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21 juillet 2005

Le surdoué et ses travers

Michel Larouche, l'entraîneur d'Alexandre Despatie depuis toujours, m'aurait sûrement accordé une toute autre entrevue si elle avait eu lieu après l'époustouflante victoire de son protégé, mardi en fin d'après- midi, au tremplin de trois mètres.

Mais on était lundi soir dernier dans le lobby d'un hôtel du centre-ville.

Et lundi soir dernier, Michel Larouche m'est apparu inquiet, nerveux, perturbé on aurait dit. Comme si l'exode d'Alexandre aux États-Unis, un mois avant les Mondiaux de natation, avait fini par l'achever, par venir à bout de sa grande patience.

Les derniers mois ont été difficiles. Après les Jeux d'Athènes, en septembre dernier, le p'tit Alexandre, 19 ans à peine, décide de décrocher.

Six semaines plus tard, quand il se présente à la piscine, il est plus lourd d'une quinzaine de livres. Pour un plongeur de sa trempe, ça ne pardonne pas. La morphologie d'un plongeur change avec les années, mais ses muscles grossissent souvent sans grandes conséquence puisque le sport, avec le temps, finit par modeler son corps. Prenez l'exemple des gymnastes. À 18 ans, ils ont tous l'air de gymnastes. Idem pour les plongeurs. Mais quand, du jour au lendemain, on se présente au tremplin de dix mètres avec une surcharge de 15 livres, les sauts périlleux renversés en position groupée deviennent vite une aventure risquée, voire dangereuse.

« Quand je l'ai vu, j'ai dit wow ! Qu'est-ce que t'as fait. J'étais déçu en s'il vous plaît. Mais vous savez, les gens de son âge, ce sont encore des enfants. C'est comme ça que je les appelle, des enfants. Ils font des choses sans se rendre compte des conséquences. Après les Jeux d'Athènes, Alexandre s'est dit bon, ça va faire, je décroche, je me laisse aller. Et il s'est mis à sortir. À fréquenter les bars. Et comme tous les autres jeunes, il n'a pas eu la force de caractère pour refuser le verre qui était de trop. Pour une fois qu'il pouvait s'amuser avec les autres, il en a profité et il s'est laissé aller. Tout le monde a fait ça, c'est humain. »

Larouche le supplie alors de se prendre en mains. Mais la route est longue et plus ardue que prévu. En fait, ce n'est qu'en juin dernier, après avoir soigné une blessure au dos, que Despatie recommence à ressembler un peu à l'Alexandre Despatie que Larouche a connu.

« À la longue, vous savez, ça devient infiniment stressant. On voit les semaines, les mois qui passent et tout ce que l'on peut faire, c'est lui signifier que le temps va finir par manquer. Il faut alors user de stratagèmes pour que la « machine humaine » se présente quand même sur les tremplins huilée juste à point. C'est suant et passablement énervant ».

Faut croire que les « tune ups » de Larouche ont porté fruit puisqu'au Mexique, il y a quelques semaines, Alexandre Despatie remportait la grande finale des Grand Prix du plongeon.

Un autre exploit.

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Mais bien avant les Jeux d'Athènes, Alexandre était en proie à ses démons, selon l'expression qu'il a lui-même utilisée après sa victoire de mardi.

En fait, les démons le hantaient depuis deux ans et ça devenait dangereux. Dangereux dans tous les sens du mot.

Quand on demande à Larouche s'il a dû intervenir, il cherche à protéger son jeune prodige en disant que « ça n'arrivait pas souvent » puis, pas doué du tout pour le mensonge, « que ça n'arrivait en fait jamais ».

Cependant, quelques secondes plus tard, il avoue candidement avoir dû intervenir en quelques occasions.

« J'en ai souvent parlé à Alexandre et j'en ai aussi parlé à ses parents. Et comme les parents d'Alexandre sont des personnes organisées et disciplinées, ça devenait une affaire de famille et je ne m'en mêlais plus. »

Mais pour que vous agissiez de la sorte, il fallait que ce soit assez grave ?

« Écoutez, je ne suis pas avec lui quand il sort. Mais j'étais fort conscient de ce qui se passait puisqu'à la piscine, ce n'était plus l'Alexandre que j'avais connu. Je me suis inquiété, c'est certain, et c'est pour ça que j'ai réagi. »

Au hockey, quand un entraîneur se rend compte qu'un joueur n'a plus les deux pieds sur terre, il l'assoit sur le banc. En plongeon, sans équipiers pour le remplacer, on fait quoi ?

« On le supplie de se prendre en mains et on se croise les doigts, c'est tout ce que l'on peut faire. Je ne pouvais quand même pas empêcher Alexandre de participer aux compétitions puisque j'aurais été poursuivi et je me serais vite retrouvé en cour. Seul Plongeon Canada aurait pu intervenir. Et encore, aurait-il fallu qu'il enfreigne de façon flagrante le code de déontologie auquel les plongeurs sont assujettis. Je dois cependant avouer que la situation depuis quelque temps s'est quelque peu redressée. Du moins je l'espère. On oublie qu'Alexandre commence tout juste sa vie d'adulte. L'an dernier, c'était encore un enfant. Et on oublie aussi que, dans notre vie, on a tous dû passser par des périodes difficiles. Alexandre avait le goût de voir d'un peu plus près ce à quoi ressemblait la vie et il est allé s'y frotter. Il en avait besoin. Il l'a fait. C'est fini. Passé. Du moins je l'espère. »

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Michel Larouche pourrait-il un jour dire à Alexandre Despatie qu'il ne veut plus le diriger ?

« J'ai réalisé depuis longtemps que dans la vie, tout, mais vraiment tout, est possible. C'est sûr que si la situation s'aggravait, je devrais hausser le ton et lui dire de se trouver quelqu'un d'autre, que mes nerfs sont rendus à bout. Mais je vous jure qu'on est loin d'être rendu là. Entre-temps, je stresse en maudit.

« Heureusement, Alexandre sait écouter. Quand il se rend à l'évidence, quant il réalise qu'il accuse beaucoup de retard dans sa préparation, il ne rit pas, il baisse la tête et il n'est pas sans réaliser dans quel merdier il s'est empêtré. Vous savez, on croit souvent que les gens de son âge ont la maturité qu'il faut pour comprendre les règles de la vie mais, dans les faits, ils ne l'ont pas. Ce n'est qu'après s'être épivardés qu'ils réalisent tout le tort qu'ils se sont occasionnés. »

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Faut-il que notre jeune champion soit bon pas à peu près pour être parvenu, mardi, malgré son indiscipline, à atteindre un niveau jamais égalé au tremplin de trois mètres puisque, pour la première fois dans l'histoire du plongeon, la marque des 800 points a été fracassée.

Plus que jamais, Alexiaudre Despatie aura le Québec à ses pieds. Ce faisant, plus que jamais aussi il aura à lutter contre ses démons, toutes sortes de démons, des nouveaux démons plus nombreux qu'ils ne l'ont jamais été.

Espérons, lui qui aime bien virevolter dans les airs, qu'il gardera cette fois les pieds bien sur terre puisqu'il est devenu, en l'espace d'une journée, le mot n'est pas trop fort, l'idole de tout un peuple.

Une fois assagi, ne lui restera plus qu'à bien choisir ses commanditaires, un domaine habituellement réservé à son père. Facile, maintenant que toutes les grandes compagnies cogneront à sa porte, il en aura tout le loisir.

Mieux choisir ses commanditaires, donc, voilà la deuxième grâce que nous lui souhaitons parce que, entre vous et moi, qu'un champion de la sorte tente de convaincre les jeunes du bienfait de la malbouffe, lui un champion,, un très grand champion, est en soi quelque chose de passablement indécent.

Centaines de milliers de dollars empochés ou pas.

Lisez la réplique d'Alexandre Despatie


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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