18 juillet 2005
Meaghan Benfeito et Roseline Filion offrent au Canada sa première médaille
Mardi, devant la main tendue d'un journaliste qui voulait leur serrer la pince, Roseline Filion et Meaghan Benfeito se sont accroché les bras en réagissant en même temps. Bien sûr, les deux plongeuses québécoises ont éclaté de rire en même temps. Synchronisées, vous dites ?
Nouvelles venues au sein de l'équipe canadienne, Filion, 18 ans, et Benfeito, 16 ans, ont insufflé une sérieuse dose d'énergie positive aux Mondiaux de natation de Montréal, hier après-midi, remportant une médaille de bronze lors de la première journée de compétition.
Le duo canadien a fini troisième dans l'épreuve du 10 mètres synchronisé. « C'est écoeurant ce que qu'on vient de vivre, a lancé Filion quelques minutes après ce podium en forme de victoire. C'est un choc. Les fans de Montréal nous ont supportées tout au long de la journée. On n'est pas habituées à ça. On est nouvelles et on se disait que la plupart des gens ne nous connaîtraient pas. Je pense que ça nous a enlevé un stress. »
Inconnues sur la scène internationale, les minuscules Chinoises Jia Tong et Yuan Pei Lin, 14 ans, ont survolé l'épreuve pour mériter l'or. Imaginez, elles ne s'entraînent ensemble que depuis trois mois. En conférence de presse, leurs visages étaient presque complètement cachés par les bouteilles d'eau placées devant elles...
Médaillées de bronze aux Jeux olympiques d'Athènes, les Australiennes Loudy Tourky et Chantelle Newbery ont pour leur part grimpé sur la deuxième marche du podium.
Sixième après le premier des cinq plongeons de la finale, le duo canadien a graduellement remonté la pente, amplifiant d'autant les applaudissements nourris des quelque 2000 spectateurs présents.
De toute évidence, cet appui bruyant a contribué à la bonne performance de Filion et Benfeito. « Sachant que la foule est là, c'est un turbo qu'on ajoute aux athlètes, a acquiescé Michel Larouche, entraîneur des deux plongeuses. Elles n'étaient pas seules sur la tour; il y avait 2000 personnes derrière elles. »
Avant la finale, un seul plongeon inquiétait les Québécoises: le trois sauts périlleux et demi arrière. Ce plongeon a causé des ennuis à Benfeito dans les jours menant à la compétition, entamant un peu son moral. Idem lors des préliminaires de la matinée.
« Je n'étais pas capable de le faire. Roseline essayait de m'encourager mais ça ne marchait pas », a relaté Benfeito.
Comme par magie, les deux adolescentes l'ont toutefois réussi avec brio lors de l'avant-dernier plongeon de la finale, grimpant ainsi au quatrième rang. Leur journée était faite. Comme par hasard, c'est également à ce moment que le soleil a choisi de se montrer.
Avant de grimper pour la dernière fois en haut de la tour, Filion et Benfeito ont retrouvé leurs bonnes veilles habitudes, c'est-à-dire rire et s'amuser comme des gamines. L'exécution de leur dernier plongeon a été excellente. Le podium des Québécoises s'est confirmé lorsque les Allemandes, jusque-là deuxièmes, se sont embourbées dans leur dernier plongeon.
Inconnues mais performantes
Membres du club de plongeon CAMO, une véritable pépinière, Filion et Benfeito étaient pratiquement inconnues du grand public et des représentants des médias avant leur médaille d'hier. En se présentant devant les journalistes, elles ont d'ailleurs dû s'identifier chacune à leur tour.
Pourtant, même si elles ne plongent ensemble que depuis décembre, elles n'ont cessé d'engranger les bons résultats sur la scène internationale. À la fin juin, malgré une maladie qui les a rendues faibles et livides, elles ont mérité le bronze de la Super Finale de la prestigieuse série Grand Prix de la FINA, présentée au Mexique.
En obtenant un résultat identique malgré un plateau plus relevé dans l'île Sainte-Hélène, les deux grandes amies ont confirmé leur immense talent. « Elles avaient confiance en elles, a indiqué leur entraîneur. Elles avaient faim, elles voulaient et... elles l'ont eu. »
En fin de journée, Filion et Benfeito ont reçu une autre ovation en allant cueillir leur médaille sur le podium. Et qui était le bénévole responsable de l'installation dudit podium ? Arthur Benfeito, le père de Meaghan qui, en matinée, lui avait lancé à la blague : « J'espère qu'on monte ça pour quelque chose...»
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