2000

Vol.6, No 3, d�cembre 2000

LA VIE APR�S L�ONF
Rencontre avec J.P. Olivier Foug�res,
� le Cadreur de l��le �

par Marie-Pierre Tremblay

Lorsqu�il prend sa retraite, en 1994, Olivier* d�cide de se consacrer � sa famille, � sa sculpture et � sa passion pour les beaux encadrements, sans oublier le Club ONF auquel il est enti�rement d�vou�. Par une magnifique matin�e de septembre, il m�a invit�e � son atelier d�artisan-encadreur. Visitons-le ensemble.

 (450) 667-3057 Dans une premi�re pi�ce s��talent de 2000 � 2500 �chantillons de passe-partout et de moulures de toutes sortes, des vitres de diff�rentes densit�, des exemples de son travail, un r�pertoire du cours des tableaux des artistes les mieux cot�s. Dans la vaste pi�ce attenante, des outils de pr�cision, des fournitures indispensables, bien align�es sur une multitude de tablettes, des magazines d�art, des travaux en cours prot�g�s par des linges blancs pour que la lumi�re ne les ab�me pas, des petits paquets roses et verts, pr�ts � �tre livr�s, portant fi�rement le nom de la compagnie, Le Cadreur de l��le, et son symbole, une feuille de ginkgo, ce fameux arbre de la famille des foug�res qui peut vivre jusqu'� 1500 ans et a toutes sortes de vertus th�rapeutiques.

Je suis s�duite par la lumi�re, l�immense table centrale, la quantit� d�objets que je ne connais pas, les poids, le fer � repasser, le s�choir � cheveux... � quoi peut bien servir tout ce mat�riel ?

� Tu vois, me dit Olivier, le petit instrument que tu viens de toucher, c�est une pince qui sert � tendre les toiles. Je l�ai achet� � Paris, en 1976, pensant qu�un jour cela pourrait me servir. � Ce n�est pourtant que neuf ans plus tard, en visitant de temps � autre Marcel Desrochers, un ancien de l�ONF qui faisait des encadrements dans un atelier de d�cors de la Place des Arts, qu�il s�initie au m�tier. Quelques jours apr�s avoir pris sa retraite, il d�cide de v�rifier s�il d�sire vraiment poursuivre dans cette direction. � C�est alors que j�ai fait un stage de quatre mois chez un ami de Pierrefonds. Je savais que je voulais travailler de mes mains, mais je ne savais pas si j�avais la patience ou la dext�rit� n�cessaires, je ne savais pas non plus si je pouvais passer des heures debout. Comme l�exp�rience a �t� concluante, j�ai achet� le fond de commerce d�une entreprise de Blainville et j�ai install� tout l��quipement � la maison. �videmment, j�ai d� faire pas mal de transformations : ajouts de circuits �lectriques, installation d�un compresseur dans mon garage et de conduits d�air au plafond, reconstruction... Cela m�a pris six mois, mais maintenant, tout est vraiment fonctionnel. �

Photos, aquarelles, toiles, papyrus, s�quences de films d�animation, tout stimule son �tonnante cr�ativit�. � � chaque fois qu�on m�apporte quelque chose � encadrer, je ressens cet immense plaisir de travailler avec du beau, du nouveau. J�aime faire de la recherche pour mettre cet objet en valeur �. Ce travail porte ses fruits puisque la photo d�un de ses encadrements a fait la page couverture et une pleine page int�rieure du num�ro de d�cembre 1999 du magazine am�ricain Framing Collectibles In Shadow Box Frames.


photo : Marie-Pierre Tremblay

Olivier me r�servait une autre surprise : au deuxi�me �tage, une tr�s grande chambre a �t� transform�e en salle de coupe des passe-partout. Ici, il y a en a des dizaines de tous calibres, de toutes couleurs, et, encore une fois, de l��quipement extr�mement sophistiqu� pour r�aliser des coupes droites ou rondes ou ovales, des tranches, etc. � Je n�utilise que des passe-partout sans acide, pr�cise-t-il. Ils prot�gent les �uvres du temps et les emp�chent de jaunir. � Il peut passer jusqu'� 12 ou 15 heures, debout, � les choisir, � les couper, � les ajuster. � Je dois dire que ma femme m�aide beaucoup dans ces choix. Elle a un go�t s�r... �

� Pour moi, c�est un violon d�Ingres. J�adore cela et je ne compte pas mes heures. Malgr� tout, de temps � autre, il faut pourtant que je redevienne homme d�affaires car j�ai investi pas mal d�argent dans cette entreprise. Pr�sentement, sans publicit�, je fais un peu plus de 250 encadrements par ann�e. C�est amplement suffisant pour rentrer dans mes frais et pour me donner tout le plaisir de � la belle ouvrage. �

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* Olivier Foug�res entre � l�ONF en 1963 comme agent de distribution � Rimouski. Par la suite, on l�affecte � Qu�bec et � Montr�al o� il devient responsable des ventes pour l�ensemble de la Province. Il s�occupe ensuite de projets sp�ciaux � MEDIA RECHERCHE avant de passer � SOCI�T� NOUVELLE et � SANT� AFRIQUE, toujours en temps que sp�cialiste de la distribution. Puis, le grand saut : il produit plusieurs films dont Kluane et Initiation � l�escalade. Autour de 1985, il revient � ses anciennes amours en acceptant la responsabilit� des Cin�math�ques (Services de distribution). En 1988-1989, il organise LE DOCUMENTAIRE SE F�TE et on le retrouve peu apr�s attach� au projet MEDIA-SPH�RE. En 1993, il est charg� des ventes aupr�s des institutions et, en 1994, il prend sa retraite.


photo : Marie-Pierre Tremblay


LA VIE APR�S L�ONF
Rencontre avec Jean-Th�o Picard,
homme de foi et d'action

par Marie-Pierre Tremblay
septembre 2000

� 84 ans, Jean-Th�o Picard* est droit comme un ch�ne. Il a bon pied, bon �il, la voix bien portante et une �nergie d�bordante. Il n'a jamais vraiment laiss� l'ONF. En effet, le 28 mai dernier, il lan�ait � sa biblioth�que municipale le projet Vid�o Famille Saint-Lambert.

� C'est une id�e qui m'est venue il y a quelque temps d�j�, alors que j'�tais marguillier de la paroisse. L'�v�que nous avait demand� ce que nous pouvions faire pour aider les familles � mieux vivre leur quotidien. J'ai imm�diatement pens� � mettre des vid�os � leur disposition. Ce qui fut dit fut fait mais avec un certain d�lai parce que la Biblioth�que de Saint-Lambert �tait alors en r�novation. �

Durant cette vingtaine de mois d�attente, il s'est employ� � r�unir un comit� d'une dizaine de personnes (dont plusieurs jeunes de 18-20 ans) qui a visionn� des films, con�u une campagne de lancement (logo, slogan, d�pliant, affiche, communiqu�) et pr�par� un formulaire d��valuation. Il a aussi trouv� plusieurs commanditaires pour financer les co�ts de l�op�ration. Aujourd�hui, plus d�une trentaine de titres circulent gratuitement dans sa communaut� dont Les Enfants de la t�l�vision, Fin de mill�naire, P�re pour la vie... � J�ai encore 2000 d�pliants � distribuer, dit-il. J�ai donc rencontr� les responsables des relations avec les parents de toutes les �coles de Saint-Lambert et ils m�en ont tous demand�s. 200 ici... 300 l�... Ensuite, dans le courant de l�ann�e, je vais organiser deux ou trois s�ances d�information pour montrer aux gens comment utiliser ces films. Et puis, je vais visiter les biblioth�caires de Saint-Hubert, Longueuil, Ville Lemoyne, La Prairie, Greenfield Park. Je leur dirai ce qu�on a fait ici, � Saint-Lambert, et je les inviterai � faire de m�me. �


photo : Marie-Pierre Tremblay

� Non, non. Ce n�est pas le seul projet reli� � l�ONF que j�ai r�alis� depuis mon d�part. Quand Fran�ois Macerola �tait Commissaire, il m�a donn� un tout petit budget pour que je fasse des entrevues � travers la province. Puis Joan Pennefather m�en a donn� un aussi. Mais quand j�allais voir les gens avec mon magn�tophone, ils me disaient : Comment cela se fait-il, Th�o, que tu nous enregistres au lieu de nous filmer ? � l�ONF vous faites du cin�ma, non ?... En tout cas, personne ne s�est jamais servi de ces entrevues-l� pour �crire une histoire de la Distribution au Qu�bec, ce qui �tait le but du projet. (note du webmestre : C'est exact, aucun livre n'a �t� publi�. Mais pour lire quelques pages passionnantes de la transcription de ces entrevues, cliquez ICI). Toutes les cassettes sont ici, bien class�e, dans une armoire. �

� � part cela, nous avons beaucoup voyag�. De 1981 � 1994, nous sommes all�s en Europe tous les ans. Nous faisons aussi beaucoup de b�n�volat : Croix-Rouge, Soupe et Pain, Festival de Saint-Lambert... Qu�est-ce que tu veux, tout le monde nous conna�t et on conna�t tout le monde. Ma femme a �t� �chevin et moi j�ai pas mal boug� aussi, alors... un comit� en am�ne un autre et ainsi de suite. �

� Quand j�ai pris ma retraite, je venais tout juste de me remarier. J�ai donc eu des activit�s "sages". J�ai pris des cours de fl�te � bec... mais je n�ai pas persist�. Des cours de ceinture fl�ch�e � la mode de l�Assomption... mais je n�ai pas eu la patience d�en faire plus que la moiti� d�une... � Ce qui l�a vraiment passionn� toute sa vie, c�est le scoutisme. � J�ai fond� la troupe de Saint-Jacques-de-Montcalm quand je n�avais pas encore 20 ans. Puis j�ai continu� � Saint-Jean-sur-le-Richelieu. Quand je suis all� au 60e anniversaire de la fondation de cette troupe, beaucoup pensaient que j��tais Baden-Powell en personne... � Th�o se l�ve et revient aussit�t, brandissant avec fiert� sa chemise scoute bard�e de badges, d��toiles et de rubans, son foulard tiss� main par les S�urs de Sainte-Anne, ses shorts bleu azur... � J�ai �t� chef de clan pendant 7 ans. Au camp-�cole, on formait des chefs qui pouvaient � leur tour transmettre les valeurs qui font les vrais hommes. J�ai essay� de vivre selon ces valeurs et je ne le regrette pas. Tout ce que je regrette, c�est d�avoir pr�t� mon chapeau. On ne me l�a jamais retourn� et on n�en trouve plus. Ici, au Qu�bec, le chapeau a �t� remplac� par un b�r�t. �

Au fait, vous n�auriez pas, dans votre placard, un feutre scout (grandeur 7) ? Envoyez-le � Th�o ! Cela serait probablement le plus beau cadeau que vous pourriez faire � notre ami dont le totem est Orignal, au bond !

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* Jean-Th�o Picard a �t� le premier agent de distribution francophone de l'ONF (si l'on excepte Luc Forest qui eut une courte carri�re et est aujourd'hui d�c�d�). Il est embauch� � Qu�bec en 1944 et sillonne la province comme repr�sentant itin�rant avec une vieille Chevrolet 34. En 1946, il est affect� � Saint-Jean-sur-le-Richelieu, au � bureau de district �. Il y travaille durant 35 ans. Parall�lement, il fait partie du conseil d�administration de la F�d�ration des cin�math�ques de la Province de Qu�bec (1959-1960), si�ge pendant six ans au Comit� provincial de l�Association des biblioth�ques publiques et agit comme aviseur technique aupr�s de la F�d�ration des Conseils du film (1957-1967). La mort dans l��me, il prend sa retraite � l��ge l�gal de 65 ans, en 1981.


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