20 juillet 2005

Le Québec à ses pieds

Alexandre Despatie n'a peut-être pas attiré dans l'Île Sainte-Hélène autant de fans que les Cowboys fringants un soir de fête nationale. Mais l'accueil délirant que lui ont réservé les 4500 spectateurs qui ont assisté hier à sa remarquable performance ne laisse aucun doute. Il est désormais bien plus qu'un simple athlète. Il est une rock star en bonne et due forme.
Non pas qu'il y ait quoi que ce soit de simple à être un athlète, et encore moins un athlète capable de frôler la perfection, comme le nouveau champion du monde au tremplin de trois mètres l'a fait hier, en dépit de l'énorme pression générée par les attentes de ses partisans.
Mais Alexandre Despatie a transcendé l'état de sportif de haut niveau. Il a atteint un niveau de reconnaissance et surtout d'appréciation de la part du public qui n'a rien à envier à celui des plus grandes vedettes du Canadien ou... des Cowboys fringants.
« Rock star ? J'aime ça », a lancé un Despatie tout sourire quand une journaliste lui a demandé si les groupies qui hurlaient autour du bassin l'avaient dérangé.
Mais en dépit de l'escorte policière qui a dû l'accompagner de la piscine au centre de presse après la remise des médailles, Despatie n'est pas une rock star ordinaire. Sa popularité et ses succès vertigineux (n'oublions pas que pour quelques jours encore, il est champion du monde en titre au trois mètres et à la plate-forme, épreuve qu'il avait gagnée à Barcelone en 2003) ne l'empêchent pas de rester d'une simplicité, d'une humilité et d'une gentillesse étonnantes.
Hier, il était le roi de Montréal. Et pourtant, il a pensé à rendre hommage au maire Gérald Trem-blay, qui a sauvé les Championnats du monde l'hiver dernier alors que tout le monde les croyait perdus. Le Québec est à ses pieds. Et pourtant, il a complimenté les membres de l'organisation des Mondiaux, allant jusqu'à dire que sa médaille était aussi un peu la leur.
Ça peut sonner téteux, politiquement correct. Mais ça venait clairement du fond du coeur. Sa grand-mère me disait il y a quelques jours qu'Alexandre est un garçon reconnaissant. Et ça se sent. Malgré tout son talent, toute sa détermination, son ascension ne s'est pas faite toute seule et il le sait. Il demeure les deux pieds bien ancrés sur terre - quand il n'est pas en train de virevolter au dessus d'une piscine, bien entendu.
Il faut dire qu'Alexandre Despatie ne l'a pas eue facile depuis un an. Malgré son premier sacre à Barcelone en 2003, malgré sa médaille d'argent à Athènes, il a connu une traversée du désert. Au plus noir de sa déprime postolympique, il n'éprouvait plus de plaisir à plonger et désespérait de retrouver son assurance d'antan.
C'est maintenant fait. À part un petit faux pas lors des préliminaires, il a dominé ses adversaires du début à la fin. Sa capacité à conserver sa concentration devant des partisans qui l'ovationnaient à répétition est tout simplement stupéfiante. Quand on sait à quel point la plus minuscule erreur peut transformer un plongeon en catastrophe, son sans-faute en finale laissera un souvenir impérissable à tous ceux qui en ont été témoins.
Et ce qu'il y a de plus beau, c'est qu'il n'a que 20 ans. Son entraîneur, Michel Larouche, nous assure que sa progression n'est pas terminée. Dès la saison prochaine, il remet la tour de 10 mètres à son programme. Les prochains Championnats du monde ont lieu à Melbourne, dans deux ans. Je réserve déjà mes billets.
Parlant de billets, ça pourrait avoir changé au cours de la nuit, mais hier soir, il en restait encore quelques-uns pour la finale (et plus encore pour les rondes préliminaires) de la compétition au tremplin d'un mètre, à laquelle Despatie participera jeudi. Il en reste aussi pour la plateforme chez les femmes, du haut de laquelle Émilie Heymans défendra son titre aujourd'hui. Faites-vous donc plaisir et venez (en métro) les encourager. Plaisir garanti.
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