18 mars 2005

L'enveloppe m'attendait dans la loge du concierge de l'h�tel Inter-Continental. Un intriguant message anonyme laiss� � la t�l�phoniste de La Presse m'invitait � aller la r�cup�rer, sans en pr�ciser le contenu.
Mon petit doigt me disait que �a concernait les Championnats du monde de natation. En plein �a. L'enveloppe contenait les contrats liant l'ancien directeur g�n�ral de Montr�al 2005, Yvon DesRochers, au comit� organisateur des Championnats.
Dans les semaines pr�c�dant la mort de M. DesRochers, retrouv� sans vie dans sa voiture, le 2 f�vrier, ses relations contractuelles avec le comit� organisateur des Championnats faisaient l'objet de s�rieux questionnements de la part de membres du conseil d'administration de Montr�al 2005, qui se plaignaient du � voile de secret � les entourant.
Qui dit secret, dit rumeurs. Et les rumeurs pullulaient. M. DesRochers s'�tait-il n�goci� un pont d'or � son arriv�e � la barre de Montr�al 2005 ?
On a maintenant la r�ponse. M. DesRochers avait un salaire de base all�chant. Mais il avait surtout la possibilit� de bonifier substantiellement sa r�mun�ration. Voici pourquoi.
Montr�al 2005 �tait li� � M. DesRochers par deux contrats sign�s le 18 octobre 2002.
Le premier �tait un contrat de service avec Les Productions Nadis, soci�t� dont M. DesRochers et sa femme �taient les deux actionnaires. Ce contrat venait � �ch�ance le 31 d�cembre 2005 et pr�voyait une r�mun�ration annuelle de 185 000 $.
Montr�al 2005 �tait tenu de payer l'int�gralit� des honoraires pr�vus, m�me s'il �tait mis fin au contrat. Fait inusit�, le salaire �tait vers� � l'avance, sur une base trimestrielle.
Mais la r�mun�ration de M. DesRochers ne s'arr�tait pas l�. La seconde entente lui permettait de percevoir des commissions de 15 % sur � le total des commandites et partenariats financiers re�us en argent (...) ou en biens et services �, exception faite des subventions gouvernementales et des ententes conclues par l'interm�diaire de firmes externes.
Le comit� organisateur convenait �galement de verser � M. DesRochers 15 % des sommes �conomis�es par rapport au budget pr�visionnel de Montr�al 2005. Le comit� organisateur s'engageait finalement � lui donner, sans plus de pr�cisions, 15 % des � bonifications budg�taires � apport�es au budget pr�visionnel.
Trop favorable ?
Les contrats ont �t� paraph�s par M. DesRochers, Roger L�gar� (� l'�poque secr�taire tr�sorier de Montr�al 2005) et Jean Perron, repr�sentant des Internationaux du Sport de Montr�al au conseil d'administration. �taient-il exag�r�ment favorables ? Assez, en tout cas, pour que le vice-pr�sident du conseil, l'avocat Marco Veilleux, refuse de les signer, jugeant abusives certaines clauses, notamment celles portant sur la commandite, a appris La Presse. M. Veilleux et l'autre repr�sentant de la F�d�ration aquatique du Canada au conseil, Eldon Godfrey, ont d'ailleurs vol� contre l'embauche de M. DesRochers, finalement approuv�e � trois contre deux.
Jean Perron continue pourtant de d�fendre l'entente. � C'�tait un deal d'affaires, a-t-il dit. C'�tait tr�s bien r�mun�r�, mais c'�tait aussi tout un d�fi. On voulait que ce soit g�r� comme une business, que �a fasse ses frais et m�me �ventuellement un profit. �
La r�mun�ration de base �tait certes raisonnable pour ce type d'�v�nement. Le successeur de M. DesRochers, Ren� Guimond, gagnera environ 150 000 $ pour un peu plus de 10 mois de travail cette ann�e, plus un boni discr�tionnaire potentiel de 20 000 $.
Mais la multiplication des incitatifs aurait pu s'av�rer extr�mement lucrative pour M. DesRochers, m�me si le niveau de la commission (15 %) n'�tait pas hors du commun, selon plusieurs experts consult�s cette semaine. La cible de commandites de Montr�al 2005 �tait de 12 millions. M�me si l'ancien DG n'�tait all� chercher qu'une fraction de cette somme, il aurait pu encaisser des centaines de milliers de dollars suppl�mentaires.
Ce qui nous m�ne � la seule question qui compte vraiment : combien M. DesRochers a-t-il empoch� r�ellement ? A-t-il pu exercer ses clauses de bonification ? Pas grand-chose, estime M. Perron, qui si�geait jusqu'� tout r�cemment au conseil d'administration de Montr�al 2005. � Je ne suis pas s�r que des sous ont �t� vers�s, dit-il. Le rendement, tu ne peux pas �valuer �a en cours de processus. Tu dois �valuer �a une fois que le bilan est fait, � la fin. �
Pour sa part, le nouveau DG, Ren� Guimond, refuse cat�goriquement de fouiller la question. � Mon attention et celle du comit� organisateur sont tourn�es � 100 % vers l'avenir, et c'est seulement dans ces conditions-l� que l'�v�nement va �tre un succ�s �, dit-il.
Et la transparence ?
On peut comprendre la r�ticence de M. Guimond. Le 21 f�vrier, il a pris la t�te d'une barque qui prenait l'eau de toutes parts et s'est engag� � livrer un budget �quilibr�. Il est en train de n�gocier des ententes de soutien corporatif - pour employer son expression - qui valent probablement des millions pour Montr�al 2005. Et il ne veut s�rement rien savoir des nouvelles n�gatives entourant son pr�d�cesseur, craignant peut-�tre qu'elles compromettent ces appuis potentiels.
Si c'est le cas, M. Guimond sous-estime la capacit� des gens d'affaires de distinguer l'ancienne administration, qui s'en allait tout droit vers l'ab�me, de celle qu'il dirige aujourd'hui. Il ne fait pas de doute qu'avec M. Guimond et Normand Legault, copr�sident du conseil d'administration, Montr�al 2005 est entre bonnes mains et que les Championnats ont retrouv� la voie du succ�s.
Sauf que le maire G�rald Tremblay a promis, il y a trois semaines, que cette nouvelle �quipe pratiquerait une vertu qui faisait cruellement d�faut jusqu'ici chez Montr�al 2005 : la transparence. Or, on ne fait pas de la transparence � la carte. Compte tenu des dizaines de millions en fonds publics engloutis dans les Championnats, les questions sur la r�mun�ration de M. DesRochers sont parfaitement l�gitimes.
M�me chose, d'ailleurs, pour la demande d'acc�s � l'information formul�e aupr�s de la Ville par La Presse, qui r�clamait les documents relatifs au budget de Montr�al 2005 et les proc�s-verbaux des r�unions du conseil d'administration. La Ville a refus�, au motif qu'un tiers - Montr�al 2005 - s'objectait. Or, qui est le copr�sident du conseil de Montr�al 2005 ? G�rald Tremblay. Son porte-parole a beau dire que ce n'est pas de la r�tention d'information, �a en a toutes les apparences. Et les apparences peuvent parfois �tre plus dommageables que la r�alit�. Surtout si on n'a rien � cacher.
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