Lieux de riches.
Les catégories dirigeantes des populations, ou celles qui disposent de revenus élevés, ont entre elles des similitudes dans leurs modes de consommation et communiquent facilement entre elles au travers des frontières nationales. Un neurologue péruvien échange des informations scientifiques avec des collègues de la même spécialité, se rend à des congrès, fréquente leurs services en Amérique du Nord ou en Europe: il sera plus "proche" de ces collègues américains ou français que du paysan andin.
Ainsi s'établissent des réseaux mondiaux de relations entre les élites, alors que la communication devient difficile ou n'existe pas avec des voisins d'une classe sociale différente. Partout des fossés s'approfondissent entre les pauvres et les riches d'un même pays.
Des lieux de riches communiquent entre eux, constituent des archipels mondiaux. Entre leurs îles s'établissent des relations : on reçoit les mêmes informations, on bénéficie des mêmes commodités pour vivre, on utilise les mêmes gadgets, on peut circuler de l'un à l'autre. En revanche, les "îles" de la pauvreté constituent plus rarement des éléments d'archipels mondiaux; certes, des habitants des villages maliens ou des banlieues de Dakar communiquent avec des membres de leur parenté ou des amis émigrés à Clichy ou à la Courneuve. Mais les pauvres vivent, la plupart du temps, dans un environnement limité : village, quartier...
A toutes les échelles, les mosaïques des différences et des disparités continuent à marquer le monde dont la "globalisation" ne contribue en rien à l'homogénéisation.
D'après 0. Dollfus, La nouvelle carte du monde, P.U.F. - 1995.