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AU VOILE ! AUX VOILES !

Par El’MEHDI   CHAIBEDDERA.
[01 avril 2004]


L'éclairant ‘Arracher/Levons les voiles ‘ ramène singulièrement en mémoire cette parole du grand poète arabe Abû Tamàm al-Ta’i  (804/846 Hégire) à la louange du voile: 'Le voile n'annule pas l'espoir que je place en  toi  le ciel donne à espérer quand il se voile."


       Le ciel voilé promet 1’ondée, l’esprit voilé pense les bombes.Pour peu qu'on ne soit pas un fou du voyeurisme, un embéguiné du nombril écroué dans l'égotisme, qu'on n’ait pas l’esprit voilé pour ne voir que voile en le voile : effaceur de phéromone, escamoteur de crinière, dévaliseur de visage, un oriflamme de guivre, vexille violant l’espace et donnant carrière aux chicanes au casus belli du siècle.

Les voiles dont on s'affuble, bannes, rideaux baissés en soi, stores, tentures du dedans, qu'on ne saurait voir, ni sentir flotter. crouler, grincer, tourbillonner, s’embrouiller en soi mais qu'on avise aisément et qu'on gaffe sur autrui avec la promptitude du rapace rattrapant sa cécité de soi à soi par une terrible acuité visuelle à la moindre vibration de l'autre (l'autre troublant)

En ce monde d'esbrouffes, de ploufs et de plaies, tout s’encroûte de concepts de conquistadors, se surinfecte de perfides minuties, se complique d'infiltrations ,d'invasions, de ravages préventifs.

Amour, beauté, savoir, sagesse, justice, vérité, liberté…Plus prosaïquement documentaires, informations, communication, médias ... Du protozoaire à Dieu, tout est voilé en ce raz-monde où le sophiste aux yeux ptolémaïques fixe le vide et bat son plein.

Le voile cachant d'autres (Que d'autres !) on fait feu de tout fou, de toute étoffe, de tout fil, de toute ficelle à foi pour s'affairer aux enfumades de l'allogène -épouvantail, fagotant l'évènement leurre qui camoufle celui de l'heure: 1es infamies dissimulées: la crémation du monde d'autrui.  Les convoitises, les folies, les rêves des pays les plus militaro -industrialisés (c’est-à-dire les plus meurtriers, les plus polluants) donnent, avec cynisme, sur la cour, le jardin, la terrasse et les rêves des pays les plus diaboliquement appauvris par un  ordre mondial scélérat.


faux-follet de robins, de figaros-condés, de warblogueurs, de préposés aux interstices , d'apôtres de la vapeur, de suppôts de l’opacité, soit un monde de ténébreux experts pesant de tout leur poids sur le cœur palpitant   de la question placés en porte-à-faux au fenêtrage du forum humain.  Chacun y va de son combustible conceptuel, de sa diablerie d'instillation, de ces glissements lexicaux, de son incandescence sémantique, de ses adjectifs d'inquisition (islamique, ostensible, ostentatoire...) arborés comme des permis d’expédition  coloniale, des passe droits de croisades.

La triste  initiative d'imposer ou d'interdire une appartenance est contraire au principe républicain de neutralité féconde, autrement d'ouverture intelligente Le choix entre l'appartenance et la citoyenneté qu'on exige, aujourd'hui, d'un groupe ciblé (à l’exclusion de tout autre un peu plus anciennement installé) est un chantage inédit, basé sur une belliqueuse crispation (le suicidaire vertige de soi): la raciale légitimation ethniciste de l’appartenance française (et, partant, européenne).

Etre sommé d’afficher son signe d'appartenance (comme naguère l'étoile jaune ou en être, strictement, empêché par une loi d’exacerbation participe de la même malveillance d'Etat qui devient, ainsi, stimulateur de stigmates, incitateur de flétrissure, fomentateur d'antagonismes, truquiste aux écoutes d'un protocole d'un tribu, l'infamant croupier, mêlant et coupant les cartes, faisant tapis  de ses phobies, tolérant et rejettant l'indice d'éthnicite de ses contribuables aux tables de jeu des lobbies qui l'étranglent ou le tringlent.

Les en veux-tu du voile, en voilà ! En voilà assez du voile!  Nous voilà bien au voile! Et les Au voile!  Aux voiles!  Autant de vrais-faux voiles pour distraire le citoyen, couleur locale (au litre de rouge/fromage/Baguette/béret) du violent voilage de l'effet républicain et du vivarium démocratique qui couve ses œufs de  basilic pour vampiriser la planète au rythme argumenté de Tonton Terminator.


   Faudrait-il (encore!) dire qu'il n'est pas que la musulmane engagée dans son islamité qui porte le foulard ou le voile en Europe et de par le monde ?

De tout temps et dans toutes les cultures cette pièce de tissu a été portée lors de certaines cérémonies (rituels d'intronisation, mariages, deuils...)

Le Voile est également porté par les adeptes de certaines sectes, innombrables par l'exorcistat, l'acolytat, etc ...

L'industrie du porno le fait porter à ses ouailles derrière l'anonymat du X (le  préservatif tout terrain fraise-vanille, parfum de fiable infidélité, protégeant contre le sida, la procréation, la démographie ). Le fil en aiguille mène jusqu'au voile Hermès, l'incognito du tortionnaire dépouillant son « colis », le justicier, le chevalier, le sigisbée, certains fameux journalistes espions, ex espions reconvertis en experts du terrorisme , voyageurs- anthropologues, chercheurs sous litham parmi les touaregs .. Les pistes ne manquent pas à qui ne craint pas l'enraiement de sa raison en s’engageant dans l'univers  du rallye, des sables :immense burka de pétrole et de gaz.

Le voile n'est pas l'apanage des femmes ! Toquées et coyotes du sexisme bon marché qui font de cette "affaire" un manège de méninges, leur dada de campagne, devraient modérer leurs ardeurs et ménager leur "public".

Dans les grandes religions monothéistes, Dieu se manifeste, toujours, au-delà d'un Voile (inaccessible à la vue en ce bas-monde où le connais-toi, toi-même est la grosse affaire de chacun, Dieu réserve Sa théophanie à l’au-delà..). La Tradition rapporte le nombre de 70.000 voiles de lumière au-delà desquels Dieu consent à Sa proximité.

Mais encore, le conopée: voile qui enveloppe le tabernacle. L'arche sainte. L'interdiction (l'iconoclasme) de représenter les prophètes, les saints tête nue, sans l'auréole, voile lumineux ...

L'homme aussi s'est couvert (corps et tête): Prophète(s) voilé(s), Djellabah, burnous, soutane, chasuble, turban, keffieh (palestinien tiens!). khymar (au Moyen-Orient), mitre, calotte, kippa, casque colonial, képi, casquette, béret basque, perruque de magistrat, etc ... jusqu'au foulard de John Wayne, symbole du vaillant  cow boy le foulard satin du zazou , les plumes de Cheval Fou, etc...

Les anagrammes, les compositions onomastiques, les slogans, les sigles, les codes, autant de voiles qu'aucun voile ne sauraient cacher . L'obscénité (l’anomalie le choquant ) n’est pas dans le foulard/voile/ wigwam ou le couvre-chef , elle est dans l’odieuse intention  de celui qui vous toise avec sa peur au ventre, ses préjugés dans la tête, l'exiguïté de sa conscience et sa mesquine condescendance dans le regard

Ces exemples devraient susciter le déssillement en montrant que le voile, aujourd'hui objet d'anathème et source de soucis parce que focalisé et diabolisé sur un groupe social ciblé que l'on veut maintenir dans l'invisibilité du ghetto-banlieue, n'est pas du tout perçu par celles qui le portent ,de leur plein gré, comme un étouffoir de la féminité mais comme un privilège de déférence, un signe d'exhaussement, un surcroît de soi . Paradoxalement, le voile censé ensevelir (voile linceul) donne à voir et à exhumer plus qu'il ne cache.

Du reste, comment s'effaroucher du foulard, devenu par un glissement lexical voile (wigwam) quand on est soi-même momifié du dedans : un pénitencier/cachot en escapade sentant le renfermé des préjugés fossilisés ? Comment s'apitoyer sur le tiers-monde alors qu'on est soi-même le tiers-monde du tiers-monde :  car on est toujours le tiers-monde de quelqu’un qui nous est supérieur (quand on reste dans la saumure de soi ), supérieur par sa simplicité, sa planétarité, sa chaleur humaine et son étincelant refus de la raillerie ?

On devrait s'évertuer à se détchadoriser de son exagération, de sa shengenité de sa purée de pois de pontifes .Il est impardonnable de muser dans ses chants du cygne, de manquer d'imagination, d'être incapable d’approcher l'autre hors d'une logique de collision et sans s'assurer que son coeur, à défaut d'aimer, de comprendre ou du moins d'écouter, peut se réduire à la pauvre fonction d'airbag  comme si nous étions des bolides lancés les uns contre les autres dans un égodrome de la démence.

Par ces temps de viols, de voiles, de vices, de folies, de fracas, de feintes, d’impostures, d’abominables mensonges d’Etat,  c'est une véritable gageure de ne pas avoir du vent dans les voiles pour faire voile dans la vie sans se voiler la face ou jeter le voile sur tout ce qui flambe (l'absorption du peuple palestinien dans la  machine de torréfaction israélienne, Guantanamo, l'irakotomie, etc...)

Quel pari!  Faire la voile avec le voile, sans prendre le voile, ni mettre les voiles.  Cheminer au milieu, tout au milieu entre colchique et chiendent en ayant le sens du zénith de soi en espérant avoir pu contribuer a dissiper le voile rouge ou noir du gotha au cou raide et des pilotes de la bêtise obligatoire.

 

El’MEHDI   CHAIBEDDERA.   Mostaganem, vendredi  01 avril 2004

Professeur , écrivain , chercheur
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