| Ma vie enti�re | Español | English |
Ici de nouveau, de souvenirs pleins les l�vres, unique et ressemblant � vous.
Je suis l'engourdie intensit� qui est une �me.
Je me suis attard� dans la proximité du bonheur et j'ai joui de la faveur de la douleur.
J'ai travers� la mer.
J'ai connu beaucoup de terres ; j'ai vu une femme et deux ou trois hommes.
J'ai aim� une fille hautaine et blanche et d'une tranquillit� hispanique.
J'ai vu une banlieue infinie, o� s'accomplit une insatiable immortalit� de couchers de soleil.
J'ai savour� de nombreux mots.
Je crois de tout mon c�ur que �a c'est tout et que je ne verrai ni ferai de nouvelles choses.
Je crois que mes journ�es et mes nuits �galent en pauvret� et en richesse celles de Dieu et celles de tous les hommes.
J'ai commis le pire des p�ch�s
Qu'un homme peut commettre. Je ne fus pas
Heureux. Que les glaciers de l'oubli
M'entra�nent et me perdent, impitoyables.
Mes parents m'ont engendr� pour le jeu
Risqu� et beau de la vie,
Pour la terre, l'eau, l'air, le feu.
Je les ai tromp�s. Je ne fus pas heureux. Accompli
Fut pas leur juv�nile souhait. Mon esprit
S'est appliqu� � l'ent�tement sym�trique
De l'art, qui trame des riens.
Ils me l�gu�rent de la vaillance. Fus pas vaillant.
Il ne me quitte pas. Toujours reste pr�s de moi
Cet ombre : d'avoir �t� malheureux.
La lune
Il y a tant de solitude dans cet or.
La lune des nuits n'est pas la lune
Que vit le premier Adam. Les longs si�cles
De vigile humaine l'ont remplie
De pleurs anciens. Regarde-la. Elle est ton miroir.
Endymion en Latmos
Je dormais dans l'ombre et il �tait beau,
mon corps, que les ann�es ont ruin�.
Haut, dans la nuit hell�nique, le centaure,
ralentissait sa quadruple allure
pour prot�ger mon r�ve. J'aimais
dormir pour r�ver et pour l'autre
r�ve lumineux qui �lude la m�moire
et nous purifie de la pesanteur
d'�tre ce que nous sommes sur la Terre.
Diana, la d�esse qui en m�me temps est la Lune,
me vit alors dormir sur la montagne
et lentement descendit dans mes bras
de l'or et de l'amour dans la nuit d'incendie.
Je fermai mes mortelles paupi�res.
Je ne voulais pas voir le beau visage
que profanaient mes l�vres de poussi�re.
J'aspirais la fra�cheur de la Lune
Et sa voix infinie disait mon nom.
�, les pures joues qui se cherchaient !
�, rives de l'amour et de la nuit !
�, baiser humain et tension de l'arc !
Je ne sais pas combien l'aventure est dur�e.
Il y a des choses que n'arpentent les racines
Ni la fleur ni la neige d�licate.
Les gens m'�vitent. Il leur fait peur
l'homme qui fut aim� par la Lune.
Les ann�es sont pass�es. Une inqui�tude
Donne de l'horreur a ma vigile. Je me demande
Si ce tumulte d'or de la montagne
Fut-il r�el ou ne fut-il qu'un songe
En vain me dis-je que le souvenir
d'hier et un r�ve sont la m�me chose.
Ma solitude reprend les sentiers
connus de la terre, quand m�me toujours
je cherche dans l'antique nuit des num�ros
l'imperturbable Lune, fille de Zeus.