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26 juillet 2005

Émilie réfléchit,
Michel languit

Il y a des critiques qui laissent indifférent. Et d'autres qui laissent des blessures longues à cicatriser.

Les reproches sévères de l'entraîneur Michel Larouche à l'endroit de la plongeuse Émilie Heymans appartiennent sans l'ombre d'un doute à la seconde catégorie.

Mercredi dernier, Larouche était hors de lui après que l'athlète qu'il dirige depuis plusieurs années eut bousillé la défense de son titre de championne du monde en ratant deux plongeons en finale de l'épreuve de la tour de 10 m. Heymans avait même raté le podium, pourtant à sa portée dans cette finale où d'autres plongeuses avaient gaffé.

Devant les médias, Larouche a parlé de « deux erreurs monumentales ». Il a affirmé que Heymans n'avait fait que répéter ce qu'elle faisait à l'entraînement, où elle ne déployait pas, selon lui, assez d'« agressivité », ce que Heymans a immédiatement nié.

Larouche a vite senti qu'il avait outrepassé les bornes en critiquant à chaud la performance de la meilleure plongeuse de haut vol canadienne. Il a tenté de la contacter le lendemain de la compétition, peu avant de convoquer les journalistes pour s'excuser publiquement de ses propos de la veille. Mais Heymans a refusé de lui parler. Et elle n'a toujours pas rompu le silence.

Rencontrée hier dans l'île Sainte-Hélène, Heymans semblait sereine. Mais ses pauses et hésitations quand on aborde les propos tenus à son endroit par son entraîneur révèlent un malaise encore loin d'être dissipé. Excuses ou pas.

« Il a dit ce qu'il a dit. Au moins, il est revenu sur sa déclaration. Et j'imagine que faute avouée est à demi pardonnée. Mais il m'a quand même blessée pendant un bon 24 heures.

« Tout le monde a besoin d'un coup de pied dans le cul de temps en temps. Il faut juste choisir le bon moment.

« Là, ce n'était pas nécessairement ce dont j'avais besoin. La compétition avait déjà été assez rough comme ça. Ça m'a surprise un peu. Je ne sais pas pourquoi il a dit ça. Il devait être bien stressé. »

Le plus étonnant, c'est qu'en entrevue avant les championnats, Larouche affirmait avoir changé connne entraîneur. Sans aller jusqu'à dire qu'il ramollissait, il disait être aujourd'hui plus tolérant envers ses athlètes.

Besoin de temps
Heymans ne semble pas trop pressée de rétablir les ponts et n'a clairement pas fini de digérer la charge de son entraîneur. « On ne s'est pas encore parlés. Il avait encore des athlètes à coacher dans les championnats et ça ne me tentait pas de le faire tout de suite. Je préfère avoir les idées claires », dit-elle.

Pourrait-elle faire comme Myriam Boileau, qui a quitté le club CAMO il y a quelques années pour aller s'entraîner sous la supervision de Yihua Li, à Pointe-Claire ? « Je ne sais pas. Vraiment pas. Il est vraiment trop tôt pour le dire. »

« Je vais prendre mon temps. Ce n'est pas maintenant que je prendrais la bonne décision. Il faut d'abord que je parle avec Michel. Et en ce moment, je ne prendrais pas une décision réfléchie. »

Elle revoit souvent dans sa tête le quatrième plongeon de la finale, un trois et demi renversé qu'elle a failli terminer sur le dos. Et elle reconnaît qu'il va lui falloir travailler sur sa préparation mentale. « J'ai perdu mon focus pendant la compétition. À chaque jour avant mon épreuve, il y avait de bons résultats et une médaille. Plus ça avançait, plus on s'approchait de ma compétition, plus la pression augmentait. »

Elle se dit quand même heureuse que les Mondiaux de cette année aient eu lieu à Montréal. « C'est la seule chance de ma vie que j'aurai eue de « compétitionner » chez nous à un aussi haut niveau. Je suis déçue de ne pas avoir fait mieux, mais c'était le fun de sentir l'appui de la foule et des spectateurs. »

Tout n'est pas fini pour elle. Peu importe le club, elle compte reprendre l'entraînement en septembre, avec les Jeux olympiques de 2008 dans sa mire. En attendant, elle va prendre des vacances dans le Sud. Et, éventuellement, quand le calme sera revenu, elle va rappeler Michel Larouche.

Mais elle semble prête à le faire languir encore un peu.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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