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Rencontre avec J.P. Olivier Fougères, « le Cadreur de l’île » |
par Marie-Pierre Tremblay
septembre 2000
Lorsqu’il prend sa retraite, en 1994, Olivier* décide de se consacrer à sa famille, à sa sculpture et à sa passion pour les beaux encadrements, sans oublier le Club ONF auquel il est entièrement dévoué. Par une magnifique matinée de septembre, il m’a invitée à son atelier d’artisan-encadreur. Visitons-le ensemble.
Dans une première pièce s’étalent de 2000 à 2500 échantillons de passe-partout et de moulures de toutes sortes, des vitres de différentes densité, des exemples de son travail, un répertoire du cours des tableaux des artistes les mieux cotés. Dans la vaste pièce attenante, des outils de précision, des fournitures indispensables, bien alignées sur une multitude de tablettes, des magazines d’art, des travaux en cours protégés par des linges blancs pour que la lumière ne les abîme pas, des petits paquets roses et verts, prêts à être livrés, portant fièrement le nom de la compagnie, Le Cadreur de l’île, et son symbole, une feuille de ginkgo, ce fameux arbre de la famille des fougères qui peut vivre jusqu'à 1500 ans et a toutes sortes de vertus thérapeutiques.
Je suis séduite par la lumière, l’immense table centrale, la quantité d’objets que je ne connais pas, les poids, le fer à repasser, le séchoir à cheveux... à quoi peut bien servir tout ce matériel ?
« Tu vois, me dit Olivier, le petit instrument que tu viens de toucher, c’est une pince qui sert à tendre les toiles. Je l’ai acheté à Paris, en 1976, pensant qu’un jour cela pourrait me servir. » Ce n’est pourtant que neuf ans plus tard, en visitant de temps à autre Marcel Desrochers, un ancien de l’ONF qui faisait des encadrements dans un atelier de décors de la Place des Arts, qu’il s’initie au métier. Quelques jours après avoir pris sa retraite, il décide de vérifier s’il désire vraiment poursuivre dans cette direction. « C’est alors que j’ai fait un stage de quatre mois chez un ami de Pierrefonds. Je savais que je voulais travailler de mes mains, mais je ne savais pas si j’avais la patience ou la dextérité nécessaires, je ne savais pas non plus si je pouvais passer des heures debout. Comme l’expérience a été concluante, j’ai acheté le fond de commerce d’une entreprise de Blainville et j’ai installé tout l’équipement à la maison. Évidemment, j’ai dû faire pas mal de transformations : ajouts de circuits électriques, installation d’un compresseur dans mon garage et de conduits d’air au plafond, reconstruction... Cela m’a pris six mois, mais maintenant, tout est vraiment fonctionnel. »
Photos, aquarelles, toiles, papyrus, séquences de films d’animation, tout stimule son étonnante créativité. « À chaque fois qu’on m’apporte quelque chose à encadrer, je ressens cet immense plaisir de travailler avec du beau, du nouveau. J’aime faire de la recherche pour mettre cet objet en valeur ». Ce travail porte ses fruits puisque la photo d’un de ses encadrements a fait la page couverture et une pleine page intérieure du numéro de décembre 1999 du magazine américain Framing Collectibles In Shadow Box Frames.
Olivier me réservait une autre surprise : au deuxième étage, une très grande chambre a été transformée en salle de coupe des passe-partout. Ici, il y a en a des dizaines de tous calibres, de toutes couleurs, et, encore une fois, de l’équipement extrêmement sophistiqué pour réaliser des coupes droites ou rondes ou ovales, des tranches, etc. « Je n’utilise que des passe-partout sans acide, précise-t-il. Ils protègent les œuvres du temps et les empêchent de jaunir. » Il peut passer jusqu'à 12 ou 15 heures, debout, à les choisir, à les couper, à les ajuster. « Je dois dire que ma femme m’aide beaucoup dans ces choix. Elle a un goût sûr... »
« Pour moi, c’est un violon d’Ingres. J’adore cela et je ne compte pas mes heures. Malgré tout, de temps à autre, il faut pourtant que je redevienne homme d’affaires car j’ai investi pas mal d’argent dans cette entreprise. Présentement, sans publicité, je fais un peu plus de 250 encadrements par année. C’est amplement suffisant pour rentrer dans mes frais et pour me donner tout le plaisir de « la belle ouvrage. »
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* Olivier Fougères entre à l’ONF en 1963 comme agent de distribution à Rimouski. Par la suite, on l’affecte à Québec et à Montréal où il devient responsable des ventes pour l’ensemble de la Province. Il s’occupe ensuite de projets spéciaux à MEDIA RECHERCHE avant de passer à SOCIÉTÉ NOUVELLE et à SANTÉ AFRIQUE, toujours en temps que spécialiste de la distribution. Puis, le grand saut : il produit plusieurs films dont Kluane et Initiation à l’escalade. Autour de 1985, il revient à ses anciennes amours en acceptant la responsabilité des Cinémathèques (Services de distribution). En 1988-1989, il organise LE DOCUMENTAIRE SE FÊTE et on le retrouve peu après attaché au projet MEDIA-SPHÈRE. En 1993, il est chargé des ventes auprès des institutions et, en 1994, il prend sa retraite.