L’ORGANISATION ADMINISTRATIVE

1) L'organisation traditionnelle de la cité

La fondation des villes du M’zab, signifie en premier lieu, la projection d’un ordre politique et social.

En effet, la pensée politique, occupe parmi les thèmes que les Ibadhites soulevèrent une place particulière. Le différend qu’il eurent avec le khalife Ali fut bien d’ordre politique. Leurs actions concernaient à la fois, opposition aux gouverneurs qui déviaient du droit chemin, et en second lieu fondations d’Etats. Leur mouvement reposait sur la dénonciation de l’infidélité aux principes de l’Islam, notamment, ceux de l’égalité, de justice et de droit. Ils devaient payer de leur âme et sang, ils furent continuellement pourchassés et violemment persécutés par les systèmes monarchiques qui se sentaient menacés.

Si toutes les questions furent évoquées, la politique et la question du pouvoir semblaient être une question réglée ou plutôt le domaine inviolable des princes. Pour les Ibadhites, elle devint une question essentielle.

Le concept de l’imamat, devait matérialiser leur pensée, enracinée dans l’islam.

A travers tous les Etats qu’ils eurent à fonder, leur premier souci fut de restaurer l’institution de la “choura” large consultation que le prophète instaura à Médine. Très fidèles aux principes et aux institutions de l’islam, religion et code de vie, ils firent de l’“imam” élu, le chef spirituel et temporel ; et de la mosquée, le centre de décision et de consultation ; du Coran et de la tradition, les sources principales de législation.

Leurs principes fondamentaux en politique furent :

Le peuple est associé à la décision et exerce ce droit à travers le conseil des notables “chourate”. Ce conseil peut aussi élaborer des décisions, approuvées tant qu’elles soient conformes à l’esprit de la “chariaa ”.

Au M’zab, si la famille demeure l’unité d’organisation sociale de base par excellence, c’est sous le principe de la souveraineté divine, et par l’instauration de la “chariaa ” (droit islamique) que sont posés les fondements d’une société civile.

L’autorité suprême revient à l’imam, auquel se substitue au M’zab, un conseil, la “halga des azzaba”, hommes de science et de bonnes mœurs “ahl al ilm oua al waraa”. Le conseil des azzaba, désigne le “cadi” (juge) qui figure parmi ses membres, mais le pouvoir judiciaire demeure autonome ; le “mùfti”, “faqih”, jurisconsulte autorité en matière de jurisprudence est aussi membre. La halga est le garant de la doctrine (en tant que constitution ) et de l’ordre général, social, économique, politique et moral de la cité.

La confédération des sept villes est gouvernée par un conseil suprême, confédéral, réunissant les représentants de chaque ville. Outre la gestion des grandes affaires de la société, le conseil gère les relations extérieures, organise en annexe, l’appareil judiciaire suprême.

Nous sommes là en présence d’un véritable Etat. (1)

Si le Coran et la Sùnna demeurent les sources principales de législation, le droit coutumier et certaines “ittifakat” (conventions), décisions prises communément, sont adoptées à leur tour dans la mesure où elles ne présentent pas de contradictions avec la chariaa. Mais la famille, fortement présente et reconnue par l’Islam, ne devait pas manquer de jouer un rôle indéniable dans l’organisation sociale. Le conseil des notables, constitue en effet le conseil consultatif “chourate”, il est associé à la prise de certaines décisions qui relèvent de sa compétence en qualité d’organe exécutif de la gestion de la cité.

L’organisation institutionnelle

 

1) Le Conseil des azzaba 

C’est l’institution qui se situe au sommet de la hiérarchie. Elle se substitue à l’imam (chef spirituel et temporel), elle est l’autorité suprême. Elle est le garant de la doctrine (qui figure en qualité de constitution ) et de l’ordre général de la cité, social, politique, économique et moral.

L’organisation et la structuration de son système, revenaient à l’origine aux efforts que déployèrent deux machaikh, cheikh Abi Bakr Mohamed Al Sayeh et cheikh Abou Ammar avec le concours du dernier imam rostomide Yakoub, pour l’instauration d’un système d’organisation socio-politique, après la ruine de l’Etat de Tahart .

Le conseil est aussi appelé halga (cercle, anneau, conseil). Il comprend douze membres tous cheikh, et elle est présidée par le Cheikh Baba.

Chacun des membres se trouve chargé d’une responsabilité : le "muezzin" appelle à la prière, l’ “imam” dirige la prière, "amin amal" gère les nombreux biens habous (dons inaliénables). Le “cadi” est recruté parmi les membres de la halga, il juge à partir du droit coranique et d’une jurisprudence spécifique ;  quelques-uns sont chargés de l’instruction, d’autres de la toilette funéraire.

Outre le culte, elle est aussi dotée d’un pouvoir législatif dans le sens où le mùfti (jurisconsulte) compte parmi ses membres, et qu’elle puise dans la chariaa, selon le fiqh ibadhite, ses lois ; si l’organe exécutif est autorisé à prendre certaines décisions, elle veille sur la conformité de celles-ci avec l’esprit de la chariaa. Elle supervise l’ordre social et économique général de cité, elle est en droit d’appliquer la sanction d’excommunication. Elle siège à la mosquée.

Au bas de l’échelle hiérarchique de la halga, se trouvent les “irùane” (aspirants) appelés aussi “tolba”, ils étudient eux-mêmes et enseignent le Coran et les sciences islamiques. Ils peuvent accéder au rang de cheikh. Les cheikh sont recrutés parmi les “tolba” qui remplissent les conditions ; parmi celles-ci, la qualité morale et intellectuelle et le dévouement. Quant à la promotion hiérarchique au sein de la “halga”, seuls sont valables les critères, de “ilm”  (connaissance, aptitude intellectuelle et maîtrise en théologie) et “waraà” (aptitude morale et religieuse).

Aussi peut accéder au premier échelon “irùane” ou aspirant, tout étudiant ibadhite, ayant appris parfaitement le Coran et accumulé de bonnes connaissances en matière de théologie musulmane ; il est promu ensuite au rang de la “halga” s’il fait preuve de bonne conduite, d’un bon sens moral et spirituel et s’il jouit d’une bonne réputation quant à son comportement.

2) Le conseil “timsiridine ”

C’est un conseil de femmes, placé sous la tutelle de la halga et qui la seconde en quelque sorte.

Les femmes qui le composent sont recrutées selon les mêmes principes, aptitudes morale et intellectuelle et preuve de dévouement. Elles sont chargées auprès des femmes, d’assurer les mêmes responsabilités que celles de la halga, éducation, enseignement, supervision de l’ordre social, toilette funéraire.

Elles sont habilitées à appliquer la sanction d’excommunication. Elles délibérèrent avec la halga sur les décisions à prendre.

La conférence annuelle des “timsiridine” réunit toutes les femmes des différentes villes une sorte d’institution confédérale.

3) Majlis Ammi Said

C’est une institution confédérale qui gouverne à l’échelle de toutes les villes du M’zab réunies.

Le conseil est composé de cheikh représentants les halga des différentes villes. Il est présidé par un des leurs, élu pour une durée de cinq ans. Le conseil délibère sur les points de doctrine et de jurisprudence ainsi que sur les intérêts communs à tous, il élabore des ittifakat (conventions) qui ont force de loi, et organise l’appareil judiciaire suprême. (2)

4) La famille ou “achira

Elle est l’unité de base de l’organisme social. Elle est Composée initialement de descendants d’ancêtre commun, elle est très souvent désignée sous le nom de "at" (les gens de). Elle tend, selon un processus d’extension vers une formation plus complexe ; elle est composée d’un groupe principal, que des ramifications viprolonger. En plus des liens de consanguinité, interviennent d’autres formes d’alliance et des pactes conventionnels, en qualité de mécanismes de formation des groupes sociaux. Le groupe intimement soudé s’unit contre les dangers qui menacent ses membres. Tout est partagé richesse et pauvreté, douleur et joie ; tous jouissent de biens communs et noms communs, ce que d’une manière générale couvre le concept d’Ibn Khaldoun, "al assabiya".

La famille étendue est désignée sous le nom de “achira”, cadre social qui regroupe plusieurs familles, liées par des rapports de parenté et d’alliance. Les achira réunies et regroupées forment la cité “arch”. La cité, personne morale, libère au dépends de la famille, l’individu qui y est noyé ; sa responsabilité est dès lors engagée vis à vis de la cité, quant aux droits et devoirs. (3)

La cité s’engage à son tour à garantir la liberté et la sécurité des individus.

Elle bénéficie de la personnalité morale, et d’une position appropriée dans la hiérarchie du corps institutionnel. Elle assure son propre rôle. Elle est représentée par un sénat la “djemaa ”, possède des biens et gère ses multiples ressources.

La achira est ainsi l’unité sociale et administrative de base.

Elle jouit de la personnalité morale coutumière, dispose de biens. Elle s’occupe des problèmes de la famille et particulièrement des déshérités. Elle se réunit dans la “hadjba” ou “tadert an ta’achirt”, maison commune, et discute de ses problèmes et de ceux de la cité et prend des décisions démocratiques.

5) Le conseil de la “djemaa”

C’est un conseil composé des représentants élus des différentes achira, les “mokaddam”.

Chaque mokaddam est élu démocratiquement et siège avec voie délibérative, il est aussi assisté d’un suppléant éventuel qui ne siège qu’en cas d’absence, le “naib”.

Le conseil est présidé par un membre élu, le “hakem”, assisté à son tour par un “naib”.

C’est un sénat qui gouverne la cité. Il est l’organe exécutif, chargé de la gestion urbaine de la cité, de l’organisation de la sécurité (organisation de la police et de la garde), de la gestion des ressources de la cité, (alimentées essentiellement par la contribution financière des différentes achira votée annuellement, à quoi s’ajoutent les amendes et autres impositions). Il est aussi chargé des travaux d’entretien, de réparation et d’équipement de la cité, de la gestion des eaux et de l’entretien des ouvrages hydrauliques. Il assume aussi le rôle de conseil consultatif “chourate” que le conseil des azzaba associe à la prise de certaines décisions. Il élabore des conventions “ittifakat” qui ont force de loi dans la mesure où elles visent l’intérêt de la collectivité et ne présentent pas de contradictions avec l’esprit de la “chariaa” (loi coranique) ; il gère de nombreux biens collectifs, biens communaux “amlak al arch”. (3)

Les autorités coloniales lors de leur installation firent du “hakem” (président de la djemaa), un fonctionnaire de l’Etat placé sous la hiérarchie du bureau arabe, désigné sous l’appellation, “Caïd”.

Sous le régime des comités exécutifs de la commune indigène, le Caïd devint simple exécutant des instructions de l’autorité coloniale, et la djemaa fut démunie de son pouvoir et ne put jouer son rôle politique.

En 1958 sous le régime de l’administration civile, la djemaa prit la forme officielle, d’un conseil municipal et chaque achira devint circonscription électorale. Après l’indépendance, la djemaa perdit son pouvoir réel qui devint symbolique et limité à la résolution des problèmes sociaux et familiaux.

 

Notes et références

 

 

1) Merghoub B. 1972

Le développement politique en Algérie, Paris, Armand colin,

2)

D’autres “majalis” ont fonctionné aussi en terme de conseils confédéraux notamment le plus ancien, majlis cheikh Abderrahmane El Kourti et majlis Abi Mahdi Aissa Ibn Ismail . Il semblerait qu’au moment où sombrait un majlis, un cheikh venait le relancer et le majlis prenait alors le nom du cheikh, voir l’Ittifakat du M’zab, présenté par Baamara Aissa, Alger, 1990.

3) Masqueray E.

Op, cit.

 

 

 

2)L’organisation administrative du territoire

 

 

 

Une fois la guerre de libération déclenchée, la population mozabite se mobilisa, dans une perspective d’unité nationale et de lutte pour l’indépendance. La révolution de libération nationale a offert ainsi, les conditions favorables, pour promouvoir l’unité nationale et renforcer les solidarités nationales. L’indépendance, fruit de cette lutte révolutionnaire, fut à son tour la grande joie que le peuple algérien éprouva.

L’Algérie indépendante, a opté pour un régime socialiste, sous l’égide d’un parti unique, le FLN comme le précisent les paragraphes 10 et 11 de la charte d’Alger de 1964 “l’option socialiste et le fonctionnement harmonieux de l’autogestion, la nécessité de donner aux collectivités locales des pouvoirs réels, impliquent une refonte administrative radicale dont le but doit être de faire de la commune, la base de l’organisation politique, économique et sociale du pays”.

Sur le plan de l’organisation administrative, la réforme communale venait traduire cette nouvelle option politique, et déclasser les institutions traditionnelles de gestion, qui fonctionnaient jusque là.

Selon l’ordonnance du 18 janvier 1967, l’assemblée populaire communale se trouve ainsi chargée des fonctions administratives, économiques et sociales à l’intérieur de son territoire ; elle est élue par le suffrage universel des citoyens pour quatre ans et délibère une fois par trimestre en matière d’administration. Les critères d’éligibilité de tout citoyen sont principalement d’ordre idéologique, comme l’exprime l’ordonnance du 18 janvier 1967 :

“La représentation géographique et prioritaire des travailleurs et producteurs d’une part, l’engagement au service de la révolution socialiste, l’intégrité, la parfaite moralité, l’aptitude, la compétence et le dynamisme des futurs élus d’autre part, présideront à l’établissement des listes des candidats”.

Les listes officielles des candidats proposés aux élections des APC sont établies par le parti, après approbation par les différents échelons de la hiérarchie.

Toutefois en pratique, les élections étaient soumises, en dehors des critères politiques et idéologiques, à des considérations d’ordre ethnique, religieux et tribal ; la campagne électorale officielle fut doublée d’une campagne officieuse, discrète et efficace menée par les organisations traditionnelles ; ceci exprime à quel point les organisations traditionnelles tenaient à maintenir leur emprise et à résister aux mesures menaçant leur existence (Merghoub B. 1972).

La réforme communale a été suivie en 1969 par la réforme départementale. La “wilaya”, nouvelle désignation du département, vint s’ajouter aux autres institutions, en qualité d’intermédiaire entre la collectivité communale et la collectivité nationale. Elle contribue ainsi à réaliser l’objectif politique tant désiré de décentralisation et de déconcentration au profit des citoyens. La wilaya est dotée par ailleurs d’une assemblée populaire élue au suffrage universel selon les mêmes modalités que les assemblées populaires communales ; son rôle est à caractère délibératif ou consultatif en ce qui concerne les affaires intéressant le territoire de la wilaya.

L’ordonnance N° 74-69 du 2 juillet 1974, (relative à la refonte de l’organisation administrative du territoire) venait organiser le territoire national algérien, en 31 wilaya (départements), 160 “daira” (sous-préfectures) et 704 communes. Ghardaia, devint ainsi une daira (nouvelle désignation de la sous-préfecture), rattachée à la wilaya de Laghouat.

Ainsi, avec les différentes réformes du système administratif et la mise en place de nouvelles structures du pouvoir, les institutions traditionnelles virent l’étendue de leur pouvoir se réduire progressivement.

Et, en 1985 selon le nouveau découpage administratif, Ghardaia a été promue au rang de wilaya. Elle devient la quarante septième (47ème) wilaya du territoire algérien. Son territoire couvre une superficie de 86 105 Km2 et compte (3) trois daira (Berriane, Metlili et El Menea) et (13) treize communes, dont huit (08) n. C’est la daira de Berriane qui couvre les anciennes villes du M’zab, soit six (06) communes, Ghardaia, Berriane, Guerrara, Bounoura (Ben Isguen), El’Atteuf et Daia.

Quant aux nouvelles frontières administratives , la wilaya de Ghardaia est limitée au Nord, par la wilaya de Laghouat et Djelfa, à l’est par la wilaya de Ouargla, à l’ouest par la wilaya d’Adrar et El Bayadh, au Sud par la wilaya de Tamenrasset.

Le décret N° 91. 306 du 24/08/91, relatif à la dernière refonte de l’organisation administrative, vient augmenter le nombre des daira au nombre de neuf (09) ; et maintenir le nombre des communes à treize (13). Les nouvelles daira sont : La daira de Ghardaia, celle de Guerrara, celle de Daia, celle de Zelfana, celle de Bounoura et celle d’El Mansoura .

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Les textes et photos sur le Mzab, sont des textes et photos originales tirés des diverses recherches faites par le Dr. Benyoucef Brahim .

Réferences et Sources:

Benyoucef Brahim, le Mzab, espace et société, Alger, IAD, 1992. et Benyoucef, B, Le mzab, les pratiques de l'espace, Alger, SNED, 1987. Et Benyoucef,B, Le Mzab,le processus d'urbanisaytion et les transformations sociales, Thèse de doctorat 3ème cycle en urbanisme, université de la sorbonne, Paris-4, 1983. Et Benyoucef, B, Urbanisme et problématique tradition-modernité, thèse de doctorat d'état, Epau, Alger, 1999.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
















 

 

 

 

 

 


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