. Un jour, un jeune technicien qui surveillait mes activités est arrivé dans la serre avec ses graines pour augmenter et varier les deuxièmes semis. C'est alors que je me suis souvenu d'un vieil adage qui dit : « Ce que tu fais parle plus fort que ce que tu dis ».

D'un hobby, l'horticulture est devenue une activité de subsistance.

Les projets techniques n'ont pas manqué non plus avec l'achat d'une scie ronde. En menuiserie, il y a eu de nouvelles armoires et comptoirs à faire pour donner un coup de jeunesse à la maison des bénévoles, un établi construit, des partitions pour les outils, des armoires dans la meunerie pour le rangement, porte ventilée pour un poulailler, des supports pour sécher les serviettes à vaisselle, installer un chauffe-eau au gaz, des sécheuses, et réparer, beaucoup réparer des objets de bois, de plomberie, d'électricité ainsi qu'un problème électrique sur le Pathfinder et autres petite choses.

Au niveau de la santé, le combat contre le Chagas, maladie provoquée par des piqûres d'insectes n'est pas gagné. 65% des enfants en sont atteints. Il y a un traitement qui peut l'enrayer et qui demande un certain investissement. Les médicaments arrêtent la progression, apportent même une rémission. Un projet mené par Céline Trudeau, une infirmière du Québec, avait cours mais manquait de fonds.

Et entre tous les projets : de l'eau pour la survie ou des médicaments pour la vie, notre choix, bien que déchirant, fut d'accorder la subvention versée pour sauver d'abord la vie. On s'occupera ensuite de trouver d'autres fonds pour l'eau.

Merci aux retraités de l'ONF qui ont permis par leur contribution d'arrêter la progression du chagas et de donner à ces enfants atteints l'espoir de recouvrer la santé et de se libérer d'une maladie mortelle à longue échéance.


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