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Le KetA Angèle Van Loo, ket honoraireC'est à notre savant ami X..., le réputé professeur de Victor Hugo appliqué à la rue, au dispensaire de Boendael, que nous avons demandé quelques éclaircissements concernant le Ket. Du même ton apocalyptique dont le grand poète a parlé de Gavroche, notre savant ami nous a déclaré, ou, si vous aimez mieux, déclamé : "La Marollie a un enfant et la forêt a un oiseau; l'oiseau s'appelle le moineau; l'enfant s'appelle le gamin. Accouplez ces deux idées, choquez ces deux étincelles : la Marollie, l'enfance; il en jaillit un petit être." Homuncio", dirait Plaute; Ket, dit Pitje Snot. Ce petit être est joyeux. Il a de quatre à douze ans, vit par bandes, embête le garde-ville, envoie sa klachdop dans les yeux des chics mossieus, joue Longchamps fleuri avec des fleurs trouvées dans le ruisseau, se coiffe d'un chapeau de papier fait de quelque vieille gazette, attache son pantalon avec une seule bretelle faite d'un bout de corde, fume du jonc, a une bonne amie, prononce potverdoum et janvermille comme père et mère, chante des chansons marolliennes à faire rougir un singe (son répertoire va de l'Anne-mie jusqu'au Patates mé kasake, en passant par le Soir pour demain), acclame, engueule, siffle, braille, fait des bouquets, le ket de Bruxelles, c'est Uylenspiegel-Gavroche. Si l'on demandait à la Marollie : Qu'est-ce que c'est que cela? elle répondrait : C'est mon petit. C'est le nain de la géante. Il a quelquefois un logis et il l'aime, car il y trouve sa mère; mais il préfère la rue, parce qu'il y trouve la liberté. Currit rota, dit le poète ! Il rote en courant, dit Jef Porceleyntje. Il a ses jeux à lui : la pinoche, les prinkères dans des boîtes à Guillaume Tell, gendarme en dief, tike take tooke, pouter klach af, balle à la casquette, balle à cheval, balle au mur, plekkleer, cachette cinquante, radei simple, radei coupei et radei perchei, tire lire kom dover, allumei des lanternes, il a volé mon épinguel, noeievet, bébé speel, madame Dinore, anker en zon, touchei du fer, cari-caricol, etc. Quant à des mots, cet enfant en a comme Furnémont : il n'est pas moins cynique, mais il est moins parlementaire. Il est doué d'on ne sait quelle jovialité imprévue, d'on ne sait quelle aptitude innée à la zwanze patriale. Si le garde-ville vient interrompre ses ébats, il s'enfuit prudemment, puis, revenant sur ses pas, il le poursuit au cri de : Ajoen, Ajoen Le ket a son langage sportif propre, un argot intraduisible, d'une lucidité merveilleuse, d'une concision saisissante, d'un pittoresque inégalable, mais compréhensible seulement pour ceux qui, enfants, ont partagé ses joies. En jouant aux billes (cartache, meulber ou bille en verre), il prononcera des mots comme : ett-uis; gemist; kantje, op de kneikers schieten; knintje; greeperke, recht in putteke (qu'il écrit par abréviation R.I.P.), ik haaf mâ; une en bas, j'continue, trichout; ge trekt aitijd veuie âne tour, bille en bas, sur la bille et sur la fosse, pich af; verbikoche, verbibon, etc., etc. Il se régalera de boukenotjes, de babeleers, de crottes, de saroepecrottes, de parapluekes (alias monopoles), de flierbolles (alias -. boules de séiu). Le ket aime la ville, il aime aussi la campagne, pour y faire monter des wintmeules .- urbis amator, comme Fuscus; ruris amator, comme Flaccus, En pays de Marollie, il y a des coins qui sont comme des réserves à kets, de la même façon qu'il y a des réserves de gibier dans les chasses bien gardées : ainsi les bas étages et les rampes du Palais de justice, la cour des Arènes romaines, les collidors des salles de danse de la rue Haute, les terrepleins du Vieux Marché et du boulevard du Midi, le derrière de l'hospice des aveugles, etc. Bruxelles commence au ket et finit au zwanzeur : deux êtres dont aucune autre ville n'est capable, Bruxelles a cela dans son histoire naturelle.
Je les en remercie. |